Si, comme nous l’avons observé à l’occasion des événements de Crépol, « l’ultra-droite » est en voie de devenir la planche de salut de Darmanin en matière d’ultra-violence, c’est, cette fois, la psychiatrie qui est appelée par ce même Darmanin au secours de la lutte contre le terrorisme islamiste. Si le recours à ce genre d’argument n’est pas vraiment nouveau, puisque régulièrement utilisé pour tenter d’expliquer, voire de justifier, l’incapacité de ceux qui nous gouvernent à endiguer le phénomène, le ministre de l’Intérieur vient d’en faire l’une des pierres angulaires de son action en la matière. En effet, en réclamant, dimanche dernier, sur TF1, que les autorités « puissent demander une injonction de soins » pour une personne radicalisée suivie pour troubles psychiatriques afin de prévenir des passages à l’acte, c’est clairement sur le champ de la santé mentale que Darmanin entend désormais poursuivre le débat.

Une explication un peu facile

La tentation de recourir à la psychiatrie pour tenter d’expliquer les comportements criminels n’est pas nouvelle. Déjà au XVIIIe siècle, MM. Cabanis et Esquirol, respectivement médecin et psychiatre, affirmaient que le criminel est un malade mental atteint d’affections particulières et que, comme tout aliéné, il doit faire l’objet d’un traitement. La science criminologique, au cours des décennies qui suivirent, affina cette théorie pour aboutir à celle des « types psychiatriquement définis ». Théorie permettant de distinguer les malades mentaux des délinquants authentiques. Ces études scientifiques favorisèrent l’élaboration du principe selon lequel tout acte criminel commis par un individu qui au moment des faits était atteint d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant altéré en tout ou partie son discernement ou entravé le contrôle de ses actes pouvait devenir pénalement irresponsable. À la lumière de ces explications, nous voyons bien le danger que représente le recours inapproprié à la psychiatrie lors du traitement d’affaires à caractère terroriste. Mais nous voyons bien, également, tout l’intérêt qu’il peut y avoir, pour ceux en charge de la sécurité des Français, d’opérer un tel glissement.

L’explication du geste terroriste causé par un trouble mental est évidement facile. Comment, en effet, ne pas admettre et faire admettre que se faire sauter avec une ceinture d’explosifs au milieu d’une foule ou bien semer la mort et la dévastation à l’aveugle en pleine rue ne relèvent pas d’un possible désordre mental. Sauf que, le plus souvent, ce désordre apparent répond à une démarche intellectuelle volontaire, entretenue et favorisée par une suite de gestes et de faits qui concourent logiquement, et donc en toute conscience, au passage à l’acte. Peut-on, dès lors, parler d’altération mentale ? À Paris, samedi soir, c’est un individu qui a manifestement planifié, organisé et construit dans la durée son acte homicide, qui a bel et bien tué et blessé trois personnes. Dans ce contexte précis, les troubles mentaux dont on nous dit qu’il était atteint ne semblent l’avoir nullement gêné dans ses choix et son projet mortifère.

Irresponsabilité induite

Mais l’effet le plus perfide de ce glissement organisé du criminel vers le pathologique réside sans doute dans le report de responsabilité qu’il induit. Faire du terroriste un aliéné revient à confier au psychiatre, et donc à la médecine, la responsabilité du traitement. Ainsi, demander une injonction de soins pour un individu radicalisé suivi pour des troubles psychiatriques reviendrait à dessaisir de facto le juge au profit du médecin. Est-ce vraiment à la médecine, dans le contexte sécuritaire actuel, de gérer ce type d’individus et d’arbitrer nos politiques de sécurité nationale ?

Nous ne pouvons manquer d’observer cette tendance lourde, pour un gouvernement manifestement dépassé par les événements et prisonnier de ses nombreuses contradictions, de vouloir se défausser sur tous les sujets. Alors que seule la tenue d’une ligne ferme s’imposerait, confiant aux forces de l’ordre et à la Justice le soin de régler ce phénomène majeur qu’est le terrorisme, c’est à nouveau un État déliquescent, peureux et irresponsable qui s’offre aux yeux des Français. Dans ce contexte de démission assumée, la peur et le désarroi n’ont pas fini d’habiter le cœur et l’esprit des Français.

 

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 08/12/2023 à 14:52.

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05 décembre 2023 à 11:42

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