Agriculture : après le coup de massue MERCOSUR, l’enfer australien
Après l’accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM, ex ALENA) en 2020, puis celui avec les pays du MERCOSUR (pas encore ratifié mais déjà appliqué par Bruxelles), Ursula von der Leyen a choisi de publier une tribune, et pas vraiment par hasard, dans le très progressiste et européiste quotidien Ouest France. Elle annonce avoir complété son dispositif libre-échangiste avec un troisième accord passé avec l’Australie (un quatrième si l’on y ajoute celui passé il y a quelques mois avec l’Inde).
Le prétexte d’Ormuz
Pour la présidente de la Commission européenne, la crise du Golfe ayant entraîné « une hausse des prix du pétrole et du gaz, ainsi qu’une augmentation des tarifs dans tous les secteurs, des produits chimiques aux engrais en passant par les denrées alimentaires […], nous devons nous rapprocher de partenaires qui partagent nos valeurs et notre vision d’un ordre mondial fondé sur des règles ».
Mais au-delà d’un « prétexte d’Ormuz » conjoncturel, supposé justifier une initiative remontant en réalité à plusieurs années, les enjeux sont bien plus terre-à-terre. Si Bruxelles a trouvé une nouvelle occasion de capter des prérogatives étatiques - son intervention ne fait l’objet d’aucun mandat -, l’accord trouvé avec Canberra se résume à un troc, pour l’essentiel, « métaux rares » contre « agro-alimentaire ».
Accord commercial UE-Australie : au nom du libre-échange, de la dépendance aux métaux rares et du "mateship"
➡️ https://t.co/eFqDPZidDi pic.twitter.com/qK7dj9tg77— Marianne (@MarianneleMag) March 24, 2026
Les dégâts collatéraux provoqués par son « Green deal » (Pacte vert européen) ont largement contribué à placer l’UE en position de faiblesse face à une Chine conquérante sur les domaines de la haute technologie : elle dispose d’une maîtrise quasi exclusive de la gestion des minéraux critiques indispensables (par exemple pour les batteries des voitures électriques). Or, oh miracle !, le sous-sol australien regorge justement de ces minerais si recherchés, notamment la bauxite, le manganèse et le lithium.
Alliés contre Pékin et Washington ?
Par ailleurs, Canberra et Bruxelles ont un même et urgent besoin d’échapper aux griffes de Pékin et de Washington. La Chine multiplie des offensives économiques d’autant plus dangereuses qu’elles sont largement subventionnées, et menace désormais de ne plus faire profiter personne de ses minerais critiques. Côté américain, Donald Trump ne cesse de menacer l’Australie et les pays européens de droits de douane.
Ursula von der Leyen a donc beau jeu d’opposer « un monde où les grandes puissances utilisent les droits de douane comme levier et les chaînes d'approvisionnement comme des vulnérabilités à exploiter » à la vision européenne d'un commerce qui serait à la fois ouvert et réglementé, et dans lequel « la confiance compte plus que les transactions ».
Jusque-là, le principe d’une entente économique entre ces derniers pour résister aux appétits voraces des deux géants mondiaux peut s’entendre. Et Buxelles de « vendre » son accord en faisant miroiter pour les dix ans à venir une hausse de 33 % des exportations européennes vers l’Australie.
Un enfer pavé de bonnes intentions
Mais comme toujours avec Bruxelles, il y a, derrière les belles intentions sous drapeau européen, la réalité d’une construction artificielle multiétatique, où certains sont « un peu plus bénéficiaires » que d’autres. Des puissants qui imposent dans les traités le contenu qui les arrangent, et d’autres qui servent surtout de variable d’ajustement ou de monnaie d’échange.
Les perdants - faut-il s’en étonner- sont les mêmes dans l’accord avec l’Australie que dans ceux négociés par Ursula von der Leyen avec les Amériques du nord et du sud. Ce sont en effet, une fois encore, nos agriculteurs. « Nos », car les Français devraient trinquer plus encore que leurs voisins européens. En théorie, le texte de l’accord prévoie un accès privilégié du marché australien aux vins et champagne français, ainsi qu’aux fromages, fruits et légumes. Mais en pratique, l’Australie interdit par exemple strictement l’entrée des produits frais sur son sol.
Un marché agricole grand ouvert
En contrepartie, les marchés européens (dont le nôtre), vont s’ouvrir en grand et sans la moindre taxe à de nombreux produits australiens sur lesquels nos agriculteurs sont déjà en danger. C’est le cas du sucre, avec un quota de sucre de canne australien de 35 000 tonnes qui menace de mort nos producteurs.
Avec l’accord UE-Australie, Bruxelles inflige, encore, un mauvais coup à notre agriculture.
L’accumulation des traités de libre-échange devient insoutenable et menace directement notre industrie sucrière.
