Deux déclarations gouvernementales ont trouvé un écho mitigé dans la cacophonie sélective des salles de rédaction, malgré leur étonnante gravité. Elles ont été prononcées par deux ministres qui ont bafoué l’État de droit par méconnaissance de leur rôle ou, pis, pour avoir succombé à la tentation d’une gratification antiraciste.

D’abord, le garde des Sceaux s’est allègrement assis sur la séparation des pouvoirs en proposant, à la demande du président de la République accessoirement gardien de nos institutions, de « se pencher sur le dossier  ». Cette posture est inacceptable en ce qu’elle constitue une entorse grave au principe de la séparation des pouvoirs, le garde des Sceaux n’ayant pas à intervenir dans une affaire judiciaire en cours d’instruction au risque de donner le signal que les justiciables ne sont pas tous égaux en droit, ce qui écorche au passage les sacro-saints droits de l’homme dont les principes servent d’alibi à l’idéologie permissive des progressistes.

Quelques heures plus tard, c’est au tour du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, pourtant diplômé en droit, de déclarer que si les manifestations « antiracistes » ne sont pas autorisées dans les faits, elles ne seront néanmoins pas sanctionnées puisque, selon ses déclarations, l’émotion dépasse les règles juridiques qui s’appliquent. Exit le bloc de constitutionnalité, les décrets, les lois, la Constitution… L’émotion par-dessus tout. Ce genre de déclaration n’a pas sa place dans un État de droit où la loi exerce sa prééminence sur le pouvoir politico-médiatique. Un système social dans lequel chacun agirait au nom de l’émotion n’a d’autre nom que l’anarchie.

Castaner s’est, une nouvelle fois, soumis à la pression médiatique, séduit par l’occasion de clamer sa vertu dans cette nouvelle vague « antiraciste » qui ne doit son existence qu’à la mise sous perfusion médiatique. Avec cette nouvelle « castarinade », le premier flic de France ne place pas sur le même plan l’émotion des Français en gilet jaune et celle des victimes autoproclamées qui défilent et pillent pour dénoncer un mirage raciste nourri du fantasme de ceux qui le combattent sans jamais pouvoir en démontrer l’omniprésence. Et pour clore la séance, le ministre de l’Intérieur a également indiqué qu’il serait « parfaitement à l’aise » à l’idée de poser un genou à terre. À défaut, ce sont nos institutions qu’il a mises à genoux.

Il y a encore quelques décennies, ces déclarations gravissimes dans la bouche de ministres auraient provoqué au mieux leur démission dans la journée, au pire un scandale au long cours. Autres temps, autres pratiques. Les Français sont noyés dans un flot continu d’informations qui empêche le citoyen de discerner le futile du grave, l’important de l’accessoire, le faux du vrai, et la médiocrité a désormais ses entrées au plus haut sommet de l’État.

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