Tout commence en 1952 avec l’Assemblée commune de la CECA [Communauté européenne du charbon et de l'acier, NDLR], dont l’anniversaire vient d’être fêté en catimini. En 1958, elle fit place à l’Assemblée parlementaire européenne, qui devint en 1962 mais demeurait purement consultatif. Tout change en 1974 quand le sommet de Paris décide l’élection au suffrage universel des députés européens, qui étaient alors des députés nationaux délégués au , donc en phase avec les préoccupations nationales. La première élection au suffrage universel se déroulera en 1979. Dès lors, il était évident que ce Parlement élu directement demanderait à élargir ses pouvoirs en face du Conseil qui était le seul législateur.

Ainsi, traité après traité, le Parlement vit ses prérogatives augmenter. Il lui fut d’abord concédé un droit d’amendement, dit procédure de coopération, mais le Conseil gardait le dernier mot ; puis un pouvoir de codécision qui fit du Parlement un colégislateur avec le Conseil des ministres de l’Union européenne où siègent les représentants des gouvernements. Le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne de 2007, plus connu sous le nom de traité de Lisbonne, fera de cette codécision la règle générale.

Cette lente acquisition d’un pouvoir législatif partagé a marqué la psychologie collective de cette assemblée qui, frustrée d’avoir longtemps été un « Parlement croupion », a développé un esprit revendicatif et d’hostilité envers le Conseil, accusé, selon l’habituelle rhétorique européiste, d’être l’expression des « égoïsmes nationaux » qui, en fait, sont souvent de légitimes intérêts nationaux. Il s’est ainsi créé une sorte d’alliance objective entre le et la Commission européenne contre le Conseil. Le Parlement n’hésitant nullement à s’engager avec ardeur dans la surenchère européiste.

Par un curieux effet psychologique, bien des députés français, une fois élus, se font les avocats ardents de l’Union européenne et de l’extension continue de ses pouvoirs plutôt que de la France. Échappent à ce syndrome quelques députés LR, comme François-Xavier Bellamy ou Nadine Morano et les élus du RN dont, en figure de proue, Jordan Bardella et Philippe Olivier. Cela amène à soulever une question de fond. Pour avoir une réalité, la démocratie doit rimer avec proximité. Plus on éloigne le lieu de prise de décision du peuple de ceux qui vont subir les décisions prises, plus on risque de tomber dans un système oligarchique coupé du réel. Or, les députés européens sont, pour beaucoup, « hors-sol » et ne s’empoignent pas avec le réel et ses contraintes mais avec l’idéologie qui devient plus importante que la réalité des êtres et des choses.

Cet état de fait se traduit notamment dans la surenchère « climatique » ou prétendument écologique qui confine parfois au délire. Tout comme dans l’acharnement contre les choix démocratiques de certains peuples qui ne communient pas avec la doxa européo-mondialiste dominante ou aux idéologies de déconstruction en vogue. On l’a vu pour ce qui concerne la Hongrie et la Pologne ou encore au travers des réactions à la victoire de Mme Meloni en Italie.

Il est permis de se demander si, à soixante-dix ans, ce Parlement est majeur. Sa manie de voter des résolutions sur tout et n’importe quoi, comme s’il était un mélange d’ONU régionale et de super ONG, ses obsessions idéologiques, l’alliance objective entre le PPE et le PSE dans la surenchère européiste en font douter.

Cet anniversaire coïncide avec celui de l’aventure européenne. A-t-elle tenu ses promesses ? On nous avait promis la paix et la prospérité, un poids dans les affaires du monde. Après la guerre en Yougoslavie, la guerre est à nouveau en Europe et l’Union européenne n’a pas su ni pu la prévenir, la prospérité est un rêve pour beaucoup d’Européens et l’Union européenne est plus que jamais la vassale des États-Unis. Elle est un ensemble déclinant sur le plan démographique, faible sur le plan international et militaire, affaibli sur le plan économique. C’est la conséquence de ses choix fondamentaux : elle a voulu se construire contre les nations et en reniant les fondements de sa civilisation. La meilleure voie du déclin. Au trône la statue de Bolívar, celui qui a échoué à unifier l’Amérique latine et a fini sa vie en disant : « J’ai labouré la mer. » Tout un symbole !

