Toute la presse en parle, notamment 20 Minutes : « Une femme candidate à l’archevêché de Lyon. » Et , sur son compte Twitter, applaudit des deux mains, mettant en exergue une citation : « Anne Soupa invite les femmes à candidater partout où elles se sentent bridées. »

On pourrait commencer par faire remarquer à Marlène Schiappa que l’archevêché de Lyon n’est ni Parcoursup ni la mairie de : on n’y « candidate » pas. On sait qu’en ces temps de désert spirituel, on ne peut guère reprocher au jeune pigiste moyen de l’ignorer. Le très sérieux Monde, dans un involontaire hommage à Raymond Devos, n’a-t-il pas doctement affirmé, récemment, que l’Ascension tombait le Jeudi saint, que le Christ s’incarnait dans l’Esprit saint et que la Vierge était ressuscitée ? Mais de la mamie-boomeuse aux allures d’animatrice de pastorale surnommée par Libé « pétroleuse catho » – en 2009, elle avait créé avec sa comparse Christine Pedotti le Comité de la jupe puis commis le livre Les Pieds dans le bénitier pour dénoncer le sexisme de l’Église -, on était en droit d’attendre, au vu des hautes fonctions qu’elle brigue, expression moins hasardeuse : s’il y a un QCM « culture religieuse » au concours de catégorie Archevêque, ce qui n’est pas à exclure, un petit vernis dans ce domaine pouvant se révéler utile pour le poste, il faut que la dame révise ses fiches.

On pourrait lui dire, ensuite, que si la question des femmes dans l’Église la passionne, il y a eu, dans l’histoire de celle-ci, beaucoup de femmes « débridées », qui n’ont même pas eu besoin de « candidater » pour avoir un statut et une notoriété que n’atteindront jamais Anne Soupa, Marlène Schiappa ni même aucun homme d’État. Pour le savoir, il suffisait, il y a quelques jours, d’allumer sa télé et de regarder « Secrets d’Histoire » consacrée à sainte Thérèse de Lisieux : son livre Histoire d’une âme a été diffusé à plus de cinq cents millions d’exemplaires. Les Pieds dans le bénitier peuvent-il rivaliser ? Le genre de Thérèse, c’était plutôt la tête dans le psautier, elle est devenue docteur de l’Église, patronne des missions, et l’on trouve des statues à son effigie sur tous les continents.

On pourrait aussi se demander, dans le registre parité, pourquoi, au poste de secrétariat d’État à l’Égalité entre les sexes, on ne nomme jamais, au grand jamais, un homme… qui serait pourtant tout aussi concerné ? Serait-il « bridé », lui aussi, dans son aspiration à « candidater » ?

On pourrait encore… mais on ne le fera pas. Car sérieusement, pourquoi parlerait-on avec elle de ce qui ne la regarde pas ? De quel droit Marlène Schiappa vient-elle se mêler de tout ça ?

La séparation de l’Église catholique et de l’État est décidément compliquée. D’abord un divorce passionnel et sanglant, puis un accord à l’amiable – chacun chez soi avec un sourire crispé à chaque fois que l’on se croise – et, depuis quelque temps, une pente fâcheuse : l’État est devenu cet ex-conjoint intrusif et impérieux, un genre détestable que connaît bien pourtant Marlène Schiappa, qui sait mieux que son ancienne compagne elle-même — craintive et ployant déjà la tête sous les coups qu’elle anticipe – ce qui est bon pour elle : faussement protecteur, il juge avec condescendance et suspicion sa façon de s’occuper des enfants – et leur hygiène alors ? Se sont-ils bien lavé les mains au gel hydroalcoolique ? -, vient se mêler de tout et de rien, et surtout de ce qui ne le regarde pas, comme le mari violent qui rôde sous les fenêtres faute d’avoir été autorisé par le juge à rentrer : hier, c’était Christophe Castaner qui prétendait savoir mieux que l’Église l’endroit où elle devrait prier, aujourd’hui, c’est Marlène Schiappa qui donne son avis que personne n’a demandé dans la succession du .

Merci d’ôter vos pieds du bénitier et vos mains de la porte de la sacristie : vous violentez la laïcité, qui n’est pas seulement là, en théorie, pour vous arranger.

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