Vous avez des scrupules, des états d’âme, des doutes ? Une solution : écoutez , matin, midi et soir, et vous serez vite débarrassés de ces choses, ma foi, bien encombrantes et, finalement, contre-productives.

Interrogé, mardi, par Bourdin, le ministre de l’Action et des Comptes publics – en clair, le monsieur qui s’occupe de nos impôts – déclare qu’au fond, il n’y a pas eu « mort d’homme dans ce qu’a fait Jean-Paul Delevoye ». C’est vrai, ça. Du reste, ne boudons pas notre plaisir : ici même, la semaine dernière, nous n’écrivions pas autre chose. Comme quoi… Darmanin lirait-il Boulevard Voltaire ? Que Delevoye n’ait tué personne, tout le monde peut en convenir. Certes. On ne saurait pourtant trop vous conseiller, vous le retardataire, l’oublieux ou le distrait, de dire à la dame postée en caponnière derrière l’hygiaphone qu’après tout, « il n’y a pas eu mort d’homme » et que, d’habitude, c’est votre « femme qui s’occupe de tout ce qui est administratif ». Au passage, quelle gourde, celle-là, même pas capable de compter les sous comme y faut…

Darmanin, qui sait d’où il vient (s’il n’a pas raconté cent fois que sa mère est femme de ménage…), estime que l’affaire Delevoye est révélatrice d’« une forme de mépris sur tous ceux qui, de près ou de loin, donnent du temps pour l’intérêt général ». Là, on touche au grandiose. « Ceux qui donnent du temps pour l’intérêt général » : on dirait qu’il parle du couple de petits retraités, celui qui, au lieu de regarder tranquillement la télé, comme va pouvoir le faire désormais Delevoye, distribue bénévolement des repas aux Restos du cœur. Comment réutiliser – j’allais dire kidnapper – un mot, en l’occurrence le mot « mépris », pour renverser la situation : finalement, le mépris ne serait donc pas là où on croit qu’il est dans notre société. Les gueux, mais arrêtez-donc d’être méprisants envers les élites qui vous dirigent ! Il fallait y penser.

Donc, il n’y a pas mort d’homme. Mettons. Cela rappelle un peu, toutes proportions gardées, bien évidemment, cette déclaration à la presse d’un maire, anciennement socialiste, rallié en 2017 à Macron, qui, condamné définitivement pour violences conjugales en 2018 et alors qu’il s’agrippait des deux mains à son siège municipal, refusait de démissionner et déclarait, sans rire, à la presse locale : « Ce n’est pas comme si j’avais tapé dans la caisse, ces faits reprochés relèvent de la vie privée. » Ça ne s’invente pas. Il est vrai, là aussi, qu’il n’y avait pas eu mort d’homme.

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