Les derniers éclats du baroque lyonnais sont à sauver

Afin de préserver 651 reliques et de restaurer deux chapelles, la générosité des Français est aujourd’hui sollicitée.
CC BY-SA 2.0
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Au cœur de Lyon, l’Hôtel-Dieu demeure l’un des monuments les plus emblématiques de la ville. Depuis les quais du Rhône, son immense façade classique et son majestueux dôme rappellent plus de huit siècles d’histoire hospitalière, religieuse et sociale. Fondé au Moyen Âge pour accueillir les pauvres, les voyageurs et les malades, le site a ainsi traversé les siècles sans jamais perdre sa place dans la mémoire lyonnaise. Symbole du patrimoine de la cité, il témoigne encore aujourd’hui du rôle essentiel joué par les institutions chrétiennes dans l’accueil des plus démunis. En mai 2026, une campagne de dons a été lancée afin de restaurer l’intérieur de la chapelle Notre-Dame-de-Pitié, attenante à l’Hôtel, en particulier deux chapelles latérales situées à l’intérieur de l’édifice religieux, celles de la Charité et des Reliques. L’objectif affiché de 440.000 euros par la Fondation du patrimoine est ambitieux, puisqu’il s’agit de sauver deux espaces sacrés mais fragilisés par le temps, l’humidité et l’encrassement. Cette nouvelle mobilisation doit également permettre de préserver un patrimoine artistique et spirituel exceptionnel, méconnu du grand public malgré son histoire.

Une restauration au service de la mémoire lyonnaise

La chapelle de la Charité possède une portée symbolique particulière. Elle rend hommage à l’ancien hôpital de la Charité, établissement majeur de la ville jusqu’à sa destruction en 1934. Pendant plusieurs siècles, cet hôpital, administré durant une partie de son histoire par des religieuses hospitalières, accueillait les indigents, les orphelins et les plus vulnérables.

La chapelle des Reliques constitue, quant à elle, un trésor patrimonial rare. Elle abrite une châsse monumentale, installée en 1848 à l’initiative du cardinal de Bonald, protégeant près de 651 reliques. Cet impressionnant ensemble religieux fait aujourd’hui partie des plus importants conservés en France. Son architecture s’inspire à la fois de l’hôtel des Invalides et de la basilique Saint-Pierre de Rome, rappelant la vocation hospitalière et chrétienne du lieu.

Les travaux prévus concernent ainsi la restauration des décors peints, des enduits, des boiseries sculptées et des éléments de dorure. Des artisans spécialisés dans les métiers d’art du patrimoine interviendront en utilisant des techniques traditionnelles faisant appel à des pigments naturels, à la pierre taillée et à la chaux. Le chantier prévoit également un important travail de nettoyage afin de redonner leur éclat d’origine aux ornements et aux peintures longtemps assombris par la poussière et l’humidité.

Huit siècles d’histoire au cœur de Lyon

L’histoire de l’Hôtel-Dieu remonte au XIIe siècle. Situé à l’entrée orientale de la ville, il accueillait voyageurs, pèlerins et malades franchissant le Rhône. Lorsque Lyon rejoint officiellement le royaume de France en 1312, la cité devient progressivement une grande métropole, connue notamment pour son aspect commercial. En effet, à partir du XVe siècle, l’essor des foires lyonnaises attire marchands et banquiers venus de toute l’Europe, obligeant la ville à agrandir ses structures hospitalières afin d’accueillir toutes les bonnes âmes se rendant dans l’ancienne capitale des Gaules.

Au XVIIe siècle, l’Hôtel-Dieu connaît une transformation majeure. Les architectes Guillaume Ducellet et Abraham Chana conçoivent un vaste ensemble inspiré des modèles italiens de la Contre-Réforme. La chapelle, construite entre 1637 et 1655 dans un style Louis XIII, devient alors le cœur spirituel de l’hôpital. Son architecture monumentale, ses décors raffinés et ses chapelles latérales illustrent la volonté des autorités religieuses et hospitalières d’offrir un lieu de culte digne du prestige grandissant de Lyon. Cependant, durant la Révolution française, la chapelle est transformée en dépôt de salpêtre et perd une partie de son mobilier religieux. Classée monument historique en 1941, elle reste l’un des derniers grands témoins du patrimoine baroque lyonnais.

