Selon EDF, la consommation d’électricité des Français a reculé de 10 % en novembre par rapport à 2021. Agréablement surpris par cette baisse, le gouvernement s’est empressé de « saluer la mobilisation des Français en réponse à la demande du gouvernement de faire preuve de ». Satisfait d’avoir été aussi vite entendu par le citoyen, l’exécutif n’interprète-t-il pas un peu naïvement cette information un peu tombée du ciel ?

L’application EDF et Moi, permettant de suivre sa consommation, a certes recensé 140 millions de connexions depuis le début de l’année. Soucieux de maîtriser leur facture d’électricité, de nombreux utilisateurs ont aussi rejoint l’option « Tempo » dont les tarifs encouragent à ne pas consommer en période de pointe. Mais ces indicateurs sont-ils suffisants pour expliquer que les 10 % de réduction sont le fait d’une sobriété individuelle choisie ? Les aides sur l’essence, le gaz et l’électricité s’étant multipliées au cours de l’année 2022, les particuliers ont-ils été davantage sensibles à leur facture énergétique ?

Car, parallèlement à l’autosatisfaction de l’exécutif, un bruit de fond insidieux mais beaucoup plus inquiétant est en train de monter : la baisse de la consommation serait surtout liée à l’arrêt de commerces et de sites industriels touchés de plein fouet par la flambée des prix de l’énergie.

Une première secousse sismique avait été enregistrée, début septembre, quand la Cristallerie d’Arques (Pas-de-Calais) et la verrerie Duralex (Loiret) avaient annoncé placer temporairement une partie de leurs salariés en chômage partiel. Arc France avait vu sa facture gazière passer de 19 millions à 75 millions d’euros, tandis que Duralex, aussi très affectée par la croissance de sa facture énergétique, avait décidé de mettre au chômage partiel 1.600 de ses 4.600 salariés. Ses fours ayant été mis en veille, plus aucun verre ni assiette n’est sorti de ses lignes de production.

Mais au cours des dernières semaines, on a observé des répliques de plus en plus nombreuses. Ainsi, le groupe agroalimentaire Cofigeo commercialisant les célèbres marques de conserves William Saurin et Garbit a décidé d’arrêter de la moitié de ses chaînes de production françaises et de mettre au chômage partiel les deux tiers de ses 1.200 salariés. Cette décision est justifiée par une facture énergétique passée, en un an, de 4 à… 40 millions d'euros, mais aussi par le prix des matière premières et des emballages (constitués de plastiques fabriqués à partir de pétrole). Une hausse stratosphérique impossible à répercuter sur les prix à la consommation ! Même s’il dit « mettre tout en œuvre pour sortir au plus vite de cette situation », le groupe agroalimentaire n’avance aucune hypothèse quant à la reprise de la production.

Ce choix radical de Cofigeo pourrait malheureusement se généraliser à beaucoup d’autres acteurs commerciaux et industriels au cours des prochaines semaines. Ainsi a-t-on vu les bouchers et les boulangers (deux professions très consommatrices d’électricité : fours, rôtissoires, chambres froides) lancer un cri d’alarme. Étranglés par les prix de l’énergie, nombre d’entre eux seraient sur le point de mettre la clef sous la porte !

Si l’économie a résisté jusqu’à présent (la croissance restera légèrement positive, à 0,1 %, au troisième trimestre et le chômage n’a pas structurellement augmenté), dans les faits, il ne s’agit que d’un décalage temporel. Restant anecdotiques pour l’instant, les arrêts d’activité devraient se multiplier au cours des premiers mois 2023, entraînant à la fois une forte récession économique mais aussi une réduction substantielle de la consommation d’énergie. La récession arriverait donc à point nommé… pour résoudre nos problèmes de pénurie énergétique annoncés au début de l’année prochaine.

