Editoriaux - Société - 6 septembre 2018

Et maintenant, l’interruption volontaire de vieillesse ?

Notre époque, friande d’acronymes, en aurait-elle inventé un nouveau ? L’IVV, pour intervention volontaire de vieillesse. C’est, en tout cas, ce qui ressort des propos, largement médiatisés, de Jacqueline Jencquel, 74 ans, militante pro-euthanasie, qui a annoncé la date de son suicide assisté. Il aura lieu en Suisse en janvier 2020.

Son propos est glaçant. Madame Jencquel, qui est en bonne santé, entend fixer la date de sa mort parce qu’elle refuse la vieillesse. Avec des arguments qui laissent pantois : “La perte de l’autonomie, c’est la fin de la vie, […] Je n’ai pas mis au monde des enfants pour les faire ch… Quand on est vieux, on n’est jamais en pleine forme. […] Le sexe est en berne, l’alcool donne mal à la tête, je ne veux pas sentir le vieux, puer, être ennuyeuse, avoir une bouche de grenouille, inspirer la compassion au lieu du désir. Je n’ai pas envie qu’on me mette dans un mouroir, de me retrouver perfusée, ventilée, infantilisée.”

La première réaction à un tel propos est de considérer son auteur comme atteinte de sérieux troubles psychologiques. Le seul fait de refuser de vieillir est, en soi, une forme de refus de soi, de l’évolution normale de la personne humaine. Dès la conception, l’homme vieillit… et n’a jamais été aussi proche de la mort ! On peut mal vivre son vieillissement, regretter de ne plus avoir ses charmes ou ses capacités d’antan. De là à refuser la vieillesse, autant refuser la notion de temps qui passe.

L’argumentaire de madame Jencquel révèle une profonde misère spirituelle et morale. À quoi donc est réduite la vie, ce mystère insondable, lorsqu’elle n’est vue qu’au travers d’un prisme matérialiste, esthétique, sexuel ? Comment admettre que la vie d’une personne ne dépende que de son apparence physique ? C’est réduire la personne humaine à un amas de cellules dépourvu de toute dignité intrinsèque. C’est, d’ailleurs, l’argument principal du lobby pro-euthanasie : la dignité n’est pas inhérente à la personne, elle dépend du regard qu’elle et les autres portent sur elle.

Cette manière de raisonner est porteuse de dangers extrêmement graves pour notre société. Celle-ci est fondée sur le principe du respect de la personne humaine, quelle qu’elle soit, et l’interdit du meurtre, qui constitue un pilier, si ce n’est le pilier essentiel de notre civilisation – et d’autres dans le monde. Un interdit qui procède, très simplement, de la crainte révérencielle de l’homme face au mystère de la vie. Ce que demandent ces gens, c’est la destruction de ce pilier. Au nom de considérations pseudo-humanitaires (mettre fin à la souffrance), ils n’hésitent pas à proclamer que la dignité de l’homme, le respect de la vie, le respect de la personne humaine dans son essence même sont des notions relatives, directement et étroitement dépendantes de l’idée qu’on se fait de soi-même ou de l’autre.

À ce compte-là, il n’existe plus aucune barrière morale. L’appréciation que je porte sur moi-même me permet, dans un premier temps, de ne plus me considérer comme un être humain digne. Ensuite, l’appréciation que je porte sur autrui me donne le même droit sur lui. Toutes les considérations humanitaires du monde n’y changeront rien. L’exemple des pays totalitaires, au premier rang desquels l’Allemagne nazie, devrait servir de garde-fou. Rien n’y fait.

Mais, ô paradoxe ! Notre société n’a jamais eu aussi peur de la mort. C’est pour exorciser cette peur qu’elle se réfugie dans la notion de « mourir dans la dignité ». Comme si mourir d’une piqûre sédative changeait quoi que ce soit à ce qui se passe après…

On reste sans voix devant une telle folie.

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