Pour regagner son influence en Afrique, le Quai d’Orsay a choisi… Instagram

Une vidéo retirée au Congo interroge sur la nouvelle stratégie d'influence numérique du Quai d'Orsay.
Copie écran Vidéo de l'ambassade du Congo
Copie écran Vidéo de l'ambassade du Congo

Une vidéo retirée en urgence, un Quai d'Orsay contraint d'éteindre la polémique et une communication diplomatique qui vire au casse-tête. L'affaire de l'ambassade de France à Brazzaville aurait pu n'être qu'un simple faux pas sur les réseaux sociaux. Elle révèle, en réalité, une évolution plus profonde : alors que la France peine à enrayer son recul en Afrique, sa diplomatie est désormais appelée à gagner une autre bataille : celle des récits.

Révélée par Le Canard enchaîné, la vidéo Le Visa de la vérité mettait en scène deux humoristes congolais avec le consul afin de sensibiliser aux fraudes dans les demandes de visas. Entre faux relevés de notes, comptes bancaires opportunément crédités et ton jugé paternaliste, voire raciste, la séquence a rapidement suscité un tollé avant d'être retirée à la demande du ministère des Affaires étrangères. Un simple raté de communication ? Pas sûr.

Quand la diplomatie se joue sur les réseaux sociaux

L'épisode de Brazzaville ne tombe pas du ciel. Face aux campagnes de désinformation visant la France, Jean-Noël Barrot assume une « bataille des récits » et entend faire du réseau diplomatique une véritable « force de frappe informationnelle ». La création de « French Response », chargé de répondre rapidement aux opérations d'influence étrangères en reprenant les codes des réseaux sociaux, illustre cette nouvelle doctrine. La vidéo de Brazzaville n'est donc pas le sujet. Elle est le symptôme.

Pour Xavier Driencourt, ancien ambassadeur en Algérie mais aussi ancien chef de l'Inspection générale du ministère des Affaires étrangères, cette évolution ne doit rien au hasard. « Aujourd'hui, la diplomatie de M. Barrot, c'est ça : on demande de faire des messages de ce type et voilà où ça aboutit », confie-t-il à Boulevard Voltaire.

L'ancien diplomate ne remet pas en cause la nécessité de communiquer. Les ambassades doivent expliquer l'action de la France et répondre aux campagnes de désinformation. Mais, selon lui, la communication ne peut devenir un objectif en soi.

Des ambassadeurs devenus communicants ?

Cette transformation ne date pas de l'arrivée de Jean-Noël Barrot, mais ce dernier l’a renforcée. Selon Xavier Driencourt, elle s'est progressivement installée avant de connaître une véritable « industrialisation » avec l'essor des réseaux sociaux.

Plus révélateur, encore, cette évolution aurait modifié les critères d'évaluation des postes diplomatiques. Fort de son expérience à la tête de l'Inspection générale du Quai d'Orsay, Xavier Driencourt affirme : « Vous êtes évalués au Quai d'Orsay selon votre communication, selon votre présence sur les réseaux sociaux. » Il précise que l'activité numérique des services de presse figurait désormais parmi les éléments examinés lors des inspections.

Pendant ce temps, les autres puissances avancent leurs pions

La compétition qui se joue aujourd'hui en Afrique dépasse pourtant largement les réseaux sociaux. Pendant que Paris perfectionne sa communication numérique, Pékin investit dans les infrastructures et les partenariats économiques, Moscou s'appuie sur ses relais informationnels et sécuritaires, tandis qu'Ankara renforce méthodiquement son empreinte économique et culturelle. Chacun déploie une stratégie globale où la communication n'est qu'un levier parmi d'autres.

C'est précisément ce qui nourrit les réserves de Xavier Driencourt. Les puissances concurrentes, observe-t-il, procèdent à une véritable « massification de l'information » et agissent « de manière industrielle » dans un registre qui dépasse celui de la communication institutionnelle française.

La polémique de Brazzaville s'éteindra sans doute aussi vite qu'elle est apparue. La question qu'elle soulève, en revanche, est appelée à durer. À force de vouloir gagner la bataille des réseaux sociaux, le Quai d'Orsay risque-t-il de perdre celle de l'influence ? Car pendant que certains diplomates sont encouragés à soigner leurs publications, d'autres pays construisent méthodiquement leur influence en Afrique à travers des investissements, des partenariats militaires, des médias ou des infrastructures. En diplomatie, les likes ne remplacent pas toujours les leviers d'influence.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

26 commentaires

  1. Ce qui est formidable avec nos ambassadeurs , c’est que l’on se fait « virer » de toute l’Afrique mais nous n’avons jamais eu autant de ses ressortissants en France !! Ce ne sont pas les vases communicants mais du unidirectionnel !!!