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27 novembre 2022

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11 commentaires

  1. L’union fait la force lorsque tous tirent dans la même direction. Ce n’est absolument pas le cas dans l’UE ou chaque nation tire dans sa direction en fonction de ses intérêts légitimes (à part la France de Macron qui tire en sens contraire).
    Dans ce cas un seul pays mu par une volonté politique claire a plus de force que cet ensemble hétéroclite.

  2. TRISTE EUROPE.
    L’Union européenne, un machin autoritaire et totalitaire, échappe aux peuples qui ont perdu la souveraineté de leurs nations. Les friches industrielles et urbaines s’installent. Les « sans dents » n’ont plus les moyens de se nourrir décemment, mais les progressistes vivent dans le luxe et l’indécence. Le bon sens, l’éducation, le savoir, la civilité, s’étiolent. En effet, à l’école, les expérimentations pédagogistes et les idéologies progressistes font des enfants des cobayes. La consommation, les loisirs stupides, la déculturation, s’imposent comme des drogues afin de ne plus penser. La violence règne partout, sous toutes les formes, dans le déni le plus complet.

    Les dirigeants mondiaux et « nationaux » se piquent de générosité, d’altruisme, de philanthropie, déclarent agir pour le bien de l’humanité, se vantent de protéger les citoyens. Résultat : les problèmes s’accumulent et engendrent le chaos. Le progressisme conduit au changement de civilisation, à la décivilisation, à la naissance d’un Nouvel Ordre Mondial totalitaire et inhumain.

  3. A quoi sert ce “machin” aurait dit Charles ? (en fait c’etait pour l’ONU) . Le problème est que ce machin fonctionne dorénavant contre les intérêts des peuples européens mais pour les intérêts de nos Zélites (cf Von der Leyen et autres)

  4. NON, le parlement Européen n’est devenu qu’une mafia fainéante et destructrice sauf pour eux comme tous ce qui est politique au point de se permettre une préparation à de grandes courses en mer qui demandent beaucoup de temps et de préparation ce qui peut se permettre une député Européenne avec l’argent des contribuables. Il y a déjà peu de votants aux élections Européennes il y en aura encore moins pour les prochaines. Tout ce qui est certain, c’est que cette institution nous coûte une fortune pour payer des gens plus fainéants encore que les institutions de la République Française ce qui n’est pas peu dire sans oublier leurs grandes magouilles avec l’argent public jusqu’à se payer des appartements sur la côte qui à un certain moment deviennent des appartements privés ! ça c’est du constat in situe.

  5. « La guerre est à nouveau en Europe et l’UE n’a pas su ni pu la prévenir » dixit Stéphane Buffetaut. L’UE n’a surtout pas VOULU la prévenir, n’ayant de cesse d’armer le régime archi-corrompu de Zelinski. Comme quoi, entre corrompus, on sait s’entendre comme larrons en foire …

  6. Le parlement européen est composé de 751 députés « majeur-ritairement » incompétents, et majoritairement surpayés pour l’être !
    Il faut abattre cette monstruosité au plus vite.

    1. Absolument d accord Jack pour commencer quitter l UE mais le seul qui aurait eu le courage de faire bouger les choses à eu moins de 10% de voix ce qui donne une idée de la qualité d information et de réflexion des Français.

  7. Quand une machine ne rend pas le service attendu, on s’en débarrasse. Il doit en être de même pour ce machin qui ne répond à aucune des promesses qui ont été vendues. Dans une vrai démocratie, un référendum Européen permettrait de voir si le peuple veut sa poursuite, sa refonte ou sa disparition. Qui pour le demander?

  8. Chez nous ils labourent l’air et le constat de leurs échecs est flagrant . L’UE ne défend pas les peuples mais les intérêts de certains qui veulent faire de tous les humains des esclaves robots à leur service .

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