Cependant, au début du XXIe siècle, son avenir semble incertain. En effet, les siècles ont laissé de nombreuses traces sur l’édifice et un vaste chantier de restauration est alors envisagé puis engagé à partir de 2012. Depuis cette date, plusieurs campagnes successives ont permis de restaurer les façades, les vitraux, les toitures et une partie des espaces intérieurs. La restauration des chapelles de la Charité et des Reliques s’inscrit ainsi dans la continuité de ce travail de sauvegarde destiné à transmettre aux générations futures ce monument chrétien et emblématique de Lyon.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

12 commentaires

  1. A mon avis, la construction du musée « Confluences » (dont personnellement je n’ai pas compris l’intérêt) a coûté bien plus qu’une restauration. Il faut se dire qu’à Lyon comme ailleurs, la création d’un nouvel édifice est certainement plus porteuse de pots de vin qu’une restauration.

    • En effet, cette création fut plus porteuse parce que cela flattait un milieu d’affaires qui n’en avait rien à faire de l’histoire de la ville, de son identité, qui préfère le tape-à-l’oeil … et en matière de corruption, M. Collomb eut l’occasion de montrer ce qu’il savait faire.
      Pas très glorieux, tout cela.

  2. Il est essentiel de rénover les anciens monuments pour les sauvegarder. Au lieu de dépenser 4 milliards pour une tv publique, il vaudrait mieux mettre ces sommes à l’usage de notre histoire.

  3. C’est très bien d’accepter de suppléer aux carences de l’Etat, mais quelle honte, ce patrimoine qui disparait dans le pays où les citoyens sont le plus taxés au monde.
    Que d’argent détourné par le Pouvoir Public !

  4. J’espère que les lecteurs de BV iront un peu plus loin que leur bout de nez.

    C’est un article intéressant. S’il est vrai que les édiles de la ville – de concert avec une bourgeoisie fortunée mais pas toujours éclairée – a préféré financer les projets pharaoniques tels que ceux de l’OL, on peut remercier M. Séphane Bern (ah ! il n’est pas « de droite ») et d’autres amateurs d’art de la ville et d’ailleurs (pas forcément « de droite ») d’avoir contribué à sauver le musée des Tissus.
    Sans parler des initiatives privées qui ont permis de sauver l’ancien hôpital de l’Antiquaille ou de restaurer la chapelle des Chartreux (il faudra recommencer, il y a eu récemment un incendie !) ou l’organisation de concerts très « payants » qui ont permis de maintenir en bon état la chapelle des Jésuites devenue celle du lycée Ampère.
    Hélas, il ya beaucoup à sauver encore à Lyon faisant d’un patrimoine des XVIIe et XVIIIème siècle, come par exemple, l’ancienne chapelle de Saint-Jean-l’Hospitalier.
    Et à travers l’histoire, il y a l’église Saint-Irénée.
    et enfin, après 1815, les orgues des églises entre Saône et Rhône et entre Rhône et La Part-Dieu, lesquels orgues sont en mauvais état.
    Restaurons Lyon !
    Cet article est pertinent sauf une réserve : Ce n’est pas le baroque qui s’épanouit vraiment à Lyon. C’est plutôt un style classique, s’inspirant parfois mais pas toujours du baroque qui domine dans les églises construites aux XVIIe et XVIIIème siècle. Nous ne sommes ni à Prague, ni même à Turin, ville qui ressemble beaucoup à Lyon.

  5. B.V, ce n’est pas fini de solliciter chaque semaine les contribuables qui sont déjà assomés d’impôts, surtout pour une ville aux mains de l’ultra-gauche ! Ca suffit

    • Après, vous vous étonnerez qu’avec de telles réflexions, vous donniez une image caricaturale du mouvement conservateur.
      Mais vous semblez oubliez qu’avant d’être une ville « de l’ultra-gauche », Lyon est l’ancienne capitale de la Gaule, qu’elle a un passé prestigieux, un présent qui échappe largement à la crise économique et un avenir assuré. Cessez donc de joindre et prenez un peu plus de temps pour lire au lieu de regarder les chaînes « de plateau ». Je pense que vous y gagnerez.
      Quand à votre porte-monnaie, vous tâcherez de répartir ce que vous dépensez et qui échappe à « vos » impôts à des investissements culturels que mentionne M. de Mascureau à juste titre.

    • Ah ! décidément, je dois me « corriger ».
      Au lieu de « cessez donc de joindre », lire : « cessez donc de GEINDRE ».

    • Je nài pas le sentiment d’être sollicité. Personne de tend sa sébille. On vous informe qu’une cagnotte existe. Libre à vous de l’abonder ou pas.

  6. Pas de subvention de la Mairie écolo pour sauver un monument catholique ?
    Bizarre, bizarre, vous avez dit bizarre !

  7. Demandez a l’agence pour le développement.
    Le machin d’état dirigé par un socialiste.
    Qui balance 200.000 pour rénover le palais du roi éthiopien a Addis-Abeba.
    La Zambie a la Corrèze

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