Ce lundi 10 août, Ankara a déployé un navire de recherche sismique, avec escorteurs, dans le sud-est de la mer Égée. Aussitôt surveillé par la marine grecque, protégeant ses gisements gaziers et son domaine maritime.

Et voilà notre César-Macron appelant au dialogue. Tout en faisant part, au Premier ministre grec, de sa « préoccupation au sujet des tensions provoquées par les décisions unilatérales de la en matière d’exploration pétrolière, qui doivent cesser pour permettre un dialogue apaisé entre pays voisins et alliés au sein de l’OTAN », rapporte France Info. Notre imperator a annoncé, hier, un renforcement de la présence militaire française en appui, au nom du respect du droit international… dans les prochains jours.

Sans doute, en bon stratège, sera-t-il resté évasif sur les délais et les effectifs – on parle de deux bâtiments de la Marine et de deux chasseurs Rafale qui seraient déjà sur zone – pour mieux surprendre l’adversaire ottoman !

Plus sérieusement, on se souviendra des précédents, comme ce « ciblage » de la frégate Courbet, le 10 juin dernier, par deux bâtiments turcs, alors qu’elle participait, avec eux, à une opération de l’OTAN au large de la Libye (site diplomatie.gouv.fr).

Dernier et plus grave « incident » franco-turc depuis le début de l’année, oui ! Mais des précédents : le 29 janvier, des Rafale repéraient le débarquement de blindés turcs à Tripoli, en violation du principe de non-ingérence dans le conflit libyen, accepté par Erdoğan à Berlin le 19 du mois. Sans compter les « alertes » multiples de nos services de renseignement sur l’acheminement, en Libye, de forces djihadistes, en plus du matériel militaire, par les navires turcs ; un trafic qui s’est poursuivi, sans sanctions de l’OTAN. Pour le coup, la « mort cérébrale » de l’Alliance est patente.

Richard Labévière (Proche&Moyen-Orient.ch) résume l’enjeu : « Exclue de l’alliance gazière qui regroupe l’Égypte, Israël et Chypre en Méditerranée orientale, la Turquie d’Erdoğan cherche à établir un couloir maritime entre ses côtes et la Libye, l’objectif final étant de contrôler les régions pétrolières et gazières de ce pays. » Même objectif en Syrie, en Irak, expansion en mer Rouge, Égée, etc. Une ambition néo-ottomane, par un projet néo-islamiste.

Que penser de la position de la France et des « gesticulations » de Macron ? On a beaucoup critiqué son intervention « néocoloniale » au Liban dans un Beyrouth dévasté. Qu’aurait-on dit s’il n’y fût point allé ? N’est-ce pas, aussi, un moyen pour contrer au plus près l’Ottoman ? Son positionnement, ce mercredi, contre « toute interférence extérieure » au Liban, lors d’un entretien téléphonique avec le président iranien Hassan Rohani, va aussi dans ce sens, par un « Grand Jeu » d’immixtion, en profitant des antagonismes sectaires musulmans.

Devant la position inexistante d’une désordonnée, face au chantage aux migrants de la Turquie, la France semble prendre seule le contre-pied de ce « machin » face à la politique agressive d’Erdoğan. Après la tentative d’intimidation du 10 juin dernier contre le Courbet, un autre camouflet lui ferait perdre définitivement le peu de crédibilité qu’elle conserve. Et notre état-major sait qu’en Libye, derrière le mercenaire anatolien, pointe le renforcement d’un islam fondamentaliste en Afrique du Nord et au-delà. Péril en la demeure ; explication possible d’un Président à la manœuvre.

Mais la question importante est la suivante : l’État français a-t-il les moyens de ses mises en garde ? On pourra toujours rêver d’un nouveau choc de Lépante, avec une France du bon côté, cette fois ; mais l’Anatolien sait bien, hélas, que pour l’instant, même quand le chien tricolore aboie, la caravane djihadiste passe.

14 août 2020

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