Échappera-t-on à un nouveau débat marathon entre les candidats à la présidentielle ? France 2 avait prévu d’en organiser un, le 20 avril. Mais plusieurs prétendants, notamment et , s’y sont opposés. À trois jours du vote, quelque attaque était possible, quelque coup de pied, auxquels il serait difficile de répondre avant le scrutin.

Dans un second temps, France 2 a proposé un format de substitution : chaque candidat passerait son grand oral l’un après l’autre, l’ordre de passage étant tiré au sort en début d’émission. Ces entretiens, d’une quinzaine de minutes, seraient réalisés par David Pujadas et Léa Salamé. Encore faut-il que tous les candidats s’accordent sur la date, sur les modalités et sur… les journalistes.

D’aucuns estiment, sans doute, que Léa Salamé est devenue plus insolente, voire plus partiale, depuis qu’elle n’anime plus “Ça se dispute” entre Éric Zemmour et Nicolas Domenach et qu’elle a fait un séjour dans “On n’est pas couché”, l’émission nocturne de Laurent Ruquier. Quant à David Pujadas, les mauvaises langues lui prêtent une propension à prendre de faux airs inspirés pour promouvoir les lieux communs de la bien-pensance.

Échappera-t-on, donc, à un nouveau marathon ? Car si le débat organisé par BFM TV et CNews a battu les records d’audience, c’est plus pour le spectacle qu’il était censé offrir que pour son intérêt politique : on n’a rien appris sur les programmes des candidats que l’on ne savait déjà. Il en reste, surtout, le sentiment d’avoir perdu son temps.

Le nouveau format, s’il était accepté de tous, pallierait sans doute les défauts d’une confrontation spectacle, mais il encouragerait chacun à faire son numéro pour se distinguer et retenir l’attention. Sans compter que, dans une succession d’entretiens individuels, le premier pourrait être avantagé par rapport au dernier, qui aura attendu trois heures dans sa loge.

Il est compréhensible que les candidats mineurs en redemandent. C’est pour eux l’assurance de rassembler en une fois un public bien plus nombreux que dans tous leurs meetings réunis. Mais les candidats qui ont une chance de se qualifier au second tour n’ont rien à y gagner, sinon des coups qu’ils ne pourront rendre.

Dans tous les cas, ce type d’émission n’est pas à la hauteur des enjeux. Le débat spectacle suscite au mieux la passion, l’attente de la pique, de la repartie qui blessera l’adversaire, au pire la fatigue et l’ennui. La succession d’entretiens privilégie la performance, la rhétorique, la forme plus que le fond.

Comme le dit Socrate, dans le Gorgias de Platon, “la rhétorique n’a aucun besoin de savoir ce que sont les choses dont elle parle ; simplement, elle a découvert un procédé qui sert à convaincre, et le résultat est que, devant un public d’ignorants, elle a l’air d’en savoir plus que n’en savent les connaisseurs”. Un bon rhéteur ne fait pas nécessairement un bon Président. Sauf pour abuser le peuple.

En faisant de la politique un spectacle ou un concours du mieux-disant, on incite à la simplification, à la démagogie, qui corrompent la démocratie. Dans un tel contexte, on risque fort de transformer l’explication en slogan, la vérité en caricature, l’information en propagande.

Les candidats les plus sages ne devraient-ils pas dénoncer cette comédie politique en répondant aux organisateurs, comme Leconte de Lisle dans son poème Les Montreurs : “Je ne livrerai pas ma vie à tes huées/Je ne danserai pas sur ton tréteau banal/Avec tes histrions et tes prostituées” ?

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