Appel de 200 personnalités – artistes, scientifiques français et étrangers – qui exigent une action “ferme et efficace” face au changement climatique (Le Monde).

C’est beau et solennel, mais cela ne servira à rien. En tout cas, il n’est pas utile de sermonner les pouvoirs parce qu’ils ne sont pas aveugles ni idiots, mais que l’écologie ne peut pas être leur seule obsession. Que ces signataires méditent plutôt l’excellente contribution du chimiste Marc Fontecave qui, lumineusement, explique que “n’attendons pas de révolution écologique, avançons à petits pas”.

Pendant ce temps, en , une “ anti-” émerge à l’initiative de Sahra Wagenknecht, figure de Die Linke, qui a pour ambition politique de reprendre le terrain occupé par l’extrême droite. Démarche singulière et audacieuse qui veut combattre l’adversaire non pas en niant ce qui le fait prospérer mais en s’en emparant pour l’exploiter autrement. Au moins un tel mouvement n’encourra pas, comme en France la droite de gouvernement se voit reprocher de faire le jeu du , le grief de pactiser avec une force trop proche de lui. Ils sont aux antipodes idéologiques l’un de l’autre !

Pendant ce temps, à Paris, dans le XVIIIe arrondissement, au 151 de la rue des Poissonniers, un ancien gymnase devrait accueillir une centaine de migrants mais des riverains en bloquent l’ouverture. L’entrée du gymnase est mitoyenne à celle de l’immeuble. La cour, “sécurisée par un grillage et dont l’accès est assuré par un digicode”, aurait donc été commune aux riverains et aux migrants.

Les premiers craignent l’ et l’insalubrité que la présence des seconds pourrait engendrer. Ils disent n’avoir pas été consultés et soulignent que “payant un loyer, on leur doit la sécurité”. Une femme proteste : “Je suis légitime, c’est mon lieu de vie.”

Fronde approuvée par le maire socialiste de l’arrondissement qui affirme ne pas avoir été informé non plus et qui souhaiterait la répartition des migrants sur le territoire parisien.

La préfecture de région serait prête à reconsidérer ou à retarder leur installation.

Certes, il ne s’agit pas, avec les migrants, de “sauver la planète”, et je suis à peu près sûr qu’une forte majorité des signataires de l’appel, voire tous, traiteraient sinon avec mépris du moins avec condescendance cette quotidienneté si médiocre, ces riverains si peu humanistes soucieux seulement de se protéger et de sauvegarder leur cadre de vie. Je ne crois pas que ces habitants englués dans cette seule volonté de se battre pour eux aient même eu l’idée de songer à “sauver la planète”.

Cela ne signifie pas que l’avertissement lancé aux politiques soit ridicule ni indécent, mais ce n’est pas mépriser les combats à très long terme et dont les nuisances ne sont pas encore à portée de main que de se dire plus solidaire de luttes et de soucis de proximité et de cohabitation que certains de nos concitoyens affrontent et dont les consciences pures et privilégiées se moquent.

Elles donnent des leçons de morale quand, pour le commun, il s’agit seulement de savoir comment on va composer avec les migrants qu’on aspire à voir accueillis généreusement mais par les autres.

Avoir le temps de signer un appel pour sauver la planète montre qu’on n’est pas pressé par l’urgence du quotidien.

La rue des Poissonniers, sans doute, elle, la connaît, la subit.

5 septembre 2018

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