L’attaque terroriste du Hamas a des implications dans la vie politique française dont on ne connaît sans doute pas encore toutes les conséquences. À gauche, la séparation de corps et de biens au sein de la NUPES semble actée. Pour faire court, on a d’une part LFI, embarquée dans sa fuite en avant islamo-gauchiste et portant la cause palestinienne comme un étendard. D’autre part, on trouve ce qui reste de social-démocratie n’ayant pas basculé dans le camp macroniste et qui reste fidèle à la longue tradition de soutien à l’État d’Israël. Un soutien inconditionnel qui connut sans doute son acmé en octobre 1956, lorsque le gouvernement socialiste de Guy Mollet déclencha l’opération de Suez, opération conjointe franco-britanno-israélienne et qui vit d’ailleurs la brève invasion de la bande de Gaza par cette coalition. Pour quand la dissolution du mariage NUPES ? À suivre…

Pour LR, « cesser tout financement »

Mais à droite ? À droite, le soutien à Israël a été immédiat et sans ambiguïté. On l’a vu dès samedi dernier. Au point de placer en arrière-plan la question palestinienne, loin d’être résolue. Le sera-t-elle un jour, du reste ? Cela n'en prend pas le chemin. À un ami qui lui faisait remarquer que cette affaire allait mal terminer, l’auteur de ces lignes répondit : « Parce que ça avait bien commencé ? » Or, vu d’ici – et cela se comprend, tant la situation de cet Orient si proche est compliquée et qu’elle ne peut s'appréhender avec des idées simples -, les Palestiniens – là encore, pour faire court – sont tous mis dans le même sac : organisation terroriste Hamas et Autorité palestinienne, qui n’a d’ailleurs aucune autorité à Gaza, sous l’emprise du Hamas depuis 2006. Ainsi, Éric Ciotti, président des LR, a demandé dans une lettre adressée à Emmanuel Macron de « cesser tout financement » de l’Autorité palestinienne « tant que nous n’obtiendrons pas des garanties solides sur l’usage des subsides internationaux », pointant du doigt la « faiblesse » et la « corruption » de l’Autorité palestinienne. C’est probablement vrai. Il est vrai, aussi, que si l’on devait cesser de verser des subsides à tous les pays faisant preuve de faiblesse et de corruption, la France ferait des économies substantielles. Cette prise de position vient rompre une tradition du parti gaulliste qui a toujours été le tenant d’un certain équilibre sur cette question. On se souvient du coup d’éclat de Jacques Chirac en octobre 1996 dans la vieille ville de Jérusalem : « This is not a method… » Mais cette prise de position peut s’expliquer aujourd'hui, compte tenu du degré d’horreur de cette attaque terroriste.

Zemmour : « un combat de civilisation »

Du côté de Reconquête, la cause semble entendue. Ce qui arrive là-bas peut nous arriver ici, en France. D’ailleurs, l’attaque de la rave party en Israël n’est pas sans évoquer celle du Bataclan. Pour Éric Zemmour, « le combat d’Israël est celui de notre civilisation ». Et dans un combat de civilisation, c'est une question de vie ou de mort : de l'un ou de l'autre. En fait, pour bien comprendre la position d’Éric Zemmour sur la question palestinienne, il faut écouter une interview qu’il avait donnée, en novembre 2021, à la radio israélienne i24news : « Je pense que la solution à deux États est une logorrhée dépassée. Les Palestiniens ont perdu la bataille, ils n’auront jamais d’État. » Le futur candidat à la présidence de la République était très critique vis-à-vis de la politique étrangère de la France dans cette région, estimant qu’elle n’avait pas évolué depuis les années 70 et qu’elle ne prenait pas en compte les nouveaux rapports de force dans le monde arabo-musulman, notamment le rapprochement Arabie saoudite-Iran. Les prochaines semaines nous diront si cette analyse est toujours valable.

Le Pen : « Pas de punition collective »

Enfin, si Marine Le Pen, invitée de Sonia Mabrouk sur Europe 1-CNews, ce mardi 10 octobre, a qualifié les attaques du Hamas de « pogroms sur la terre d’Israël d’une bestialité sans nom », elle a avancé une proposition humanitaire qui n’a, jusqu’alors, été évoquée par personne. « Pas de punition collective ? », lui demande la journaliste, en évoquant le siège légitime de Gaza par l’armée israélienne. Marine Le Pen répond que s’« il faut permette à Israël d'éradiquer le Hamas », il faut peut-être envisager une évacuation de la population gazaouie qui, pour une partie, est « prise en otage » par le Hamas. Idée généreuse qui peut paraître à première vue utopiste, tant l’imbrication entre combattants et population doit être étroite et le niveau de fanatisation élevé. Mais ce ne serait pas la première fois dans l’histoire des guerres que serait proposé aux assiégés de laisser partir femmes, enfants et vieillards en posant un ultimatum clair et précis. Pas plus utopiste, en tout cas, que d’imaginer que l’on va transformer, dans une sorte d'apocalypse, la bande de Gaza en chaleur et lumière… Et cette solution de deux États - et, donc, la création d’un État palestinien ? Marine Le Pen affirme y croire, mais, pour elle, à l’évidence, ce n’est pas d’actualité...

Mais la conséquence indirecte la plus spectaculaire à droite, en France, de cette attaque du Hamas, c'est que « le RN est rentré dans le camp républicain », selon l’affirmation du député LR franco-israélien Meyer Habib. Qui, d'ailleurs, sincèrement, en doutait encore ?

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10 octobre 2023 à 20:32

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52 commentaires

  1. La réaction des droites les honorent. Mais dites-moi, quel pays soutient le Hamas ? L’Iran, n’est-ce pas ? Et qui soutient l’Iran sur tout un tas de sujets, y compris l’approvisionnement en armes et divers drones ? La Russie, non ?
    Donc il est curieux de voir certains Poutinolâtres s’indigner soudainement de la puissance du Hamas…

  2. « Qui, d’ailleurs, sincèrement, en doutait encore ? » Mais quasi tous G. Michel .Il n’y a qu’à reprendre à droite les déclarations entre autres de Bellamy, homme de droite paraît-il, se félicitant de ne voter en aucun cas RN. Tout est dit.

  3. « si l’on devait cesser de verser des subsides à tous les pays faisant preuve de faiblesse et de corruption, la France ferait des économies substantielles. » Alors, qu’est-ce qu’on attend?

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