[UNE PROF EN FRANCE] Le sacrifice des surdoués
Comme je vous l'ai dit, notre collège subit depuis des mois une vague de réunions tout aussi longues, déprimantes et stériles les unes que les autres, généralement centrées sur le même thème : comment faire réussir les enfants qui sont en difficulté ? L’obsession de notre structure dirigeante depuis plusieurs décennies, c'est le fond du panier, la lie, les réfractaires. Notre seule préoccupation est de rejoindre et d’aller chercher ceux qui se désintéressent de tout apprentissage, ou qui ne travaillent pas, ou qui sont si limités qu'ils n’ont pas accès aux notions abstraites. En appliquant avec une fureur servile la devise de notre République centrée sur l’égalité, nous perdons notre énergie pour complaire à l'idéologie hypocrite de nos chefs et nous sacrifions dans une assez grande mesure les élèves à haut potentiel.
Pourtant, en théorie, nous sommes censés leur accorder toute l’attention qu'ils méritent et individualiser les enseignements. Blague ! On pourrait individualiser dans des classes raisonnablement homogènes dans lesquelles l’ambiance de travail serait à peu près sereine. Mais quand vous passez l'heure de cours à exclure, punir, reprendre, tout en gérant l'autiste, les quatre dyslexiques, les deux dysgraphiques, les cinq hyperactifs, le malvoyant et les trois qui ont des aménagements pour une raison que l’on ne nous a pas donnée… il vous reste peu de disponibilité pour gérer en plus ceux sur lesquels nous ne recevons en réalité aucune formation et qui effraient la plupart des enseignants en les renvoyant à leurs propres limites. Une des seules consolations psychologiques de la plupart des professeurs que j’ai fréquentés en salle des profs, c'est la supériorité qu'ils ont sur les élèves par leur maîtrise académique de la matière qu’ils enseignent. Dénigrer les élèves, c'est une façon de se redonner confiance, d'aider à croire, dans le marasme d'échecs ambiants, qu'on a une petite valeur, qu'on sait quand même des choses…
Crime de lèse-égalité
Depuis 1994, le Conseil de l’Europe nous enjoint de leur proposer des aménagements spécifiques. C'est la résolution 1248 relative aux enfants surdoués. Mais parler simplement d’enfants surdoués, en France, c'est un crime d’orgueil ou de lèse-égalité. Notre société est asphyxiée par son hypocrisie. D’un côté, on attend tout des surdoués, que l'on se régale d’admirer dans les séries populaires, par exemple, de HPI à La casa de papel en passant par Sherlock ou Dr House (on peut ajouter les Asperger d’Astrid et Raphaëlle ou de The Good Doctor) ; et d’un autre côté, dévorés d'envie et de venin égalitariste, on les laisse en réalité de côté en prétendant que s'ils sont si intelligents, ils peuvent bien se débrouiller seuls. On refuse de prendre en compte leurs difficultés au motif que leurs atouts sont censés les compenser. Je pense, dans le fond, que c'est aussi parce qu'ils indisposent la plupart de leurs professeurs, dont la seule nourriture d’amour-propre subsistant est de se sentir un peu supérieurs à leurs élèves.
Une collègue, qui avant d'être enseignante était éducatrice spécialisée, nous a proposé sur le temps du déjeuner une formation pour accompagner les enfants précoces. Aucun inscrit : on a déjeuné en tête-à-tête, mais moi, je suis déjà formée sur le sujet, même si je n'adapte jamais assez, jamais autant que je le souhaiterais, jamais comme il le faudrait.
Elsa Autain-Pleros a écrit un livre essentiel sur la prise en charge des enfants précoces : Je suis précoce. Mes profs vont bien. Mais quand on le parcourt, on se rend compte que dans un collège public lambda, on n’applique aucune de ses préconisations. Et cela parce que l’uniformisation et la conformation à la norme sont en réalité les objectifs essentiels de l'école française. Son but n’est pas d’aider chacun des 15 millions d’élèves qu’elle gère à développer son potentiel. D’ailleurs, son but n’apparaît plus si nettement…
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38 commentaires
Le nivellement par le bas;.. wallah !
Les surdoués certes, mais quid des simplement doués ou des normaux. Car eux aussi sont tirés vers le bas par ce que vous appelez le fond du panier par l’égalitarisme forcené du ministère.
Quand on est normal, va-t-on essayer d’imiter le bon élève systématiquement ignoré par l’enseignant ou vers le perturbateur qui s’amuse ou terrorise les autres ? Ne rien faire est naturel alors que fournir des efforts ne l’est pas. Ce ne sont pas les surdoués qu’il faut sortir mais tous les boulets. Quand je suis arrivé au collège début années 70 il y avait une « classe de transition » qui regroupait tous les boulets moyennant quoi les autres classes avançaient.
Bonjour Virginie. Contact rétabli ? Pas certain dans un contexte où tout doit être « hygiénique ». Votre texte illustre parfaitement cette notion.
