Nous croyions naïvement qu’un des principes fondateurs de la moderne était la formule gravée dans un marbre immarcescible : “One man, one vote”. Quelle n’est donc pas notre surprise de découvrir que la loi 2014-384 du 29 mars 2014, dite loi Florange, “visant à reconquérir l’économie réelle” prévoit que “dans les sociétés dont les actions sont admises aux négociations sur un marché réglementé, les droits de vote doubles prévus au premier alinéa sont de droit […] pour toutes les actions entièrement libérées pour lesquelles il est justifié d’une inscription nominative depuis deux ans au nom du même actionnaire.”

Pour le profane, cela signifie concrètement que tout actionnaire détenteur, depuis plus de deux années, d’actions d’une cotée bénéficie d’un droit de vote double. Il s’agit ainsi, dans l’esprit du législateur, d’accorder une prime à la fidélité et à l’ancienneté des actionnaires, de distinguer les actionnaires historiques, attachés à la pérennité de l’entreprise, des prédateurs ou des opportunistes qui ne sont mus que par la volonté de profiter d’opportunités financières attractives.

Analogiquement, on peut se demander s’il ne pourrait pas exister, de par le vaste monde, des personnes pour lesquelles la volonté d’acquérir la nationalité française serait le fruit d’autres motivations, moins désintéressées, que le simple amour de la langue de Molière ou la volonté d’associer leur destin, pour le meilleur et pour le pire, au peuple héritier de Saint Louis.

Ne serait-il pas surprenant que la fidélité et la stabilité, valorisées dans le domaine financier, apparaissent comme des qualités impossibles à mettre en avant dans le domaine sans être immédiatement qualifiées de « rances » ? Ainsi, à l’occasion de l’ du début de la Première Guerre mondiale, quelle serait la réaction de l’établissement politico-médiatique à une proposition ainsi formulée : “À l’occasion du souvenir du début de la guerre de 14, en reconnaissance du sacrifice qu’a constitué pour de nombreuses familles françaises la participation de leurs ancêtres à la Première Guerre mondiale, chaque citoyen français se verra attribuer un droit de vote double pour toutes les s’il peut justifier dans ses ascendants directs d’un membre de sa famille à la guerre ou ayant été décoré pour faits de guerre.”

Il n’est pas certain, malgré le caractère à la fois profondément novateur et enraciné de cette mesure de modernisation de notre démocratie participative, que M. Valls, pour des raisons évidentes, soit un chaud partisan de cette marque concrète de reconnaissance envers nos anciens « morts pour la ».

23 avril 2015

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

Les commentaires Facebook intégrés aux articles sont désormais inactifs, nous vous invitons désormais à commenter via le module ci-dessus.

À lire aussi

Église catholique : encore un mauvais chiffre

Ce sont des félicitations et non des remontrances que Mgr Aupetit devrait adresser à l’abb…