« Chacun son métier et les vaches seront bien gardées », dit une fable du XVIIIe siècle. Le vacher et le garde-chasse ayant échangé leurs rôles, le premier rate le chevreuil et blesse le chien du chasseur, tandis que le second s’endort et laisse le troupeau s’égayer dans la nature.

La morale de cette histoire est que chacun doit s’exercer dans l’art qu’il connaît et dans la fonction qui relève de ses prérogatives et responsabilités légitimes. Elle devrait s’appliquer au rôle social de l’État, que celui-ci prétend toujours plus transférer à l’. Afin de s’en dispenser au profit de la satisfaction de ses propres intérêts corporatistes et carriéristes, avec des avantages non indexés sur des résultats.

Or, le social n’est pas la fonction première de l’entreprise ; à chacun son rôle !

Surintendant d’Henri IV, Sully avait fait du labourage et du pâturage les deux mamelles de la France. Certes, tous les paysans n’ont pas mangé de poule au pot aussi souvent que souhaité, mais les conditions favorables à une bonne productivité ont été instaurées.

Quatre siècles plus tard, le et le sont devenus les deux principaux instruments coercitifs pour traire jusqu’à la dernière goutte la vache à lait du secteur privé, seul créateur de richesses que la puissance publique dépense avec prodigalité. Au risque d’étrangler l’entrepreneur comme elle étouffe le citoyen.

Du social, l’État ne garde que le contrôle, sans pour autant rien maîtriser. Aux créateurs de richesses d’en assumer les coûts et d’en encaisser les coups. Pour cela, la puissance publique a besoin d’entretenir l’illusion qu’elle est incontournable, providentielle. C’est que, selon le modèle étatiste qui s’impose à l’échelle nationale et internationale, elle a un besoin vital de liquidités pour entretenir son train de vie, ses voyages et son apparat.

C’est ainsi que la bureaucratie, forme d’organisation du travail inventée par les Chinois et reprise sous Louis XIV sous le nom d’administration publique, est devenue, en France, le bureaucratisme, sa version rigide, incapacitante et monopolistique. Pour s’imposer, elle s’est parée du droit pour devenir le juridisme, attachement étroit et systématique à la règle juridique sans considération morale. Tout devient contrat mais n’est plus que contrat. La logorrhée juridique liberticide qui se déverse sous l’administration Macron, contaminée par des miasmes idéologiques, laissera des traces dans le carcan sociétal en voie de réalisation.

On ne peut redistribuer que ce que l’on a auparavant produit, ce qu’a oublié une France surendettée qui vit au-dessus de ses moyens, faute de produire au moins autant que ce qu’elle dépense.

Or, les entreprises saines et durables, inspirées par les pères du management moderne (Peter Drucker, Henri Fayol, Mary Parker Follett et d’autres), n’ont pas attendu les leçons et les remontrances d’une puissance publique mauvaise gestionnaire pour prendre en compte le facteur humain et considérer l’homme comme un élément indispensable à la productivité soutenable de l’entreprise, et son ultime bénéficiaire. Question de calcul peut-être, de bon sens sûrement, et pourquoi pas d’humanisme au-dessus de tout.

Car si la fonction première de l’entreprise est de produire de la richesse, sa fonction dernière est d’assurer sa pérennité. Ce que les responsables d’État ne privilégient pas toujours eux-mêmes dans la gestion des « SARL publiques » dont ils ont la charge, sociétés à responsabilité beaucoup plus limitée que celle d’un chef d’entreprise.

À l’État minimal de créer les conditions nécessaires et suffisantes à l’entrepreneuriat, de prendre sa part active et régalienne au bien-être social de la population sur l’étendue du territoire national : santé, éducation, transport, écologie intégrale. Ni plus, ni moins.

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