Auteur de François Fillon, l’homme qui ne voulait pas être président (Éditions L’Artilleur), Véronique Jacquier réagit au pourvoi en cassation des époux Fillon. Tout en rappelant que le couple « a été condamné pour des faits condamnables », la journaliste souligne « l'immixtion de la Justice dans la campagne de 2017 qui a été scandaleuse car le PNF a dégainé en 24 heures pour François Fillon, et a mis plusieurs semaines dans la campagne de 2022 avant de se préoccuper de l'affaire McKinsey ».

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Marc Eynaud. François et Penelope Fillon ont été condamnés en appel par la Justice. François Fillon a été condamné à quatre ans de prison, dont un an ferme, et Penelope Fillon à deux ans de prison avec sursis. Ils se sont pourvus en cassation. Quelle est votre réaction ?

Véronique Jacquier. Il n’y a rien de surprenant. C’est la confirmation de la sévérité du premier jugement. Les avocats de François Fillon ont décidé de se pourvoir en cassation et le jugement est suspensif. Les avocats estiment qu’il y a une carte à jouer. En effet, François Fillon et Penelope n’ont pas été condamnés sur de possibles emplois fictifs qui remontaient à la période 1992-2002. En revanche, ils ont été condamnés pour ce qui relevait des faits entre 2002 et 2017. Les avocats se demandent pourquoi, entre 1998 et 2002, on n'est pas capable de prouver qu’elle n'a pas travaillé pour son mari, et pourquoi, après 2002, cela devient une évidence. Le champ sur les peines s’est rétréci, donc les avocats pensent qu’ils peuvent amoindrir les peines en cassation.

Si on regarde l’iceberg judiciaire dans sa totalité, on voit que le couple Fillon est condamné sur des faits graves, la Justice reconnaît que Penelope a touché 612.000 € de revenus via ses emplois fictifs sur quinze ans, entre 2002 et 2012 et entre 2012 et 2017 aux côtés de François Fillon. À l’époque, bien des fillonistes avaient du mal à défendre leur patron durant la période où François Fillon n’était plus Premier ministre et où il était député de Paris, de 2012 à 2017. Cela a choqué que la première chose qu’il fasse soit de réemployer sa femme, alors qu’il avait largement de quoi subvenir aux besoins du ménage et de la famille en tant qu’ancien Premier ministre. À cette période-là, il y a aussi emploi fictif auprès de Marc Ladreit de Lacharrière pour la Revue des deux mondes. Il y a donc deux emplois. Si Penelope et Marc Joulaud ont été condamnés, c’est qu’il y a des faits sur lesquels ils sont condamnables.

M. E. François Fillon aime-t-il l'argent ?

V. J. Oui. Lorsqu’il n’est plus Premier ministre, il emploie sa femme comme assistante parlementaire avec un salaire autour de 5.000 € ainsi que le doublement salarié chez Marc Ladreit de Lacharrière où il a été prouvé qu’elle ne travaillait pas. Penelope Fillon a touché environ 10.000 € pour des emplois qu’elle n’a pas su justifier avec un mari ancien Premier ministre. On peut donc dire, sans porter de jugement totalement faussé, que François Fillon avait un rapport ambigu à l’argent. Il lui en fallait toujours plus, sans doute pour assurer une voilure financière qui correspondait à ses goûts, à ses exigences et à son envie de luxe. Ses proches disaient de lui qu’il était très secret, feutré et Frédéric Mitterrand le décrit dans un ouvrage comme sybarite, c’est-à-dire un jouisseur, mais sous un aspect dissimulé.

M. E. Y a-t-il un acharnement judiciaire contre François Fillon, un deux poids deux mesures ?

V. J. Il y a deux choses. D’un côté, le couple Fillon condamné pour des faits condamnables, il a employer sa femme et, à un moment, ses enfants sur près de trente ans, à une échelle industrielle. En quinze ans, Penelope Fillon coûte à l’Assemblée nationale 612.000 €. On reproche aussi à Bruno Le Maire d’avoir employé son épouse, mais ce n’est que sur quelques mois. Pareil pour Jean-François Copé. Quand ils se sont rendus compte que cela pouvait être répréhensible, ils ont tout de suite arrêté. Chez François Fillon, il y a ce côté vieux monde où l’on pense que l’on n'a jamais de comptes à rendre et qu’on ne sera jamais attaqué. Il a manqué de discernement par rapport à certains de ses camarades hommes politiques.

Il y a aussi deux autre sujets. L’immixtion de la Justice dans la campagne de 2017 a été scandaleuse puisque le PNF a dégainé en 24 heures pour François Fillon, alors qu’en 2022, il a mis plusieurs semaines avant de se préoccuper de l’affaire McKinsey, dont on n'entend plus parler. Les gens se disent qu’il y a deux poids deux mesures. Ce n’est pas faux, mais c’est par rapport à la célérité de la Justice qu’il y a un deux poids deux mesures. Lorsque Richard Ferrand, mis en examen dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne, fait reconnaître la prescription de l’action publique, il s’en sort très bien, car mis en examen en 2019 pour prise illégale d’intérêts, on reconnaît ensuite qu’il y a prescription. Il a été mis en examen et il est resté président de l’Assemblée nationale. Évidemment, quand vous êtes proche de Emmanuel Macron, on a le sentiment que vous êtes protégé. Même chose pour François Bayrou, sous le coup plausible d’un renvoi en correctionnelle dans l’affaire des assistants parlementaires du Parlement européen. La police anticorruption a reconnu que le parti centriste avait mis en place un système pour détourner des fonds européens afin de salarier ses employés. Dans ce cas, on remarque que la Justice se hâte avec lenteur pour renvoyer François Bayrou en correctionnelle. On peut s’imaginer que la tambouille électorale pour les prochaines législatives n’y est pas pour rien.

Oui, il y a un deux poids deux mesures, mais cela n’empêche pas pour autant que François Fillon s’est très mal défendu quand il a été attaqué par la Justice. Il aurait pu s’en sortir autrement, je l’explique dans mon ouvrage, d’où le fait qu’il n’est plus capable de se défendre quand les épreuves surviennent, il n’a pas suffisamment la gnaque de tout donner pour rentrer à l'Élysée.

10 mai 2022

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