Audio - Editoriaux - Entretiens - International - Polémiques - 4 septembre 2019

Thierry Mariani : « Il n’y a que ceux qui ne sont jamais allés en Syrie qui continuent à avoir la même opinion des “gentils” rebelles ! »

Thierry Mariani, député au Parlement européen, est de retour d’un voyage en Syrie où il a pu rencontrer le président Assad avec des élus du Rassemblement national. Une photo de l’eurodéputé dégustant un verre de vin a créé l’indignation sur les réseaux sociaux. Explications au micro de Boulevard Voltaire


Vous revenez d’un voyage en Syrie. Après ce que vous avez vu, pensez-vous que ce pays puisse se reconstruire ?

Bien sûr. C’est un des sujets de discussion avec le président Assad. Sur ce sujet, comme sur beaucoup d’autres, l’Europe est incontournable et rien ne peut se passer sans elle.
L’Europe ne participerait que s’il y avait un nouveau processus interne. Lorsque cette question a été abordé, la réponse des autorités a été : « la Chine nous a ouvert des crédits qui aideraient à participer très largement à la reconstruction du pays ». La Chine est le premier créancier au monde. Il n’y aura pas de vrais problèmes pour reconstruire les principales infrastructures. Le problème n’est pas financier. Il faut des années et des années de travail, mais les entreprises et les employés dont ils ont besoin n’existent pas en Syrie.


Vous avez posté une image sur Twitter qui a beaucoup choqué. Vous dégustiez un vin Côtes-du-Rhône dans un restaurant à proximité d’une prison de Saidnaya.
Comprenez-vous l’indignation qu’a suscitée cette image sur les réseaux sociaux ?

Pour tous ceux qui sont indignés et qui ne se sont jamais rendus sur place, Saidnaya est avant tout un lieu de pèlerinage. C’est l’un des deux ou trois lieux importants de pèlerinage de la communauté chrétienne. Nous étions avant tout à Saidnaya pour visiter la cathédrale et voir les chrétiens d’Orient. Saidnaya est la banlieue où les habitants de Damas viennent s’aérer. Ce lieu est seulement à une trentaine de kilomètres de Damas. Nous étions dans un immense restaurant où se trouvaient 300 ou 400 personnes.
J’ai compris qu’à chaque fois que nous faisons un voyage, il faut qu’on trouve quelque chose. Je disais à l’un de vos confrères niçois que s’il était au fin fond du monde et qu’on lui servait de la socca, il ferait sans doute une photo.
On m’avait servi un Côtes-du-Rhône par pur hasard. Est-ce que je comprends l’indignation ? Je comprends que tous ceux qui ne comprennent rien et n’y sont jamais allés conservent la même opinion. En clair, Bachar doit être battu, Bachar doit être remplacé et ceux qui le combattent sont des gentils rebelles. Si c’est comme cela, qu’ils aillent en Syrie. D’ailleurs, en ce moment, il y a de la place à Idleb chez les gentils rebelles.


Selon un récent rapport de l’ONU, il y aurait dans cette poche un réservoir de terroristes. Cette information est-elle correcte ?

La poche d’Idleb est la dernière grande poche du territoire syrien occupée par les terroristes. Le rapport de l’ONU du mois dernier disait que : « Idleb est désormais le plus grand dépotoir au monde de combattants terroristes étrangers ». Dans toutes les batailles précédentes, les combattants ont été évacués vers la poche d’après, à la faveur des différents cessez-le-feu. Idleb est la dernière poche ! Quand vous discutez avec les autorités et les responsables militaires, personne ne sait vraiment combien ils sont. Ils sont estimés entre 50 000 et 70 000 combattants, dont 30 000 étrangers.
Ce sujet va occuper les mois à venir à la fois militairement et médiatiquement. Militairement, c’est la dernière poche et ils ne peuvent aller nulle part. Les Turcs les refusent. Les Occidentaux voudraient que la Syrie n’y touche pas, mais refusent de les reprendre. En effet, ils sont tellement gentils et inoffensifs que les Français, les Belges et tous les autres pays ne veulent pas les reprendre… C’est assez extraordinaire, non ? Je le répète, bien sûr que nous avons raison de ne pas les reprendre.
Mais, alors qu’ils sont évidemment trop dangereux, on voudrait que la Syrie les garde gentiment sur son territoire et les entretienne. Le gouvernement syrien est très clair. Il reconquerra cette partie de son territoire, quel qu’en soit le prix !

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