Armées - Editoriaux - 10 avril 2019

Violences policières : du rififi entre la gendarmerie et la police nationale

Cruchot, le « gendarme de St Tropez », contre « Pinot simple flic », c’est symboliquement une des images qui émergent d’un documentaire diffusé par BFM TV. Dans un extrait, diffusé avant le reportage, on voit un colonel de gendarmerie, Michael Di Meo, réagir à une séquence, tournée le 1er décembre 2018, dans un restaurant Burger King, avenue de Wagram. On y voit des CRS s’en prendre, à coups de matraque répétés, à des personnes réfugiées dans le fast-food. « C’est de la violence policière », commente à chaud le colonel Di Meo quand on lui montre la vidéo. Puis, enfonçant le clou, il poursuit : « Malheureusement, quand les manifestants parlent de violences policières, je suis obligé d’aller dans leur sens. »

Le colonel Michael Di Meo n’est pas n’importe qui, il commande le groupement II/1 de gendarmerie mobile de Maisons-Alfort. Pourtant, sa haute fonction n’a pas empêché les réactions indignées de personnels de la police. Ainsi, le directeur général de la police nationale Éric Morvan a regretté, sur Twitter, l’utilisation du terme de « violences policières » qui « suggère un système sciemment organisé. C’est évidemment faux », poursuit le chef de la police. Dans un communiqué au titre évocateur – « La Balance » -, le syndicat de police Synergie officiers a, lui, demandé au ministre de l’Intérieur de « rappeler à l’ordre la gendarmerie qui n’est pas la directrice de conscience des policiers ».

Pour essayer d’y voir clair dans ce face-à-face, il est important de quantifier ce qui différencie, aujourd’hui, la gendarmerie de la police lors du maintien de l’ordre.
– Le CNEFG de Saint-Astier est spécifique à la gendarmerie. Il permet à la fois de former, d’entraîner et de perfectionner les personnels au MO (maintien de l’ordre) mais aussi d’expérimenter de nouveaux véhicules, de nouvelles armes et munitions et de nouvelles tenues. La police ne possède pas l’équivalent.
– La gendarmerie est un corps militaire avec un règlement, des grades, des traditions et une éthique propre à toutes les armées. Les policiers, eux, sont des civils revêtant l’uniforme, pour certains, avec des syndicats et des porte-parole désignés.

Sur un plan plus spécifique aux manifestations des gilets jaunes, il faut noter que :
– Après des violences présumées contre des gilets jaunes, le ministre de l’Intérieur a annoncé que les deux inspections (IGPN et IGGN) sont saisies de 209 enquêtes portant sur des soupçons de violences policières (on voit donc que, contrairement à ce qu’énonce Éric Morvan, celles-ci existent bien). Pour la police 199, pour la gendarmerie 10. Soit un pourcentage de 95,2 % pour la police et 4,8 % pour la gendarmerie.
– La majorité de ces 209 saisines concernent l’utilisation, par les forces de l’ordre, du lanceur de balle de défense de 40 mm (LBD-40). Or, les données de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) font état, jusqu’au début février 2019, de 13.460 tirs de LBD-40. De son côté, l’IGGN évalue à « un millier » les tirs de LBD par les gendarmes pour la même période, soit 93 % pour la police et 7 % pour la gendarmerie. À noter que, côté police, la très grande majorité des tirs de balle de défense a été le fait des policiers des BAC, constitués en détachements d’action rapide (DAR), et des compagnies d’intervention de la police.

Même si les violences policières existeront toujours, on peut affirmer que les gendarmes mobiles, grâce à leur déontologie et leur savoir-faire, ont une attitude qui minore notablement dans les manifs les risques de bavures.

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