Immigration : les paroles et les actes

La nouvelle est passée presque inaperçue dans le flot de calamités qui accable notre France en ce moment : dépôts pétroliers bloqués, grève générale en vue, jeudi noir dans les transports en perspective, hôpitaux qui grondent, déluges mortels sur la côte méditerranéenne et nos soldats qui meurent au loin – pardonnez mes oublis.

Nous avons donc appris de l’AFP que la France « a renoncé à la livraison controversée de six navires à la pour renforcer le contrôle de ses côtes, en raison de “la situation” dans le pays ». Le don de ces six embarcations rapides avait été annoncé par le ministre des Armées, Florence Parly, en février. Huit ONG, dont Médecins sans frontières, Amnesty International et la Ligue des droits de l’homme, avaient saisi la cour administrative d’appel pour demander l’annulation de cette livraison. C’est chose faite à présent.

La reculade française les remplit d’allégresse. Lola Schulmann, chargée des questions migratoires chez Amnesty, a salué « une victoire importante » obtenue « grâce à la pression publique » (laquelle, donc ?) qui doit, selon elle, « marquer un tournant dans les relations de la France avec la Libye en matière de politique migratoire ».

« Nous nous félicitons de l’abandon de cette initiative qui aurait fait de la France la complice officielle des crimes commis sur les personnes migrantes et réfugiées en Libye. » Étrange, les « personnes migrantes » viennent se « réfugier » en Libye, où l’on commet des crimes sur elles…

De plus, les huit ONG, dans un communiqué commun, demandent désormais à Paris de poser « des conditions strictes à toute coopération bilatérale et européenne avec la Libye afin que les droits et la sécurité des migrants soient garantis et respectés ».

Le ton est triomphal et les instructions données au gouvernement français très claires. Le camp du bien, c’est eux, ils décident. Les gouvernements libyen et français doivent s’exécuter, et n’entraver ni le trafic des passeurs ni l’action salvatrice des ONG. Doter les Libyens de navires rapides et empêcher le flot continu de jeunes hommes du Sahel arrivant en Europe, impossible ! En plus, comme l’explique Le Figaro, il serait question de faire passer de 60 à 40 % l’abattement fiscal pour les gros donateurs aux ONG… Gageons qu’un nouveau repli stratégique est à l’étude, à Bercy cette fois.

Après la com’ et les paroles, voici les actes.

À lire aussi

Grève des raffineries, je n’ai pas une confiance sans Borne

Ce que ne dit pas le ministre, c’est que ces stocks stratégiques sont, pour une part, non …