Editoriaux - Politique - Réflexions - 13 novembre 2019

Sondages : ça bouge dans les profondeurs de l’électorat, et pas que pour Macron et Marine Le Pen

La superposition des inquiétudes identitaires (voile, marche contre l’islamophobie) et sociales (réforme des retraites) fait bouger les lignes dans l’électorat. Emmanuel Macron en pâtit, subissant une forte chute de popularité, qui révèle un doute croissant jusque dans les catégories qui constituaient son socle du premier tour : cadres et retraités. Par ailleurs, le fourvoiement de Jean-Luc Mélenchon à la marche contre l’islamophobie a aussi libéré une partie de cet électorat.

Ce sont ces mouvements qu’enregistre le dernier sondage IFOP-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio. Et la principale bénéficiaire en est Marine Le Pen qui, selon Paris Match, « bat son record de popularité » depuis le début du quinquennat, atteignant 36 % de bonnes opinions (+8). En effet, elle progresse nettement chez les retraités (42 %, +15), les ouvriers (47 %, +11), mais aussi l’électorat Insoumis (27 %, +15) et celui des Républicains (44 %, +20). Pour elle, c’est une bonne nouvelle car ce sont les retraités et l’électorat LR (les deux se chevauchant) qui ont assuré l’élection d’Emmanuel Macron et qui feront encore, la sociologie et la démographie électorales étant ce qu’elles sont, la différence pour la prochaine présidentielle. Nul doute que ces segments électoraux vont être âprement disputés par les deux prétendants.

Mais ce sondage révèle aussi d’autres mouvements : en tête du classement, à côté du trio Hulot, Aubry et Royal (eh oui…), la première personnalité de droite préférée des Français n’est autre que… Nicolas Sarkozy. À 47 % (+1), ses soutiens enregistrent des flux étonnants : il fait l’unanimité chez Les Républicains (89 %, +8), mais rassemble aussi 70 % des sympathisants LREM et un tiers d’électeurs de gauche. Nicolas Sarkozy se recentre, perdant logiquement 21 % du côté du RN, où il pointe tout de même à 44 %. Ces transferts sont intéressants car ils traduisent le désenchantement, voire le désarroi des soutiens d’Emmanuel Macron. Lui qui fait tout pour rendre inéluctable son duel avec Marine Le Pen se prend à son propre piège : l’idée fait son chemin dans l’esprit de ses électeurs déçus qu’il pourrait être menacé. Et cet électorat qu’avait aggloméré Emmanuel Macron est en train de chercher une alternative à ce barrage défaillant. On peut imaginer que ça cogite fort chez les promoteurs de l’opération Macron 2017 eux aussi pour trouver un plan B au cas où le Président s’enfoncerait dans une impopularité durable. D’où cette carte Sarkozy. D’où, aussi, la promotion de François Baroin, qui s’installe à la 5e place (47 %), creusant l’écart avec ses rivaux LR Pécresse et Bertrand, tous en net recul. Testé face à Emmanuel Macron par ce sondage, il serait même capable de le battre. Petit problème : il n’est, pour le moment, pas en mesure d’accéder au second tour. C’est dire l’abîme qu’il y a entre « popularité » et intentions de vote. Et cela vaut pour tous.

Toutes ces hypothèses, qui peuvent donner des ailes à beaucoup, traduisent surtout une grande lassitude et un grand scepticisme de l’électorat. Selon une autre enquête (IFOP pour Le Figaro), 68 % des sondés estiment le duel Macron-Le Pen probable en , mais ils sont 72 % à ne pas le vouloir. C’est un chiffre considérable, et peut-être celui qui aura le plus de retentissement sur la suite : pour les Français, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, il y en a un de trop. Et peut-être deux.

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