Remise dans son contexte, votre dernière phrase est terrible : « son but (l’école) n’apparaît plus si nettement….(développer le potentiel des élèves) « . Elle présente une densité exceptionnelle. A elle seule, elle exprime tout l’effondrement de notre système éducatif. Non seulement dans sa forme mais surtout sur le fond.
La cause profonde en serait » Notre société est asphyxiée par son hypocrisie. » . Vous mettez le doigt où cela fait mal. Chacun se réfugie derrière de fausses arguties pour ne surtout pas adopter puis appliquer les remèdes nécessaires. Pour quelles raisons ce réflexe de protection ? La peur. La peur dans tous ses états. Une conséquence d’un régime que j’ose qualifier de « stalinien », une seul tête, au pas cadencé, évitement de la responsabilité.
Vous évoquez les dogmes à ne surtout pas transgresser sous peine de discrimination négative dont le souci d’égalité de traitement, qu’elles qu’en soient les conséquences. Ce qui situe le faible en confrontation face au surdoué, le surdoué et ses difficultés psychologiques face à des potentialités impossibles à exprimer et développer. Une bouillie avec laquelle l’enseignant doit composer.
Nous en revenons à cette dernière étape totalement à coté de la plaque malgré les alertes : les « groupes de niveau » en lieu et place de « classes de niveau ». Surcharge de l’enseignant peut-être pas en facultés de maitriser un tel système. Déstabilisation de la classe amenées par distractions à s’éloigner de l’enseignement.
La sagesse et l’esprit d’humilité voudraient que l’on revienne à ce qui a permis les « trente glorieuses ». Glorieuses atteintes non seulement par la quantité de travail mais surtout par l’expression libre de toutes les potentialités. Ce qui a produit des motivés consciencieux, sources de toutes innovations. Aujourd’hui, tout est sous contraintes, sous boisseau. En premier lieu ce qui est porteur d’une riche communication indispensable à toute réussite, la liberté d’expression.
Virginie, le mal est profond. Les remèdes sont connus mais à glisser sous les tapis sous peine d’atteinte du pouvoir d’achat. Ce qui se traduit par la naissance de faiblesses très handicapantes, défauts de docteurs, d’ingénieurs, de savants, de main-d’œuvre qualifiée. Mais pour le pouvoir, tout est au mieux.
Virginie, je vous souhaite une bonne semaine et surtout poursuivez dans votre sensibilisation des foules. Restez physiquement vigilante.
Très bien .En tant que neuro psychologue j’ai beaucoup testé ces enfants et suivi leur parcours…on imagine pas à quel point ils sont mal tolérés et en souffrance tout au long de leur scolarité !
Ma fille, âgée de 6 ans à l’époque, élève au CP de l’école du village s’était vue affliger une sanction de 10 tours de cour pour avoir « avoué » qu’elle avait préparé à la maison en lisant la page de lecture prévue pour le lendemain. Bel encouragement de l’institutrice pour valoriser le travail personnel de ceux qui veulent réussir ! Sa mère et moi lui en avions fait la remarque le lendemain en lui manifestant notre surprise et notre désapprobation. Mal nous en avait pris, notre fille fût reléguée au fond de classe avec des remarques acides….. et l’institutrice soutenue par sa hiérarchie.
Après de longues réflexion j’en suis arrivé à la conclusion suivante: beaucoup d’enseignants supportent mal les enfants des gueux qui pourraient être des concurents pour leur propre progéniture !
Quelle honte !
Que d ignorance vous avez pour écrire de telles bêtises….ceux que vous décrivez avec beaucoup de violence et de mépris sans aucun guillemets » les autistes, hyperactifs, dys.. sont également HPI pour la majeur partie d’entre eux. Et ces enfants ont tellement à apprendre à des gens si bas comme vous que vous êtes désemparés. L IA vous remplacera très vite car aucune réflexion empathique ne sort de vitre cerveau pourtant lui si scolairement construit. Votre écrit est tout simplement honteux pour votre profession et nous parents qui vous envoyons tous les jours des citoyens dans vos classes… Beurk!
Euh… si, dans une classe, vous avez un autiste, quatre dyslexiques, deux dysgraphiques et cinq hyperactifs, ça fait 12, soit un bon tiers de la classe. Et les HPI, ça représente 2% de la population : grosso modo, un pour trois classes. Ceci dit, autant ce HPI que les autres dys-, ils se porteraient mieux si on ne mélangeait pas tout le monde.
