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Editoriaux - Société - 26 mars 2020

Violences conjugales : les femmes aussi… et entre elles !

L’actuelle épidémie a au moins ceci de positif, qui tend à nous ramener à ces valeurs essentielles que sont solidarité nationale, dévouement et sens du devoir. Du coup, les jérémiades d’enfants gâtés paraissent être passées à l’arrière-plan : on ne parle plus guère de « théorie du genre », d’« intersectionnalité » et de « convergence des luttes ». Même Greta Thunberg semble avoir été, à son tour, confinée. Comme quoi le coronavirus n’a pas que du mauvais.

Sandrine Bouchait, présidente de l’Union nationale des familles de féminicide, citée par Le Point de lundi dernier, de s’alarmer : « Être confiné, c’est déjà compliqué pour des gens qui s’entendent bien. Alors, pour les victimes de violences conjugales, elles vont vivre un véritable calvaire. » Pourtant, bonne nouvelle, Laure Penalvez, policière spécialisée en ce domaine, remarque, toujours selon la même source : « Depuis le début de la semaine, on a eu une petite augmentation, mais rien de vraiment significatif. » Si on ne peut même plus se fier à la sauvagerie consubstantielle au mâle blanc et hétérosexuel, voilà qui signifie bien que tout fout le camp.

Pour tout arranger, ce récent féminicide survenu à Montauban et remontant à janvier 2020, à l’occasion duquel une femme a tué sa compagne à coups de couteau de cuisine. Comment nommer la chose ? Le terme de « féminicide » ayant sûrement déjà été déposé à l’INPI (Institut national de la propriété industrielle), il va falloir d’urgence forger un autre néologisme. « Lesbianocide » ?

Si l’on résume, les féministes ne peuvent même plus compter sur les bonnes femmes, même si adeptes du gazon fleuri. Pour tout arranger, Jeanne Magazine, mensuel lesbien fondé en 2014 et uniquement disponible sur Internet, met les pieds dans la tarte tatin avec ce reportage daté du 2 septembre 2019, consacré aux « violences conjugales entre femmes » et des « raisons du silence » y afférentes.

Il y a là des statistiques qui font froid dans le dos. Nous sommes évidemment loin du harcèlement sexuel de Cologne, au réveillon 2016, mais tout de même. Ainsi, nous apprend ce magazine, « en France, une lesbienne sur dix aurait été victime de sévices conjugaux. Pourtant, le pays ne compte qu’une seule association dédiée spécifiquement à ce problème et elle n’est plus active aujourd’hui. » Que fait Marlène Schiappa ? Elle emplit son panier de ménagère de moins de cinquante ans ?

Pis : « Elles sont 11 % des lesbiennes et 20 % des bisexuelles à déclarer avoir été déjà victimes de violences conjugales. […] Et seules 3 % d’entre elles ont porté plainte. » Alors, pourquoi tant de haine ? Réponse de Coraline Delabarre, « psycho-sociologue, co-auteure de l’article Pour une promotion de la santé lesbienne : état des lieux des recherches, enjeux et propositions paru dans la revue Genre, Santé, Sexualité » : « Dans les campagnes de sensibilisation aux violences conjugales, c’est toujours un modèle très hétéronormé qui est présenté. Et cela pénalise aussi les hommes victimes de violences de la part leur femme, pour qui il très dur de parler puisqu’ils ont honte et craignent de ne pas être crus. » Tiens donc. Les femmes pourraient donc se montrer aussi teignes que les hommes sont balourds et la violence serait la chose la mieux partagée, au-delà des sexes, depuis que le monde est monde. La veuve Mao, Leïla Ben Ali et Elena Ceaușescu ne démentiront pas.

En revanche, il est vrai qu’en ces temps de confinement forcé, il y a quelques gestes barrière à observer afin de maintenir la félicité de la petite famille. Que monsieur daigne arrêter d’uriner à côté des vouatères et que madame veille à ce que le chablis soit servi à bonne température, par exemple.

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