Le 11 mai dernier, un sondage IFOP-Fiducial pour Le Figaro et LCI, quelques jours après la tragi-comédie politicienne qui a étalé au grand jour les tractations entre LR et LREM en PACA, montrait une progression des intentions de vote en faveur de Thierry Mariani au premier tour des élections régionales : +6 %, soit 38 %. Mercredi, le sondage Elabe-BFM TV créditait le même Mariani de 43 % d’intentions de vote, tandis que Renaud Muselier plafonne à 33 % au premier tour. Engrangeant, ces derniers temps, toute une série de ralliements, principalement d’anciens LR, le parti de Marine Le Pen est dans une forte dynamique de croissance, à un mois du scrutin régional, dont on sait pertinemment que les enjeux ne sont pas purement locaux. Au second tour, en cas de triangulaire, la coalition de gauche (EELV, PS, PCF) se maintenant, Thierry Mariani, ancien LR et ex-ministre de Nicolas Sarkozy, l’emporterait face à Muselier. En cas de désistement de la liste de gauche, et donc au cas où la gauche accepterait d’endosser les oripeaux, maintes fois rapiécés, du front républicain, les intentions de vote se situeraient, pour Mariani comme pour Muselier, autour de 50-50.

Cela suscite plusieurs réflexions. Tout d’abord, la lamentable palinodie LR-LREM à laquelle les Français ont pu assister les a fortement agacés. Qu’on y songe : Muselier monte une liste macron-compatible, Christian Jacob convoque un bureau « extraordinaire », fait semblant de se fâcher devant les caméras, LREM fait à son tour semblant, quelques heures seulement, de monter une liste concurrente puisque la condition a minima posée par LR pour faire accepter à ses militants LREM sur une de leurs listes est l’absence de ministres en exercice. Finalement, Sophie Cluzel est sacrifiée sur l’autel des petits arrangements, la liste LR-LREM ressuscite, avec la bénédiction de Christian Jacob. En Île-de-France, on pourrait presque dire que Valérie Pécresse l’a joué plus fine : sa liste, où elle a intégré des personnalités macron-compatibles au détriment du courant conservateur, se fait sans bruit, actant, dans les faits, l’extrême porosité entre les appareils LR et LREM, et anticipant la future implosion des LR.

Ensuite, pour en revenir à la région PACA, seul le maintien d’une liste de gauche ferait perdre Renaud Muselier, de façon quasi certaine (selon le sondage). Cela signifie que la gauche, pourtant minoritaire dans cette région « droitière », tient dans ses mains le sort des élections.

Pourquoi une telle absurdité ? Parce que ce qu’il reste de LR s’obstine à poursuivre la doctrine Chirac, à savoir « jamais d’alliance avec le Front national ». Interrogé, le 27 mai, sur RTL, Gérard Larcher, président du Sénat, remontait ainsi le fil du temps : « Ma priorité, c’est de battre le Rassemblement national [...] un combat difficile, mais un combat qu’il faut mener, nous pouvons l’emporter. » Retour vers le futur. Appelant à plusieurs reprises à soutenir Renaud Muselier, il affirme : « Je ne me trompe jamais de priorité. » À la question d’une Alba Ventura, que l’on sent un peu estomaquée, qui lui demande si les LR ne sont pas un peu fautifs dans cette absence de cohérence manifeste, il refuse toute autocritique et rétorque d’un ton matois : « À chaque fois qu’on manque de clarté, on favorise le Rassemblement national. » Plafond de verre, cordon sanitaire ou front républicain, le même logiciel désormais vintage est ressorti. Il est à craindre que le président du Sénat ait sans doute perdu le pouls de la nation, mais aussi de celui ses propres militants : qui pour le suivre, aujourd’hui ?

On ne peut que lui proposer cette réflexion de Mathieu Bock-Côté intervenant sur CNews : « La peur de faire le jeu du populisme ou du Front national a congelé la pensée collective, le réel ne pouvait être mentionné qu’à condition de ne pas faire le jeu de… mais en attendant, le réel existe : est-ce que c’est vrai ou faux ? Et la réponse "Oui, mais est-ce que ça fait le jeu de…" est absurde, on bascule dans un monde parallèle. La vérité et l’exactitude des faits devraient primer. »

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27 mai 2021

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