Armées - Culture - Editoriaux - Polémiques - 14 novembre 2019

Vous d’abord, mon général !

Jean-Louis Georgelin, général (2S) nommé par le président de la République pour superviser la reconstruction de Notre-Dame de Paris, était interrogé, ce mercredi, par la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale. Il y fut notamment question du souhait, émis par Philippe Villeneuve, architecte en chef des monuments historiques, de reconstruire la flèche de la cathédrale à l’identique. Réponse du général : « Je lui ai déjà expliqué plusieurs fois et je lui redirai : qu’il ferme sa gueule et nous avancerons en sagesse […] »

Pas facile de faire parler de soi à 70 ans, n’est-ce pas ? Tenté de devenir sa propre caricature, le général n’a pas hésité. Les traders parfumés de la start-up nation veulent un bidasse pour relayer la parole du patron ? On a ça en soute, papa. Le forfait prestige. La complète. Le genre qui envoie la soudure, pas du 22 long : dans l’inconscient collectif macronien, ça parle fort comme à la popote, un bidasse. Ça dit des gros mots avec une grosse voix, ça raconte des conneries mais ça s’en fout. Parce qu’un bidasse, c’est con comme une valise. Un gars qui meurt pour un bout de tissu et salue une chanson, on ne peut pas lui demander d’ouvrir des livres. Ou alors les manuels d’emploi des véhicules, rapport aux photos couleur.

Alors, forcément, quand un de ces experts à la con propose de mettre une flèche à l’ancienne plutôt qu’une antenne-relais en haut d’une cathédrale, le bidasse, y s’énerve fort. Comme dans un bar des camps de Champagne. On y a rien demandé, à l’artiste ; le patron a dit « adaptée aux enjeux de notre époque ». Tu m’en fais cinquante. En fermant bien ta gueule. Et remets-nous trois Suze.

Voilà. Il me semble utile d’ajouter que le général (2S) Georgelin fut chef d’état-major des armées. Comme beaucoup de ses semblables, dont je ne voudrais pas tirer les noms de l’oubli bienveillant qui les recouvre, il donne une nouvelle fois des gages au pouvoir en écrasant ses subordonnés (« ses collaborateurs », pardon). Il aurait pu, comme d’autres, après trente ans de discours martiaux, vendre son âme à Bilderberg ou à un grand groupe mondial, faire du fric, prétexter que c’était pour payer sa terrasse. Non. Lui, c’est pour le plaisir.

Plus préoccupant est peut-être l’exemple qu’il donne en interne. Les militaires ont appris, ces derniers mois, de la bouche de leurs chefs, qu’ils pouvaient s’exprimer librement, mais pas de manière critique, s’engager en politique, mais seulement pour LREM. Ils savent, aujourd’hui, que le si élégant commandement à la française (respectueux, souriant, chaleureux, enthousiaste) est conseillé aux jeunes chefs, mais lettre morte chez les anciens.

Enfin, il y a là une nouvelle preuve de la totale, quoique récente, castration mentale de l’élite militaire, ou qui le fut. Confondre fermeté et violence, loyauté et aveuglement, obéissance d’amitié et reptation devant les totems du jour, devoir de réserve et courtisanerie, c’est confondre Cyrano avec Bernardo. Mais lui, au moins, était muet.

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