La « au secours de la sobriété » n’était pas vraiment l’option privilégiée par le gouvernement et les Français. En revanche, elle devrait satisfaire l’agenda de certaines personnalités décroissantistes comme Jean-Marc Jancovici, considérant que pour résoudre la problématique climatique, « il faudrait organiser une récession mondiale de 6 % par an ». Cette déclaration tonitruante fait suite à une autre polémique que l’énergéticien « décliniste » avait lancé, le jeudi 24 novembre, alors qu’il était l’invité de Léa Salamé sur France Inter. Dans son « Grand Entretien », il proposait de limiter autoritairement à quatre… le nombre de voyages aériens durant toute la vie. En marxiste égalitariste (« je suis favorable, pour ma part, à un système communiste, riche ou pauvre, vous aurez droit dans toute votre vie à trois ou quatre vols »), il excluait bien évidemment de limiter le transport aérien par le prix alors qu’il s’agit pourtant de la technique la plus efficace.

Le transport aérien n’aurait-il que des vices (émettre du gaz carbonique et contribuer au réchauffement climatique) et aucune vertu ? Son arrêt quasi complet restreindrait non seulement la liberté de chacun et les liens familiaux, détruirait des secteurs entiers de l’économie (transport aérien mais aussi tourisme), mais éliminerait surtout la quasi-totalité des échanges intellectuels mondiaux, base du progrès scientifique et technique. Comme l’écrit très justement Adélaïde Motte dans IREF Europe« il faut être naïf pour croire qu’une visio-conférence remplace une présence physique dans un colloque international ».

En suivant cette logique, on pourrait extrapoler les restrictions du trafic aérien à l’ensemble des activités non essentielles, toutes potentiellement émettrices de gaz carbonique, et ne conserver qu’une société du strict nécessaire : alimentation, logement, santé, éducation. Ne peut-on pas, en apparence, vivre sans vacances, sans ordinateur, sans téléphone portable, sans cinéma, sans bar, sans restaurant et sans salle de sport ? Excepté que le non-essentiel (70 % du PIB mondial) supporte le nécessaire et que sans activités non essentielles, la société convergerait à terme vers la pauvreté absolue. Suivre la logique des 6 % de récession structurelle, c’est accepter de vivre définitivement dans une société où les règles du premier confinement seraient devenues loi sans aucune aide de l’État !

Contrairement à certains écologistes comme Delphine Batho nous laissant dans l’illusion que la pourrait être heureuse, Jean-Marc Jancovici a le mérite d’assumer une société de sobriété « malheureuse ». Dans un calcul bénéfice/risque, une question subsidiaire surgit : est-on certain que cette sobriété malheureuse ne fera pas, à terme, davantage de victimes que le réchauffement climatique ? Le débat est ouvert.

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11 décembre 2022

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31 commentaires

  1. La baisse de consommation d’électricité n’est elle pas aussi ( et surtout) dûe à une météo exceptionnelle en novembre, ne nécessitant pas ou peu de chauffage par rapport à 2021 ?

  2. Plutôt que de critiquer Jean-Marc Jancovici sur le mode « France Inter ou BFMTV », c-à-d presque entièrement à charge (personnalité décroissantiste , énergéticien « décliniste » ) il eut mieux valu développer le dernier paragraphe : Jean-Marc Jancovici a le mérite d’assumer une société de sobriété « malheureuse ». Dans un calcul bénéfice/risque, une question subsidiaire surgit : est-on certain que cette sobriété malheureuse ne fera pas, à terme, davantage de victimes que le réchauffement climatique ? Le débat est ouvert.

  3. Jean Marc Jancovici, tout comme moi, est plus près de la ligne d’arrivée que du départ.
    Quand on a vécu plus de 60 ans dans un monde confortable où notre vie fut nettement plus facile que celle de nos parents, il faut être sacrément culotté pour dire à nos enfants et petits-enfants : « nous en avons bien profité, vous allez en baver »
    C’est indécent, irresponsable et faux.
    Si nous sommes obligés de nous serrer la ceinture, c’est uniquement à cause de l’incompétence de nos dirigeants et certainement pas à cause d’une énergie qui se raréfierait et encore moins pour sauver le climat.

  4. De la même façon que certains contestent encore la rotondité de la Terre, il est impossible d’apprendre à lire à un âne.
    Mais ces idéologues du même type cérébralement limités que les communistes soviétiques ont pu l’être, sont peut-être des défenseurs « à la Hamon » de la démission du devoir de croissance, donc du chômage, et du Revenu universel perpétuel ?

