Editoriaux - Histoire - Religion - 4 juin 2019

Tiens, c’est aujourd’hui la Sainte-Clotilde ! Une de ces figures féminines dont tout le monde se moque éperdument…

Qui, pour le rappeler ? Pas Marlène Schiappa, apparemment, ni aucune de ses comparses, qui, quoique toujours en quête de figures féminines téméraires, semblent fuir le sanctoral – regorgeant pourtant de donzelles volontaires, capables d’envoyer valdinguer des prétendants par trop autoritaires ou un père atrabilaire. L’une d’entre elles, sainte Wilgeforte, dont on peut admirer l’étonnante statue dans l’église Notre-Dame-de-Lorette à Prague – et que l’on nomme, en France, sainte Débarras, vous allez vite comprendre pourquoi -, pria Dieu, un soir, de lui éviter une union forcée par papa avec un roi païen dont elle ne voulait pas, et se retrouva au petit matin dotée… d’une barbe, dont les effets sur le fiancé, on s’en doute, s’apparentèrent à ceux du bromure en cachet. Mais même ce discret clin d’œil d’à travers les siècles à Conchita Wurst ne saurait dégeler nos très laïques féministes.

Pourtant, aucune patronne du CAC 40, aucune « cheffe d’État », aucune Christine Lagarde ni Nathalie Loiseau ne saurait égaler en influence sainte Clotilde et espérer, comme elle, voir son travail porter ses fruits 1.500 ans après (même si ceux-ci tendent à s’estomper ces temps derniers, on peut le concéder…).

En réussissant à convertir Clovis, c’est toute la France qu’elle a christianisée. Pour des siècles et des siècles. Et la tâche n’était pas gagnée. Clovis était, dit-on, un chef magnanime, mais eu égard à sa façon de régler l’affaire du vase de Soissons, on comprend qu’il n’avait suivi aucun stage de management positif, communication bienveillante ni gestion pacifique du conflit. Son défaut de bonhomie n’avait sans doute d’égal que son absence de galanterie.

Elle était, paraît-il, douce, belle, fine et très pieuse ; l’alliance, en somme, de la carpe et du lapin, du Lys dans la vallée et de Conan le Barbare. Mais elle n’a pas balancé son phacochère, elle l’a civilisé. En a fait un agnelet – enfin, non, c’est très exagéré, mais vous voyez l’idée -, réussissant à le retourner en dépit d’un fils premier-né décédé sitôt baptisé. Saperlipopette – s’est-il dit dans sa tête, peut-on imaginer -, c’était donc ainsi qu’il était récompensé d’avoir obtempéré ? Pour un homme qui ne raisonnait, avec ses propres divinités, qu’en termes de rétribution, convenons que c’était un peu fort de café…

Mais elle s’est entêtée. Permettant ainsi, entre autres changements de société, aux femmes de relever la tête. Par le mariage monogame avec consentement libre et mutuel. À un âge plus tardif, donc, donnant ainsi le temps aux fillettes de s’instruire.

« Ce n’est pas un hasard si ce sont des sociétés dont l’héritage est chrétien qui ont vu naître, au siècle dernier, les premières requêtes du féminisme », martèle l’historienne Anne-Marie Pelletier dans son livre Le Christianisme et les femmes. Vingt siècles d’histoire.

Comme le développe, quant à elle, Régine Pernoud, ce n’est pas non plus un hasard si toute l’Europe a été convertie par l’intermédiaire de reines chrétiennes, à l’instar de Clotilde en France, Théodelinde en Italie, Théodosia en Espagne, Berthe en Angleterre ou encore Hedwige en Pologne. Si leur foi était bien réelle, elles y trouvaient aussi leur intérêt… adieu les concubines – avec lesquelles il fallait bien, auparavant, cohabiter – et autres humiliations publiques de gynécée, instituant de ce fait, dans le couple, cette parité, ce 50 % égalitaire que Marlène Schiappa, veut imposer… partout sauf, précisément, dans le mariage !

Alors, qui pour en parler ? Le dernier spectacle du Puy du Fou, récemment inauguré, intitulé Le Premier Royaume et évoquant le baptême de Clovis. Clotilde y est mise à l’honneur, fêtée tous les jours de l’année, et pas seulement le 4 juin. Elle y réarme culturellement – dans une magnifique mise en scène – tous les Français qui viennent en nombre la visiter, dans une communion enfin retrouvée. Une femme, une vraie, qui a fait mettre à genoux le plus irascible des guerriers. Ne jamais l’oublier.

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