La ne fait plus les gros titres de l’actualité. Qu’est-elle devenue ? Comment se relève-t-elle de ses années de guerre ? De quelle façon ses habitants vivent-ils les sanctions occidentales ? Le tourisme y est-il à nouveau possible ? Antoine de Lacoste, de retour de Syrie, raconte…

Ayant appris que Nabel était parti combattre dans le désert (voir notre article précédent), nous ne fûmes guère optimistes sur nos chances d’aller visiter Palmyre, elle-même située dans le désert. Des maquis de sévissent entre Palmyre et l’Euphrate, le terrain accidenté, parsemé de trous et de grottes, permettant de multiples caches.

De plus, le camp américain d’Al-Tanf, installé au mépris du droit international au sud du désert, abrite de nombreux ex-combattants islamistes qui effectuent parfois de mystérieuses sorties. L’aviation russe les a même bombardés une fois (voir notre article du 23 avril 2021).

L’autorisation fut pourtant accordée et notre car, après un long détour pour trouver de l’essence dans un hangar improbable (la chasse à l’essence est un vrai sport dans ce pays écrasé par les sanctions américaines), partit affronter bravement les 210 kilomètres qui séparent le Crac de Palmyre.

La légendaire cité allait enfin se révéler à nous. Mais les terroristes de Daech ont occupé le site à deux reprises pendant plusieurs mois et se sont livrés à leurs occupations favorites : tuer, piller et détruire.

Le crime le plus emblématique fut la décapitation publique du directeur des antiquités de Palmyre, Khaled al-Asaad, le 18 août 2015. C’était une sommité mondiale qui avait consacré sa vie au site près duquel il était né. Il avait refusé de le quitter lors de l’avancée des nouveaux barbares et fut affreusement supplicié sous les yeux atterrés des habitants forcés d’assister à cela. Il avait 83 ans et son corps, pendu par les bras, resta longtemps exposé.

Plusieurs temples et tombes furent détruits à l’explosif, notamment le fameux temple de Bel, une pure merveille dont il ne reste à peu près rien. La fameuse arche, qui illustra de nombreux livres sur Palmyre, fut également rasée. Quant au musée, qui abritait des pièces rarissimes, il fut intégralement vidé. Tout a été transporté en Turquie, plaque tournante des trafics, pour alimenter le marché clandestin des œuvres d’art volées et remplir les caisses des terroristes.

Mais il en reste assez pour que Palmyre reste une visite inoubliable. La fameuse colonnade est intacte et ses pierres prennent une délicieuse teinte blonde sous le soleil du désert. C’est un spectacle unique qui vaut le voyage à lui seul. Nous nous promenons dans les travées du théâtre et cheminons des heures entre colonnes et portiques. Oubliée pendant des siècles, protégée par les sables, la perle du désert n’a pas livré tous ses secrets et la plus grande partie du site reste à découvrir.

Quelques blindés légers russes longent les colonnes et les soldats nous saluent, heureux de croiser des voyageurs. Palmyre n’a plus guère de visiteurs et pourtant la base russe construite à côté est un gage de sécurité. Des hélicoptères nous survolent de temps en temps.

Un colonel syrien, monté dans notre car, nous accompagne, tout sourire. Lui aussi est heureux de voir des Français revenir dans son pays. Il nous montre des photos de cadavres de djihadistes, tués ici même, et d’enfants soldats, indonésiens affirme-t-il, qui sont venus du bout du monde se faire sauter dans le désert syrien… Ce djihad international fut d’une incroyable ampleur et c’est à l’honneur de la Russie d’avoir empêché sa victoire. C’est le moment de penser au lieutenant Prokhorenko, mort en héros à Palmyre, dont le sacrifice émut toute la Russie.

Le soleil décline, il faut partir car la route est longue jusqu’à Beyrouth.

À la frontière, nous saluons, un peu émus, Benjamin Blanchard, directeur de SOS Chrétiens d’Orient, infatigable accompagnateur de ce très beau voyage. Il nous laisse prendre notre avion de 2 h 30 (la se mérite) et repart à Damas poursuivre sa tâche immense : aider les chrétiens d’Orient.

31 octobre 2021

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