Une élection européenne ou un référendum ?

Dimanche prochain 26 mai, nous serons conviés par la volonté du président de la République à un référendum pour ou contre lui-même. La France a connu, par le passé, ce genre de situation où un suffrage supposément clairement positionné s’est transformé en consultation plébiscitaire. Nous nous souvenons des conséquences qui en découlèrent, par exemple en 1969, lorsqu’un autre Président n’obtint pas la réponse qu’il attendait.

En s’engageant de manière directe au soutien du parti LREM, il sollicite du corps électoral une approbation de son action, voire de sa personne. Cela est un pari pour lui dangereux dont on peut se demander si le jeu risqué en vaut la chandelle, mais qui correspond parfaitement à un ego assez dimensionné. En effet, si son parti sort vainqueur, alors il retrouvera les coudées franches pour reprendre le cours de son action et en revendiquer le bien-fondé, dans une dynamique redevenue jupitérienne. Cela est possible, mais peu probable. En revanche, il va de soi qu’une expression contraire devrait être comprise comme un désaveu sans ambiguïté et, en conséquence, une décision forte de sa part serait attendue par la nation.

Il aurait le choix entre plusieurs options, la moindre étant la dissolution, la plus forte la remise en jeu de son mandat. En tout état de cause, la seule issue serait la consultation populaire par le retour aux urnes pour qu’une légitimité réelle se dessine de nouveau à la tête du pays.

Connaissant le personnage et le peu de cas qu’il entend faire du peuple et de ses aspirations, il est à douter qu’il choisisse, le cas échéant, de le consulter directement. Cette démarche aveugle serait, pourtant, la pire qu’il puisse entreprendre, tant la dérive autoritaire prendrait corps dans l’esprit des Français. Que se passerait-il, alors ? Seul un devin pourrait le dire avec sûreté aujourd’hui.

Après six mois de crise des gilets jaunes, dont tout laisse à penser qu’elle est loin d’être éteinte, et après un grand débat où ce Président hors-sol a monopolisé le calendrier, la table des matière et le temps de parole sans que rien de probant n’apparaisse réellement au bout du compte, il ne faudrait pas croire que l’expression du mécontentement en resterait là.

Nous aurions dû, au lieu de cela, être préoccupés par l’Europe, ou plus précisément l’Union européenne, sur laquelle il y a tant à dire malgré tout. Les amoureux de cette Union comme les « Frexiteurs » auraient aimé pouvoir faire le choix de la renforcer ou de, simplement, la quitter.

Un vrai débat aurait permis de voter pour plus d’Union ou, au contraire, plus de souveraineté. Les sujets sont nombreux et préoccupants : la contribution nette de la France au budget commun est-elle profitable, sur le long terme, aux Français ? La nécessité d’une maîtrise des frontières pour arriver à maîtriser les flux migratoires n’est-elle qu’une vue de l’esprit ? Les harmonisations fiscales, sociales et pénales permettraient-elles la construction plus tangible d’un avenir commun ? La France, fer de lance militaire d’une Europe souvent muette sur les grands sujets du monde, ne pourrait-elle attendre plus de solidarité de ses partenaires ?

Alors, comme les vrais sujets d’ampleur nous ont été confisqués et remplacés par une question unique (« Pour ou contre Emmanuel Macron ? »), nous lui répondrons dimanche clairement en espérant, avec un peu de naïveté mais beaucoup d’espérance, qu’il saura tirer les conclusions qui s’imposent et en tirer les conséquences pour le bien de la France et des Français.

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