    • Quand un journaliste ne comprend pas qu’ en on veut travailler dans un pays totalitaire. Il faut obtenir une accréditation journalistique des autorités pour faire des interviews.
      Essayer de faire des interviews de passants en chine ou en iran

      • @Vert100. Visiblement la charité chrétienne ne vous étouffe pas. Christophe Gleizes est de gauche. Le régime Algérien FLN est Marxiste et Islamiste . Il suffit donc de regarder ce que l’Algérie est devenue depuis l’indépendance pour voir ce qui nous attend…
        Que Christophe Gleizes ait pu se montrer imprudent dans cette dictature c’est très possible. Mais rien, absolument rien, il n’a commis aucun crime ou délit, ne justifie ce qui lui arrive.

  2. C’est à l’image de cette société connectée ou déconnectée selon la manière dont l’on perçoit les choses, de l’information et du paraître à outrance. Cela permet le plus souvent à des gouvernants ou à de simples citoyens de se persuader qu’ils sont puissants ou qu’ils ont du talent selon leur nombre de « followers ». La Macronie n’est rien d’autre que la quintessence d’un mirage apparue voilà quasiment dix ans à la surface d’un désert des idées du courage politique et patriotique.

  3. Au quai d’Orsay et dans la macronie en général on est plus dans le faire savoir que dans le savoir-faire. C’est la forme intellectuelle de l’imposture.
    Mais ne vous en faites pas bonnes gens, les 10 Mds d’euros de l’aide publique au développement de vos impôts viendront corriger ces faux pas.

  4. A l’instar des quatre autres continents, pour retrouver son influence en Afrique, la France doit d’abord retrouver des gouvernants techniquement compétents et dignes de confiance à la tête d’une population française techniquement compétente et digne de confiance !
    Enfin, si faire se peut !

    • Vous avez raison de parler de la compétence. C’est le problème central de la France. Depuis Mai 68 école et enseignement supérieur ne transmettent plus les connaissances fondamentales. Le peuple Français est devenu en trois générations un peuple totalement incompétent au sens large du terme !
      Or un peuple incompétent se choisit des dirigeants qui sont eux aussi incompétents.
      Il n’est qu’à voir le bilan de la macronie sur les 15 derniers jours – oui les 15 derniers jours -pour s’en rendre compte : relance du programme d’éoliennes, bidules escrolos ruineux, intermittent et qui ne produit quasiment pas d’électricité ce qui a pour effet de propulser le KWh à un prix stratosphérique. Les incendies qui ont ravagé la Forêt de Fontenaibleau (grande nouveauté) et celle des Landes ont révélé que Attal, premier sinistre, avait coupé les crédits pour deux pauvres malheureux Canadair. Dans le même temps Braun Pivet veut détruire NOTRE patrimoine ! Et comme par hasard, cela coûte le prix d’un Canadair…
      La macronie est incompétente. La macronie est stupide. La macronie n’est qu’un ramassis de petits profiteurs. Combien de dégâts vont-ils pouvoir faire dans les 9 prochains mois, quand on voit ce dont ils ont été capables en seulement 15 jours ?

      • Total accord avec votre commentaire. La spirale infernale a été incroyablement (et sans doute irréversiblement ) accélérée par la macronie.
        Et juste retour des choses, la France va bientôt se faire botter le train avec les bottes qu’elle cire.

      • Quand on voit leur parcours CV .
        Issus de sciences pipeau Paris.
        Et énarque.
        Que des littéraires hors sol .

      • @vert. Les Français croient, à tort, qu’une formation littéraire est forcément hors sol. On pense que les maths, science exacte, ne sont pas hors sol. Or rien n’est plus faux. J’appartiens à la génération qui a eu droit en fin de primaire et début de secondaire à subir les « maths » prétendûment « modernes ». Un pur ramassis d’ineptie.
        Les polytechniciens ou les HEC ne sont pas à l’abri de l’idéologie marxiste. Par exemple, notre totalement incompétent ministre de l’économie Lescure est polytechnicien. Pannier Runcher est HEC.
        Je suis tombé, il y a quelques mois, sur une vidéo qui montrait une jeune X se préoccuper de concevoir des algorithmes susceptibles de « démonter les stéréotypes de genre »…

      • @Vert. Des littéraires brillants il y en a eu ! Charles de Gaulle a enseigné l’Histoire militaire à Saint Cyr entre les deux guerres ! Le président Georges Pompidou, normalien es lettres, et son premier ministre Pierre Messmer qui était juriste ont lancé le programme electro nucléaire dont nous bénéficions encore aujourd’hui.
        Donc le problème n’est pas de mépriser les littéraires et de croire à « l’exactitude » des matheux qui ne sont souvent que des statisticiens fous.

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