Et bien oui, c est la représentation même de notre société .. les neuro sciences évoluent, il faut vivre avec son temps. Aujourd hui nous pouvons mettre des mots sur des profils ou styles d apprentissage qui ont TOUJOURS existé. Et si nous avions que des ingénieurs, je ne sais pas ce que nous aurions à manger dans nos assiettes…L’EN doit avoir en ses rangs des professeurs adaptés et pas juste recracher une leçon apprise par coeur d’ une année sur l autre… Le monde évolue et nous en France on passe notre temps à penser » c était mieux avant.. » L’école n’ est que le reflet de notre société et les professeurs ayant besoin de reconnaissance par la brillance de leurs élèves peuvent quitter le bateau qui coule en partie à cause de leur vision trop étroite. Leur rôle n’ est pas de briller mais de permettre à chacun.e d exprimer son meilleur. Une entreprise a besoin plus d employés avec quotient émotionnel que quotient intellectuel, les connaissances évoluent trop vite aujourd’hui! Les diplômes sont vite obsoletes!
l’EN est devenu fabrique à crétins, il faut des électeurs pour la gauche, qui ne réfléchissent surtout pas mais qui sachent réclamer des aides, que des hommes et des femmes avec une tête bien faite…
Juste petite précision la dyslexie n’est pas, une sorte de débilité, ma fille l’était et aujourd’hui elle est vétérinaire étude faite en France!! Le problème se résout avec un bon orthophoniste. Moi même je l’étais et j’ai un doctorat de Math et j’ai une fille qui possède deux doctorats !!!Alors non les dyslexiques ne sont pas des débiles faut juste prendre en charge correctement.
Je n’ai pas fait cette lecture de l’article. Il me semble qu’elle parlait juste des élèves qui avaient besoin d’un aménagement, pour dire qu’il y en avait beaucoup aujourd’hui dans des classes et pour des raisons diverses. Je crois qu’elle avait écrit dans une précédente chronique qu’elle avait un neveu autiste, donc je ne pense pas qu’elle porte un regard méprisant sur qui que ce soit. Ce qui transparaît de ses chroniques, c’est même peut-être un peu trop de bienveillance…
L’élitisme est l’ennemi de la pensée unique de la gôche .
Ces sous doués vont devenir des adultes dans quelques années. A force de tirer la culture et l’enseignement vers le bas, on va se retrouver avec un pays d’ânes bâtés. Pas étonnant que les bons élèves fuient le public.
Ne rêvez pas, j’ai connu la souffrance avec un fils de 154 de QI, testé en pleine dépression profonde. Il n’a pas eu son baccalauréat après deux tentatives. Il a fait du « tourisme » scolaire dans les meilleurs établissements tant privés que publics et je dirais que les plus méprisants se trouvaient dans l’enseignement privé. Quant au public …………
Un exemple de ce délitement mortifère : l’ENA ! …
depuis DE GAULLE qui a voulu « une grande école » de l’Administration … ce qui était de prima abord une bonne idée ! … La majorité de ces « petits hommes gris » prouve TOUS LES jours que lorsqu’un moule est cassé alors il faut le supprimer ! …
il faut remarquer que de « ENA » à ÂNE il n’y a qu’un joli chapeau à ajouter ! …
On a un peu les mêmes pratiques dans la plupart des écoles privées.
Les « sous doués » sont plus manipulables. Et la gauche à besoin de pauvres et d’anaphabetes, c’est son fond de commerce.
Le refus de notations justes, de classement des élèves selon leurs capacités et résultats par les enseignants et pseudo pédalos ont détruit le niveau et lave des enfants. Aujourd’hui, on voit partout de HPI qui devient des ratés de la vie car convaincu d’une supériorité en négligeant le travail. Mes enfants n’étaient pas des génie super HPI mais ils ont tous un emploi dit supérieur par le travail et l’assiduité.
La plupart des HPI sont en échec dans notre système (2/3), mais je ne crois pas que ce soit parce qu’ils sont convaincus de leur supériorité. Bien au contraire !
Au foot, les surdoué des 20 ans ont des collèges, lycées spécifiques payés par l état. Dans le sport, des qu un professeur remarque un « surdoue » ( courses, tir à l’arc, natation et ++.). Alors à lui les concours locaux, départementaux, régionaux.. pour eux, ma sélection par le haut. Mais un surdoué intellectuellement, etonnament très peu de coach dans l ecole publique
LOL ! … Un exemple : la « nymphe des escrolos » est même devenue une députée après avoir été « vice-présidente » d’université ! …
L’Ecole publique est un marigot qui est la vitrine de ce qu’est devenue la FRANCE à cause d’une bande de nocifs sur pattes ! …
Comme si ce problème de la précocité venait de naître. Comme si la République n’avait pas toujours tenu la précocité pour dangereuse. Ou ennemie. Elle portait atteinte à ses principes égalitaires. Elle remettait en selle l’horrible loi naturelle, inégalitaire, injuste, sauvage. La précocité menaçait même les maîtres. Pas tous, évidemment, mais ceux bouffis de suffisance idéologique étaient les plus exposés. Ah l’école publique quand elle faisait chorus à la loi du nombre, quand elle s’alignait sur la moyenne. Avec quel luxe de dévouement culturel national elle coupait les têtes. Une surdouée. Elle a même fait mieux que les meilleurs élèves, elle les a rendus inaptes, absents. Elle a pris leur place. La seule classe, la seule ecole qui vaille, c’est l’ecole maternelle. Je propose de la prolonger jusqu’au doctorat.
Il y a le massacre des surdoués, mais aussi de plus en plus celui des bons élèves et même des moyens. Quelques perturbateurs suffisent à plier une classe.