Cheminant gaiement vers le port, je croise hier un attroupement d’hommes en bleu marine. Au milieu, un chevelu à la tignasse retenue en chignon et la barbe fournie. J’ai cru à un islamiste égaré : c’était un policier municipal. « Nous sommes sur la côte, c’est une blagounette », diront les indulgents avé l’accent.

Il faut croire que la propension à la blagounette se répand dans des territoires plus au nord, car la préfecture de police de Paris a cru nécessaire de rappeler à son personnel le code vestimentaire en vigueur. Nos braves et bravesses [quelle est l’écriture inclusive de brave ?] ont donc reçu une note que d’aucuns – et surtout d’aucunes – jugent particulièrement « sexiste et réactionnaire », nous dit Le Parisien.

Il y est précisé aux messieurs que le style hipster est moyennement toléré. Les systèmes pileux abondants doivent être disciplinés, la barbe, la moustache et les cheveux taillés. On leur rappelle également que les chaussettes doivent être unies et de couleur noire ou bleu marine, et sans doute aussi les rangers bien cirées (là, c’est moi qui précise). De vous à moi, je n’y vois rien de particulièrement répressif.

Chez les dames, en revanche, ça chouine dans les rangs. En cause ces précisions entravant l’expression d’une féminité épanouie : pas question de se transformer en Vache qui rit™, avec créoles aux oreilles car « seules sont tolérées les petites boucles d’oreilles discrètes, pincées ou percés (sic), non pendantes ». Et comme ce n’est pas tous les jours Carnaval, « les cheveux de couleur fantaisiste sont à proscrire » et « le maquillage du visage et des ongles ne saurait être toléré que s’il reste sobre ». Enfin, et c’est là où le « bas » blesse, si j’ose dire : « Les femmes portant la jupe ne peuvent revêtir que des collants transparents couleur chair. »

Je m’étonne, toutefois, mais c’est sans doute parce que la chose est désormais trop répandue pour pouvoir y mettre un frein : quid des tatouages ? Pas un mot là-dessus.

En publiant cette note au creux de l’été, la DSPAP (direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne) pensait sans doute éviter les remous chez des personnels déjà fort tendus. C’est raté. Il s’agit, nous dit Le Parisien, du plus gros service de la préfecture de police, rassemblant 18.900 policiers, dont 27 % de femmes. Soit 5.103 paires de jambes à habiller de collants couleur chair ; à raison de deux paires par semaine en moyenne, ça peut faire une belle commande groupée au fabricant. Mais je m’égare…

S’il y en a qui râlent, certains justifient ce rappel à l’ordre vestimentaire. Ainsi cette commissaire de police qui – sous couvert d’anonymat, bien sûr, vu qu’on n’est jamais trop prudent – déclare : « Quand on porte l’uniforme, on se doit d’incarner l’institution. » Et de mettre en avant les questions essentielles de sécurité : « Les boucles d’oreilles pendantes lors d’une interpellation, ce n’est pas une bonne idée. » C’est même tout ce qu’il faut pour y laisser son lobe. Reste que, pour les collants c’est en effet plus discutable et « l’avocate parisienne féministe Caroline Mecary » (c’est son titre), spécialisée dans les questions de discrimination sexuelle et plaidant jusqu’au niveau de la Cour européenne des droits de l’homme, dénonce des consignes « d’un autre temps. C’est en décalage avec la société actuelle, complètement hors-sol », dit-elle. Et de s’indigner : « Qu’est-ce que ça veut dire en 2020 de donner des consignes de maquillage aux femmes ? On leur demande de ne pas troubler les hommes ? Ça sous-entend qu’elles sont provocatrices ? Et les collants chair sur une peau noire, c’est quoi, ça ? »

On peut, en effet, imaginer des forces de police féminines en short et bas résille, avec des ongles pailletés et un maquillage de camion volé quand d’autres seraient couvertes de la tête aux pieds, parce qu’elles le valent bien et parce que c’est leur choix. Pas sûr que la sécurité publique y gagnerait.

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