[POINT DE VUE] Interview de Bayrou : dernier tour de piste avant la catastrophe

Est-il responsable de quelque chose ? Vous n’y pensez pas.
Capture d'écran
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François Bayrou, qui donnait une interview ce dimanche en fin d’après-midi, est né trop tard. Il aurait dû être à son apogée politique lorsque la France allait bien - mais on nous a toujours répété qu’elle était en crise, alors… Toujours est-il que son air paisible et rusé, ses phrases lentes et polies, ses parenthèses toujours refermées, son rythme tranquille ne sont pas faits pour ces temps frénétiques dont il ne cesse de nous parler. Face à un parterre de quatre journalistes représentant l’ensemble des sensibilités (de France Info à CNews), dont la toujours remarquable Sonia Mabrouk, François Bayrou a fait son numéro de maquignon : un air grave, un tempo lent, un discours insaisissable.

« Ce n’est pas l’État qui dépense, ce sont les Français. »

Le déficit de la France, par exemple : il est abyssal, c’est très grave et c’est la dernière chance. On ne peut objectivement lui donner tort, même si nous ne sommes pas à la veille de la mise sous tutelle. Mais Bayrou, lui, y est-il pour quelque chose ? Non. « Ce n’est pas l’État qui dépense, ce sont les Français. » Ah. Avant-hier, sous Hollande, on disait : « C’est pas cher, c’est l’État qui paie. » Aujourd’hui, sous Macron et Bayrou : « C’est très grave, ce sont les Français qui dépensent. » Pile, je gagne, face, tu perds. Salauds de Français ! Et lui, personnellement, François Bayrou, qui a voté ou soutenu la plupart des budgets déficitaires des quarante dernières années, qui a soutenu Macron par deux fois (et parmi les premiers, en 2017), est-il responsable de quelque chose ? Vous n’y pensez pas.

L'UE garante de notre souveraineté

Ce problème en appelle un deuxième. Sommes-nous un pays souverain ? François Bayrou tourne autour du pot (il fait ça très bien). Il a tout de même (Darius Rochebin lui rendra cette justice au cours de l’interview) reconnu que 60 % de la dette française était possédés par des créanciers étrangers. Jusqu’à maintenant, quiconque pointait cette perte de souveraineté était taxé de complotisme… Et sur l’immigration, alors ? Sommes-nous souverains ? Bayrou monte sur ses grands chevaux : la France a adopté une législation qui permet de suivre les migrants. C’est bien, mais pour les expulser, alors ? On ne saura pas. Et comment retrouver notre souveraineté en matière d’immigration ? Le Premier ministre n’hésite pas : grâce à l’Union européenne. Il fallait oser cette absurdité.

L'immigration n'est pas un sujet

Sur des sujets cosmétiques (les jours fériés, par exemple), François Bayrou est prêt à discuter. Mais sur l’essentiel, rien : Sonia Mabrouk lui pose la question de l’AME, des allocations pour les immigrés, des subventions aux associations. Tout cela coûte un argent de dingue. Et là, ce ne sont pas les Français qui dépensent… François Bayrou « n’est pas d’accord pour qu’on fasse de l’immigration la cause de la situation du pays ». Bon. On n’en parlera pas, alors. Tout au plus saura-t-on que le Premier ministre veut maîtriser les entrées et les sorties du territoire (mais bon, c’est impossible : voir plus haut).

Retour en 2027 ?

Il y a bien une toute petite chose qui est digne d’intérêt, dans cet invraisemblable naufrage. François Bayrou a proposé beaucoup de mesures, certaines inapplicables, d’autres timides, d’autres encore hors de propos, mais qui ont pour (seul) mérite d’exister. Or, le Premier ministre le sait, il est quasiment certain de tomber, et son gouvernement avec lui, lors du vote de confiance du 8 septembre prochain. Alors, pourquoi ce catalogue ? On peut malheureusement (et c’est donc le seul intérêt de cet entretien dominical) y voir une « carte postale » du Premier ministre qui se prépare à partir pour mieux essayer de revenir en 2027. Quelle catastrophe !

Picture of Arnaud Florac
Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

136 commentaires

  1. Bayrou est apparu tel qu’il est depuis toujours : un cheval basculo ! …
    Certains le « présente » comme étant un maquignon avec « un bon sens paysan » … En fait c’est un équarisseur qui pue le cynisme envers la FRANCE et les français ! …

  2. Dans une dictature, le dirigeant est responsable du sort de sa population qui ne peut que subir. Dans une démocratie, Bayrou a raison, aussi détestable que soit sa personnalité, et aussi mensongères que soient les promesses des élus , les électeurs portent une responsabilité dans leur vie.. L expression les promesses n’engagent que ceux qui y croient attribuée à Chirac et Paqua mais sans doute aussi vieille que Machiavel est toujours d’actualité

    • @DG1948
      Que pensez-vous des électeurs qui disent NON à un referendum mais qui, par une habile manigance présidentielle, se retrouvent ensituation d’avoir dit OUI ?
      Plus récemment, les électeurs ayant « mal voté » (ça devient une habitude) une autre manigance est mise en place et hop, le tour est joué.

  3. En résumé : « Ce n’est pas l’État qui dépense, ce sont les Français » « pour le confort des boomers » mais il « n’est pas d’accord pour qu’on fasse de l’immigration la cause de la situation du pays ». On peut donc stigmatiser les boomers mais pas les immigrés. Bravo Monsieur Bayrou ! S’il me restait encore des doutes, grâce à vous je sais maintenant pour qui voter.