La commission européenne va faire mourir nos betteraviers français! pic.twitter.com/s9qWXcOT7p— Gilles Pennelle (@GillesPennelle) July 13, 2026
C’est le cas aussi de la viande, bovine et ovine. Ursula von der Leyen se vante d’avoir ramené à la baisse la prétention australienne d’écouler annuellement son bœuf en Europe : le quota sera de 30 600 tonnes alors que Canberra en voulait 40 000. Mais 30 600 tonnes, c’est près du tiers de ce qu’avait déjà lâché Bruxelles aux pays du Mercosur… Et il n’y a pas que les quantités à prendre en ligne de compte : en Australie, tout ce que l’on interdit à nos agriculteurs est autorisé. Les agriculteurs australiens utilisent donc sans restriction des fongicides, pesticides de type acétamipride, OGM et autres hormones de croissance. Là encore, Bruxelles fait mine de défendre les intérêts de nos producteurs bovins en négociant avec Camberra un quota de 55 % de viande d’animaux nourris à l’herbe sans droits de douane, et 45 % de viande à droits de douane réduits (7,5 %). Mais à l’arrivée, les chiffres parlent d’eux-mêmes : quand le coût du kilo de vache en sortie de ferme est de 4 à 5 euros en Australie, il atteint 6,5 à 7 euros en France.
Par ailleurs, l’Australie a obtenu de Bruxelles un quota de 25 000 tonnes de viande ovine et caprine. Et aucune protection n’étant prévue, le mouton australien va venir concurrencer, à un prix bien inférieur, les agneaux de printemps français…
Gruyère australien et IGP française
Et même si cela semble plus anecdotique, l’UE va aussi abandonner ses labels protecteurs, en permettant l’utilisation par l’Australie d’appellations géographiques italiennes (parmesan et Prosecco) et grecques (feta). La France va aussi être touchée. Comme elle a renoncé en 2012 à l’appellation d’origine contrôlée (AOC) française sur son gruyère au profit d’une indication géographique protégée (IGP), celle-ci sera utilisable librement par les producteurs australiens s’ils en produisent déjà depuis au moins cinq ans.
Reste aux pays européens, et surtout à la France, à défendre bec et ongles des intérêts que Bruxelles s’apprête à brader à l’Australie, comme déjà auparavant au MERCOSUR.
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12 commentaires
« Nos agriculteurs seront, une fois encore, la variable d’ajustement des errements commerciaux de Bruxelles » …
Ce n’est pas des « errements commerciaux » … C’EST délibérément que cette « UE » fracasse TOUT ! … ET toujours en faveur de l’Allemagne ! …
Une autre répugnante arnaque
Rappelons qu’en 2021, l’Australie a annulé un contrat de 12 sous marins avec Naval Group.
Un « partenaire » qui partage nos valeurs dites-vous ?
On ne peut pas être à la fois pour la France et pour cette Europe qui fait tout pour nous détruire. Il est très urgent de choisir.
Ça fait un moment que c’est dans les tuyaux et que va faire le gouvernement? Se prosterner devant von der leyen qui pourra vendre plein de voitures allemandes (des voitures de mauvaises qualités) en sacrifiant encore la France, un province qu’elle juge misérable de l’empire allemand (anciennement l’Europe). On peut m’expliquer la façon de penser des pro Europe en France (rare pays contributeur net au budget de l’UE)?
Une question: de tout notre personnel politique y-a t’il un seul élu qui ait porté ce sujet haut et fort?
Réponse : personne trop occupé par l’avenir de leur petite personne.
Le RN , pinpin..
il est d’interet public de se debarasser des demeurés opérant a Bruxelles sous les ordres de ce gouvernement de l’ombre qui ne fait que détruire tout ce qu’il touche… allez vous un jour finir par ouvrir le yeux sur la réalité du problème ! nos dirigeants ne dirigent rien , c’est ça la vérité toute nue!
frexit … frexIT … FREXTIT DE TOUTE URGENCE ! …
Ceux qui ne veulent pas « en sortir » et prétendent que « ça » se change de l’intérieur sont tout autant « PRO européistes » que macron ! …
« Macron-Bruxelles m’a tué. »
Sur les métaux, il ne faut pas oublier l’uranium, car le premier producteur, le Kazakhstan, premier producteur mondial à 42% est plutôt sous influence russe. Quant au sucre, ça ne va même plus être la peine de cultiver de la betterave en France, l’UE ruinant la filière 2e producteur sans s’en soucier le moins du monde, au profit de la Russie (1er) et de l’Inde (3e). Et bravo pour la soi-disant indépendance vis à vis de la Russie et des Brics. Australie : 38 MT ? D’un sucre qui est pourtant cher, qui vient de très loin et est très soumis aux aléas climatiques. Quand il n’y aura plus d’emploi en Europe nous serons l’armée des chômeurs à qui le tiers-monde essaiera de vendre. Le beau marché qu’on nous prépare, vraiment !
Pour échapper à ça, il va falloir se rabattre sur le bio et surtout les producteurs locaux … et réinventer sa cuisine pour échapper à toutes les cochonneries que nous vendent les industriels, produits équivalents à ce qui viendra d’Australie et d’ailleurs … en France, on est pas plus clean !