« Shutdown » du gouvernement américain : Trump privé de Davos ?

Que l’on aime ou pas Trump, force est de constater que nulle bête n’aurait survécu aux trappes et attaques dont il a fait l’objet. Il a d’abord été un malade mental, puis un raciste, puis un prédateur sexuel. Puis il a été élu. Il est alors devenu espion russe, puis poseur d’entraves à la justice. Puis il a surfé sur 2017 et noué une alliance avec l’establishment républicain (programme fiscal de Goldman Sachs, retour au dogme du changement des régimes coupables d’arriérisme). Et c’est reparti pour 2018 : il est fou, il est raciste, et il couche avec les stars du porno…

Dernière péripétie : la fermeture des services publics (pour faux désaccords budgétaires) survient très exactement un an après sa passation officielle de serment.

Les sorophiles (presque tous les démocrates et une bonne partie des républicains) devraient pourtant être contents. L’alliance frontières-ouvertes du « grand capital » avec la « gauche culturelle » a, somme toute, été bien servie par l’administration Trump. Il n’a pas pu mettre en place sa politique étrangère multipolaire, il a botté en touche sur le vote illégal des immigrants illégaux (en mettant fin à l’enquête). Il était prêt, il y a dix jours, à avaliser le droit à la citoyenneté des enfants d’immigrants illégaux (combien ? Désaccord entre chiffres officiels et privés…) et son directeur de cabinet, le général Kelly, vient d’annoncer qu’il a « évolué » sur le mur, tandis que Trump tweete pour la première fois un message anti-russe, restant cependant gentil avec les Chinois de peur d’une guerre commerciale (adieu à la recomposition des grands espaces économiques ?) et, enfin, son plan fiscal est tout à fait présentable à Davos, où il devrait se rendre en tribu. Alors ?

Alors, cette fermeture temporaire de la boutique Trump revêt deux dimensions.

D’abord, les lampions du parti démocrate ont voulu saboter l’anniversaire présidentiel de Trump, réalisant que derrière les tweets il y a eu du concret (en particulier dans le cas de la nomination des juges qui, si elle se poursuit encore trois ou sept ans, va renverser le paysage culturel du pays). Alors, on bloque les ministères, on empêche de facto les baisses d’impôts de se faire sentir dès la fin du mois et tout au long de l’année. Bref, on veut casser la croissance économique Trump avant les élections partielles de cette année.

Mais les sorophiles sont également craintifs : succédant à la mémorable réunion à la Maison-Blanche du 9 janvier (Trump lâchait sur tout), il y a eu celle du 11 janvier où Trump a fait totalement machine arrière, sous la pression du seul survivant souverainiste de la Maison-Blanche : Stephen Miller, son rédacteur de discours. Miller n’a d’ailleurs pas eu beaucoup d’effort à faire : les chroniqueurs conservateurs, relayés par une bonne partie des élus républicains terrorisés de perdre prochainement leur siège pour trahison électorale, sont devenu plus trumpistes que Trump, revenant à la protection des frontières, à la fin du regroupement familial extensif et aux loteries de visas. Tel est l’effet inattendu de la guérilla de Steve Bannon : son labourage, en 2017, des circonscriptions républicaines (en réélection) continue ainsi de terroriser l’establishment.

Reste que le règlement de cette affaire budgétaire, banale au départ, risque d’empêcher Trump d’aller à Davos. Il compte – comptait ? – y prêcher « l’Amérique d’abord ». De quoi faire salle pleine. Ira ou ira pas ?

À lire aussi

Trump a-t-il une chance de gagner ? Oui, mais pour d’autres raisons qu’en 2016

Son élection, nous l’avons déjà dit, dépendra de sa pénétration au sein de l’électorat afr…