Editoriaux - Education - 29 mai 2015

Transmission : le grand naufrage

Tout le monde s’accorde pour constater et déplorer le naufrage du système éducatif français, de l’instruction française devrait-on dire. Il est devenu banal d’évoquer Bossuet à propos “de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes”, mais c’est ce qui décrit le mieux le problème.

En effet, le progrès a été le “moteur” des derniers siècles ; or, pour qu’il y ait progrès, il faut que les enfants veuillent faire mieux que le père, donc qu’ils remettent en cause son héritage. De Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis aux Déshérités de François-Xavier Bellamy, plus savant, qui fait remonter à Descartes le rejet de la transmission, c’est le même constat. C’est la remise en cause du savoir du père qui permet le progrès.

De Descartes (voir François-Xavier Bellamy), qui dit qu’il vaut mieux pas de transmission du tout que la transmission de savoirs susceptibles d’être remis en question, à notre système éducatif actuel, dans lequel certains soutiennent que la transmission est oppression, même combat.

C’est avec raison que Bernard de Chartres nous avait comparés à “des nains sur des épaules de géants”. Pour pouvoir remettre en cause les acquis, encore faut-il qu’il y en ait, encore faut-il qu’ils soient acquis. C’est forts du savoir et grâce au travail de ceux qui nous ont précédés que nous sommes ce que nous sommes et pouvons tenter de faire mieux.

Prenons le français. On pense avec les mots. Il est vrai que les mots et la grammaire jouent un rôle dans la formation de la pensée, et qu’on ne pense pas en anglais comme en français, mais pour autant la langue est plus un instrument de liberté qu’une prison. Avec seulement deux cents mots, on a un fonctionnement plus proche de ceux du gorille qui bombe la poitrine ou du chien qui relève les babines que de la réflexion, qu’elle soit scientifique, philosophique ou technique (exception : Lascaux semble montrer que l’art peut, lui, se passer des mots).

En science, peut-on imaginer qu’un Kaspar Hauser ou un Mowgli n’ayant rien appris à l’école puissent refonder la science moderne ? Einstein était allé à l’école, et c’est armé d’une formation de haut niveau qu’il a pu fonder sa théorie révolutionnaire.

Nous sommes vraiment des nains sur des épaules de géants ; les gnomes du ministère de l’Éducation qui pensent que la transmission est un embrigadement et que la seule chose à enseigner est la capacité de douter, ont tort. Juchés sur leur idéologie, ils ne font que détruire.

Le comble de l’aberration – car ça n’est pas fini -, c’est que l’instruction a été ruinée pour permettre le progrès, mais que, grâce aux écologistes, on a maintenant interdit celui-ci au nom du principe de précaution. Résultat : on n’a plus d’instruction, plus de transmission, et plus de progrès non plus. Fermez le ban !

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