Culture - Editoriaux - Politique - Table - Union Européenne - 19 janvier 2017

Trump, l’Union européenne et la France : où irons-nous demain ?

Que retenir du premier entretien accordé par Donald Trump à deux journaux européens, en l’occurrence Bild (Allemagne) et The Times (Grande-Bretagne) ? Le désintérêt américain envers l’Europe ne date pas d’hier. Barack Obama avait, en premier, réorienté la diplomatie américaine vers les eaux du Pacifique. Toutefois, son successeur est beaucoup plus radical et imprévisible. Il correspond tout à fait à cette fameuse expression américaine de « game changer ». Tel un chien dans un jeu de quilles, il n’hésite pas à briser de multiples tabous, le plus souvent pour le meilleur.

À propos d’Angela Merkel, chancelière allemande et quasi-dirigeante de ce quasi-État qu’est aujourd’hui l’Union européenne, Donald Trump ne mâche pas ses mots, expliquant de manière très lucide que, dans l’ensemble, « l’Union européenne est devenue un véhicule pour l’Allemagne ». Voilà qui fera plaisir aux partisans du traité de Maastricht qui estimaient tous, fidèles toutous de François Mitterrand et d’une grande partie de l’UDF et du RPR d’alors, que l’euro et l’intégration créeraient une Europe politiquement française. Ils avaient tout faux. Donald Trump a aussi ajouté : « Je pense que Merkel a commis une erreur absolument catastrophique, à savoir accepter tous ces illégaux. Et personne ne sait même d’où ils viennent ! » C’est, enfin, dit par un grand de ce monde et nous ne pouvons que l’approuver.

Soutien du Brexit, le nouveau président des États-Unis croit qu’il n’est, au fond, qu’une conséquence logique des errements allemands, particulièrement quant à la gestion de la crise migratoire. En cela, il rejoint nos analyses. J’avais, notamment, qualifié le Brexit de « deuxième chute du mur de Berlin » ici-même. Il est évident que la politique égoïste d’Angela Merkel a rendu possible le Brexit.

Donald Trump sait, d’ailleurs, très bien que les États qui lui ont permis d’accéder à la Maison-Blanche, c’est-à-dire ceux de la Rust Belt appauvris par les traités de libre-échange et l’idéologie sans-frontiériste, ressemblaient trait pour trait aux régions anglaises qui ont voté pour le « out ». De la même façon, la crainte légitime du changement de population, et donc de civilisation, a puissamment agi en faveur de Trump comme du Brexit.

Cependant, les difficultés seront nombreuses. Certains conseillers de Donald Trump n’ont pas le même avis que le président élu sur quelques sujets importants, qui nous concernent parfois directement. Ainsi, l’attitude américaine à l’égard de l’OTAN sera à suivre de près. S’il est souhaitable que la France quitte le commandement intégré de l’Alliance, il ne faudrait pas la démanteler. Elle est encore utile. Il ne faudrait pas, non plus, renoncer à son article 5, qui veut que l’Alliance agisse militairement en réponse à l’agression d’un de ses membres.

Tout n’est pourtant pas sombre ! Le désengagement progressif des États-Unis obligera les États européens à reprendre leur défense en main. Il est grotesque que la France soit le seul pays d’Europe occidentale encore capable de partir en opération extérieure. Nous ne pouvons pas assumer seuls la défense de notre continent. Donald Trump ouvre des occasions. D’abord, il décrispe les opinions publiques sur le sujet majeur de l’immigration. Bulldozer anti-marxisme culturel, sa franchise est un bol d’air frais. Le deuxième intérêt de sa présidence, plus paradoxal, est qu’il responsabilise les Européens. Ne dépendons plus de nos cousins d’outre-Atlantique. Le lien doit être maintenu. Il est fort et durable depuis les pionniers – Lafayette et Tocqueville. Mais gardons à l’esprit que les États-Unis sont simplement des partenaires. Il faudra respecter Donald Trump. Et, surtout, il faudra nous faire respecter. France first!

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