Ce joli mot de « concorde » ! Ajoutez-y l’adjectif « nationale » et là, d’un coup, c’est beau comme l’antique. Quelques images d’Épinal se mettent à défiler : la Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, Poincaré et Clemenceau, qui se détestaient, s’embrassant le 11 novembre 1918. Des moments rares, sans doute, dans notre longue Histoire de France.

Et voilà qu’on nous le ressort. Lundi soir, a lâché le mot : « Il y a dans cette une chance, nous ressouder et prouver notre humanité, bâtir un autre projet dans la concorde… » La concorde, c’est plus fort que l’union. La concorde, c’est l’union des cœurs (cum cordis : « avec le cœur »). Lamartine disait que la concorde est « un besoin du cœur humain ». Donc, la concorde, à la différence du confinement, ça ne se décrète pas comme ça. Emmanuel Macron, quoi qu’il en ait laissé paraître, lundi soir, manque peut-être d’humilité en imaginant qu’il pourrait être celui capable d’apporter cette concorde : « Dans les prochaines semaines, avec toutes les composantes de notre nation, je tâcherai de dessiner ce chemin qui rend cela possible. » Dessine-moi un chemin… Est-il le mieux placé, aujourd’hui, pour dessiner ce chemin ? Il n’est pas interdit d’en douter quand on a un petit peu de mémoire et que l’on se souvient qu’avant de faire la guerre au coronavirus, il fut, et est sans doute encore, un impitoyable médecin luttant sans relâche contre une autre maladie autrement plus terrible : la « lèpre » du populisme. Alors, on a envie de poser cette question : toutes les composantes de notre nation ? Vraiment ? On demande à voir…

L’affaire semble assez mal engagée, si l’on en croit Le Parisien. En effet, le quotidien révélait, le 14 avril, que des « bookmakers de la majorité murmurent les noms de potentielles recrues » pour cet après-crise : Valls, Barnier, Kosciusko-Morizet. Waouh ! Intéressant, d’ailleurs, la réunion de ces trois-là dans ce qu’on pourrait appeler un brelan d’as de la mondialisation : Barcelone (enfin, on ne sait plus vraiment), Bruxelles, New York ! Certes, les bookmakers se trompent souvent et engagent rarement un cheval dans le Prix de Diane. Faut-il donc en déduire que certains, dans la majorité, n’ont toujours rien compris à rien ? Laisse les gondoles à Venise, chantaient Sheila et Ringo…

En 390 avant Jésus-Christ, le dictateur Marcus Furius Camillus, après que les Gaulois avaient saccagé Rome, fit ériger le temple de la Concorde afin d’apaiser les querelles entre le et le peuple, entre les patriciens et la plèbe. On dirait, aujourd’hui, entre les premiers de cordée et les sans-dents. Plus près de nous, pendant de nombreuses années, une roue tourna, place de la Concorde, à Paris. Pour trouver la concorde, peut-être faut-il que la roue tourne, dans ce pays. À condition que certains ne se voient pas offrir un tour supplémentaire.

17 avril 2020

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