  5. Qu’ils commencent donc tous à faire des économies : plus de voitures persos mais transport en commun pour les élus , baisse de leur revenus , frais de bouche etc …..Quand aux économies annoncées elles sont le fait d’un arrêt de production de certaines entreprises , quand le nombre de chômeurs doublera quelle excuses nous pondront ils tous ces incapables .

    1. Qu’ils commencent par économiser eux mêmes tout ces soi disants gouvernants et arrêtent de profiter de tous les avantages liés à leur fonction. Charité bien ordonnée commence par soi-même pour donner l’exemple. Le peuple en a marre de tout ces profiteurs !

  6. D’accord, pas trop de croissance , + 0,5 % …?, pour rester dans un sentiment de liberté; cependant lisez aussi le mensuel « Décroissance », il est vraiment intéressant et très bien rédigé, il emmène à réfléchir sur la situation actuelle…

  7. Comment peut-on laisser un destructeur de conscience comme ce jancovici s’exprimer sur une chaine de tv (publique) sans contradicteur ?
    Cet individus couche t’il dans son jardin à la belle étoile ?

  8. Nombreux sont comme nous, petits retraités (eh oui, la profession ne reflète pas toujours le montant de la retraite, surtout lorsque l’état se débrouille pour vous faire un CDD en « continu » sur près de 20 ans!) : déjà, nous chauffions à 19°C, maintenant c’est 18°, car trop riche pour avoir des aides, mais trop pauvre pour payer l’augmentation du prix du gaz et de l’électricité, prévue en janvier.
    Ce n’est donc pas pour aider Macron mais simplement parce que nous n’avons pas les moyens.

  9. Si décroissance il devrait y avoir c’est celle des naissances en Inde et en Afrique. La pollution n’est que le résultat de la surpopulation

  10. La décroissance oui . La plus nécessaire est celle de la population mondiale et française accompagnée de mesure de facilitation des retraite progressive, robotisation des taches pénibles et l’apprentissage de l’économisme au contraire du consumérisme. La société este + en + fragile (voir manque d’énergie, fragilité des système de communication, d’alimentation, pénurie d’eau progressive). Immigration invasive et agressive par l’introduction d’une 5ième colonne clanique). Quand on constate que 19 ° dans les appartements et 25° dans les piscines sont difficilement supportable par une population sans énergie, résistance et résilience. Chez nous le gâteau se rétrécie mais le nombre de mangeurs s’accroit. Tant pis pour vos gosses.

  11. Dans les 10% de réduction de consommation électrique, n’oublions pas les entreprises qui s’équipent d’un gros groupe électrogène, et y trouvent largement leur compte pour maîtriser leur budget énergie. Bien entendu ces groupes fonctionnant au gas-oil, le bilan CO2 est moins brillant…

  12. Ca me rappelle la citation d’un scientifique américain qui disait que ce qu’il y a de bien avec la science et que même si on n’y croît pas, les choses se produisent. Donc… il y a de moins en moins de pétrole, de gaz, de charbon, et en France grâce à nos lumières écologistes, également de moins en moins de nucléaire. Donc avec moins d’énergie, moins de PIB (on peut au moins retenir ça du discours de Jancovici). C’est inéluctable. Donc même si vous pensez qu’on pourra maintenir une croissance constante (donc exponentielle), la nature vous prouvera le contraire. A partir de là, soit on continue à foncer dans le mur, soit on tente de regarder les choses de manière intelligente et on prévoit ce qu’il faut faire. Soit exactement l’inverse des 40 dernières années de politique française.
    Pour le reste, oui, cette histoire de 4 vols d’avion par personne et par an, c’est du n’importe quoi. La très grande majorité des français ne prend jamais l’avion, donc on peut réduire le nombre de vol à 0 par an, vu qu’ils y sont déjà. Pour les autres, oui, il faudra voir. Jancovici a là aussi raison en expliquant que les avions volent au kérozène et qu’on n’est très très loin d’avoir des avions qui volent à l’hydrogène, au solaire et toute autre technologie. L’hydrogène coûte plus cher à produire que ce qu’il fournit d’énergie (dit autrement pour produire l’hydrogène nécessaire à un vol transatlantique, il faut plus de pétrole que ce que dépense un vol actuel).

