Editoriaux - Politique - 4 décembre 2019

Un office national contre la haine : encore une instrumentalisation de l’antisémitisme par le pouvoir ?

La profanation du cimetière juif de Westhoffen dans lequel 107 tombes ont été maculées de croix gammées a semé la consternation en Alsace, où une série d’actions similaires ont été perpétrées ces derniers mois. Christophe Castaner a saisi cette occasion pour annoncer la création, au sein de la gendarmerie, d’un « office national de lutte contre la haine » (dont il faudra définir les contours) qui sera, notamment, chargé de cette enquête. Outre le fait que notre législation concernant la lutte contre l’ est déjà suffisamment pourvue, cette décision évoque évidemment des arrière-pensées politiciennes, voire électoralistes, évidentes de la part d’un calculateur politique comme Christophe Castaner.

En effet, les citoyens ont déjà à leur disposition tout un arsenal législatif leur permettant de contre-attaquer. Deux infractions en matière d’antisémitisme figurent dans le Code pénal et la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, le délit de diffamation et le délit d’injure avec une connotation antisémite. Il existe une troisième infraction, peut-être un peu moins connue, qui est la provocation à la haine raciale, dont l’antisémitisme fait partie, et, enfin, une quatrième et dernière infraction qui est également punie par le Code pénal : le négationnisme issu de la loi Gayssot de 1990. De plus, la loi contre les contenus haineux sur Internet destinée à retirer certains contenus haineux sous 24 heures des réseaux sociaux, plates-formes collaboratives et des moteurs de recherche sera examinée par le Sénat dans le courant du mois de décembre.

Toute profanation de cimetière, qu’il soit juif, chrétien ou musulman, est abjecte par nature évidemment, mais cet effet d’annonce prêterait presque à sourire si le sujet n’était pas si grave. Car oui, il y a bien une résurgence de l’antisémitisme en France, qu’Emmanuel Macron lui-même constate et déplore, une « résurgence sans doute inédite depuis la Seconde Guerre mondiale ». La Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) nous indique qu’après deux années de baisse en 2016 et 2017, le nombre de faits à caractère antisémite a fortement augmenté en 2018 (+74 %). S’agissant des faits à caractère raciste et xénophobe, une baisse de 4,2 % a été constatée et les actes anti-musulmans atteignent, cette année, leur plus bas niveau depuis 2010. Aujourd’hui, l’antisémitisme n’est pas l’apanage (loin s’en faut) de l’extrême droite, mais souvent le fait de l’extrême gauche et des islamistes. Mais le déni reste la règle parmi les intellectuels complaisants et aveugles à l’antisémitisme musulman que l’on peut qualifier d’islamo-gauchistes. Sous la pression des députés de LFI, une commission d’enquête parlementaire sur les groupes d’extrême droite à été mise en place… mais pas sur les groupes d’extrême gauche comme, par exemple, les Black Blocs. Si ce n’est pas du déni parlementaire !

Alors, quel est le but de la création de cet office national ? Rassurer la communauté juive, probablement. Mais la volonté réelle de lutter contre ce phénomène issu de l’islam radical le serait encore plus. Des actes, des actes… En réalité, la ficelle est un peu grosse. Il s’agit, bien évidemment, de laisser penser et d’essayer de prouver que les auteurs de ces actes sont des groupes d’extrême droite qu’il faut mettre hors d’état de nuire et d’ensuite essayer de faire le parallèle avec le Rassemblement national. On se souvient d’Emmanuel Macron allant se recueillir à Oradour-sur-Glane durant la campagne présidentielle, tout en mettant en garde contre le retour de la peste brune… Plus anciennement, on se souvient de la profanation du cimetière juif de Carpentras, en 1990, les accusations proférées contre le FN et Jean-Marie Le Pen, alors que les auteurs étaient des enfants de la bourgeoisie locale. Et s’il s’agissait, pour Westhoffen, d’une provocation d’islamistes radicaux ? Castaner pourrait bien s’en mordre les doigts. À moins qu’il ne cherche à instrumentaliser également la gendarmerie qui, de toute façon, risque fort de se trouver accusée soit de racisme anti-musulman soit de laisser-aller et de travestir la vérité.

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