Laurence Trochu assume le fait d’être conservatrice ; fort bien, mais de quoi parle-t-on ? Le mot « conservateur » est extrêmement ambigu ; certes, il n’est pas le seul à l’être, les mots « populiste », « nationaliste », « républicain » le sont également, aussi est-il indispensable de préciser le sens que l’on donne à chacun de ces mots quand on les utilise.

Les psychiatres et généticiens américains Claude Robert Cloninger (Université du Texas) et Jerome Kagan (Harvard) ont écrit que le tempérament conservateur est héritable à hauteur de 50 % environ. Le « » aurait donc probablement des fondements héréditaires mais il peut concerner absolument tout, des habitudes alimentaires aux habitudes électorales et il n’a aucune signification claire dans le domaine politique.

On peut vouloir conserver des choses très différentes, des religions, des traditions, des institutions politiques, des cultures, des mœurs, des systèmes économiques, des structures sociales… De ce fait, il peut y avoir des conservatismes très différents, voire antagonistes, les uns des autres.

Affirmer son « conservatisme » sans précision complémentaire ne peut qu’engendrer une grande confusion. D’ailleurs, le courant politique qui s’autodésigne comme « libéral-conservateur » a jugé nécessaire d’ajouter le mot « libéral » pour se démarquer sans doute des conservateurs du passé (nostalgiques de la monarchie de droit divin). Notons que cet ajout n’est pas des plus heureux puisqu’il associe le mot « conservateur » au mot « libéral », qui est un synonyme de « progressiste », ce qui obscurcit encore un peu plus les choses !

Il existe des « socialistes-conservateurs ». Alain de Benoist, par exemple, qui est partisan d’un « empire païen » des régions d’, qui exècre les nations et qui souhaite la disparition pure et simple du capitalisme (libéral ou non). Il est évident qu’entre lui et les libéraux-conservateurs, qui sont favorables au libéralisme économique et qui sont, en général, très attachés à la nation française et au catholicisme, il y a un abîme infranchissable.

Beaucoup plus nombreux que les précédents sont ceux qu’on peut appeler « nationaux-conservateurs », c’est-à-dire ceux pour lesquels la pérennité de la nation et de ce qui va avec – langue, culture, tradition, institutions, mode de vie – est le souci prioritaire. Ils ne sont pas très favorables au libéralisme économique ; ils sont même le plus souvent critiques et méfiants, voire hostiles, à son égard. Par ailleurs, ils détestent l’ et toute forme de supranationalité ; ce sont les gros bataillons d’électeurs du Rassemblement national, lesquels ne voteront jamais pour le « conservateur » François-Xavier Bellamy.

Il y eut même, en Union soviétique, à l’époque de Brejnev, des dirigeants qualifiés de « conservateurs » qui s’opposaient à tout changement du système. De même, on peut dire que Macron, qui veut assurer la pérennité et l’extension de la civilisation occidentale libérale/libertaire (dont les deux piliers sont le marché et l’idéologie individualiste des droits de l’homme) menacée par les « populistes » est un conservateur.

Enfin, les mots « conservateur » et « conservatisme » sont connotés négativement (injustement, dit Laurence Trochu, mais cela ne change rien à la réalité) par les Français, ce qui pose un sérieux problème à ceux qui envisagent de le mettre en avant sur la scène politique. Toutes les enquêtes d’opinion montrent que très peu de Français revendiquent la qualité de « conservateur ». Ainsi, l’enquête Fractures françaises 2019 a établi que seuls 1 % d’entre eux se définissent comme tels.

Dans l’état actuel des choses, le mot « conservatisme » ne peut être utilisé, en , que dans le champ de la philosophie politique.

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