  13. Ah, tous ces grands donneurs de leçons qui veulent la décroissance. Mais après vous mesdames et messieurs, appliquez vous d’abord ces mesures et au lieu de pavaner sur les plateaux TV prenez une bêche et ensemencez votre jardin, vivez en autarcie pendant ne serait ce qu’une année et après nous en reparlerons. L’allongement de la durée de vie n’est qu’une conséquence directe du progrès et de tous temps l’homme n’a eu de cesse que de vouloir améliorer sa condition. Vouloir le contraire est une ineptie totale qui relève d’une altération mentale.

    1. Poutine, les crétins écologistes, les crétins bruxellois et ceux qui les suivent sont responsables de la situation actuelle. Mais ce n’est juste qu’un avant goût de ce qui va forcément se produire. En 200 ans, l’humanité a presque épuisé les ressources naturelles. Ce qui va augmenter de toute façon leur coût. Ce qui va détruire encore plus le pauvre tissu industriel français. Le jour où il n’y aura plus de pétrole ni de charbon (parce qu’il faut souffrir d’une altération mentale pour imaginer que ce sont des ressources inépuisables)… oui, on retournera au jardin et les habitants des villes devront retourner à la campagne et dépenser la même énergie que ce que nos anciens dépensaient il y a 150 ans, c’est à dire rien ou quasiment rien. Ce qui importe est de le faire de manière anticipée, de bien comprendre les données accessibles, et de mettre l’argent là où il est nécessaire pour le bien des français. Sinon on peut se mentir imaginer que tout va bien et ne pas comprendre ce qui va se passer quand tout n’ira plus bien.

      1. « Poutine, les crétins écologistes, les crétins bruxellois et ceux qui les suivent sont responsables de la situation actuelle »
        Ah bon?
        Il devrait faire quoi, Vladimir Poutine?
        Laisser se faire massacrer les populations civiles de son pays, et donner (voire payer pour le donner) son gaz et son pétrole à ceux qui envoient des bombes à fragmentation sur les jardins d’enfants du Donbass et qui pilonnent les immeubles civils?

        Drôle de façon, quelque peu égoïste, de qualifier de responsable un homme politique qui tente de protéger son peuple.

      2. Poutine ????? Il oeuvre pour nous sauver du désastre, ce qui a été prédit/anticipé à Fatima…

  14. Je pense qu’il n’y a pas que les idées qui sont simplistes dans le raisonnement formulé par ces pseudo-écologistes. Normal ! La décroissance du nombre de neurones dans leur cerveau atteint un niveau tel que réfléchir un tant soit peu est devenu presqu’impossible. Danger !

  15. Les entreprises françaises doivent envoyer leurs prochaines factures d’électricité à l’Elysée, aux sièges du PS et d’EELV.

  16. Aucune police, aucune milice et aucun flash-ball n’arrêtera un pays qui a faim.
    Car, Monsieur le Président, sachez-le, dans quelques mois, vous aurez la jonction des mangeurs de couscous et de cassoulet et ils déferleront sur le Palais. Alors mieux vaudrait que vous ouvriez vite, très vite, les vannes de la fée électricité et que vous envoyiez paître le chancelier allemand et fassiez quelques efforts sur le nucléaire. Sinon, le festin, ce sera vous, et vous n’êtes pas assez épais pour nourrir le pays ; alors, essayez déjà de ne pas l’affamer… Même si c’est votre « projet ». Et à ce projet, nous en opposerons un autre.
    Là où vous voulez couper l’électricité, nous voulons mettre la lumière.
    Là où vous vous voulez affamer, nous voulons nourrir, cultiver, produire.
    Là où vous laissez mourir dans les hôpitaux, nous voulons soigner, nos anciens, comme nos enfants et tous ceux qui en ont besoin, sans distinction d’aucune sorte.
    Là où vous voulez confiner, enfermer, surveiller, nous voulons libérer, ouvrir et respirer.
    Là où vous voulez faire la guerre, nous voulons apporter la paix.
    Là où vous voulez diviser, par le communautarisme, le wokisme, etc, nous voulons l’unité et la cohésion.
    Là où vous voulez tout détruire, nous voulons construire et bâtir.
    Là où vous mettez les peurs, nous voulons l’espoir, l’amour et le courage.

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