    • Si c’était si simple. Dans les circonstances actuelles c’est sans doute le moins mauvais car je doute fort que vous respiriez mieux avant le départ de Mr Macron et la recomposition politique qui suivra. Qu’elle nous plaise à vous et à moi ou non…

  4. Je me demande si l’objectif de Bayrou n’est pas tout simplement de retrouver sa mairie de Pau. Il a voulu être premier ministre et constate que ce poste n’est pas fait pour lui. Les municipales sont proches et il a peur de se faire piquer sa mairie, il retourne donc à Pau où l’attend un joli bureau.
    Comme il est naturellement cabotin, il s’offre un dernier tour de piste comme l’écrit Arnaud Florac.

    • Bien sure mais n’oubliez pas qu’il a réussi a arrondir son niveau de vie a la retraite grâce a qui ? Merci Nicolas. Les économies c’est pour les autres.

  5. Ce sont les français qui dépensent….il fallait l’oser ! D’un autre côté il faut avouer que BAYROU, n’a quelque part pas totalement tord ! En ce sens, depuis les 40 dernières années, et à chaque « présidentielles », une petite majorité de francais n’ont-ils pas effectivement choisi leurs présidents sur les programmes que chacun proposait, sans se soucier des conséquences cela pourrait occasionner pour l’économie et les finances de notre pays ? Ce sont donc bien les français qui ont élu leurs présidents, à gauche puis au centre avec l’aval et la nénédiction parfois même de la « fameuse » droite républicaine et son « arc républicain », qui ont donc voulu….dépenser. Pas les autres. Donc : laissons payer ceux qui ont voulu dépenser, et laissons leur argent à tous les autres, ceux qui ne voulaient ou n’ont jamais voulu autant dépenser… Alors, BAYROU comprendra qui dépense réellement…Les francais ou bien…l’Etat qu’il reprente.

    • Notre système électoral fait que lextiers des inscrits suffit a faire élire n’importe quel candidat  » beau orateur » et surtout de voter  » contre ».. ceci explique aussi que tous nos presidents depuis pompiers sont mal elus..et ce n’est sont pas  » les Francais  » qui élisent des incapables dépensiers mais juste une petite quantité de gens pour qui la politique est juste de mettre un bulletin dans l’urne conforme a ce qui se raconte sur bfmtv ou
      France 2..ou a ne pas voter du tout..

    • Bien sûr que les Français on passé leur temps à élire des démagogues, et bien sûr qu’ils ont une forte responsabilité dans ce qui arrive à leur pays ! C’est aussi cela la démocratie, cela fonctionne dans les deux sens :

  6. Et bien que Bayrou tombe, bon voyage sans retour,et ceci dans une oubliette dont il ne ressortira jamais politiquement. Ce monsieur comme d’autres,avec aussi des dames, soyons inclusifs,c’est la mode, ont contribué à ruiner le pays et ils tapent maintenant sur les retraités en les accusant de tous les maux dont ils sont les auteurs. Si 74% des retraités sont coupables de quelque chose,c’est d’avoir porté au pouvoir tous ceux qui nous ont menés là et je n’en ai jamais fait partie depuis que je suis en âge de voter. Mais la gestion et la politique de Mitterrand,Chirac, la trahison de Sarkozy en 2008 avec le traité de Lisbonne,la gabegie de Hollande alias Flamby,et le final avec Macron, et tous leurs ministres et députés,c’est eux qu’ils faut incriminer en premier, ça n’enlève cependant pas la responsabilité des électeurs qui les ont élus.La seule arme qui leur reste sera le bulletin de vote, mais changeront-ils d’avis pour autant ? J’ai encore de gros doutes à ce sujet.

  7. J’ai surtout vu et entendu un homme âgé, très fatigué et desabusé. Des propos flous. Pas d’analyse. Limite EHPAD tant c’était confus, balbutiant. Qu’il se présente en 2027 ? Vous êtes sérieux monsieur Floirac ?
    C’est une fin de partie, trop dur pour lui qui sort d’un jeu dont il a bien profité. Après moi le déluge fut sa conclusion. Pour nous cet interview fut un désastre avec ce terrible constat : la France est dans les mains d’un immature et d’un vieillard. Hier soir les Français étaient KO : ils retenaient de ce discours que c’étaient eux les fautifs.

  8. Non seulement les Français dépensent trop, l’État n’étant donc pour rien dans la gabegie ambiante, mais il faut payer les retraites ! Elles sortent de quelles poches, les retraites ?
    À virer sans délai.

  9. La France est perdue avec ces gens…bientôt, elle n’existera plus! c’est déjà le désastre économique, bientôt le désastre identitaire!

  10. Cet homme qui avoue le goût des lettres a bouche cousue sur le goût des dettes. Monté sur l’âne de Buridan, il prend en croupe la jeunesse, sa dernière marotte. Boom boom sur les seniors. Les retraités sont mis à pied, vive le sang frais. Ça peut marcher ? Oui, puisque tout le monde est bête qui ne voit par ses yeux déconnectés. La faute à l’inflation. Au Covid. A L’Ukraine. Aux opposants. Aux journalistes. Aux entreprises. Tartuffe nous fait une petite parano. « Vous êtes gonflés « ,  » vas-y Simone »,  » vas-y Jojo « . Pathétique premier Ministre :  » y’a un trou dans la coque « . La langue est empâtée, l’ex prof qui a perdu son grec et son latin se fait l’exégete des trous : trou de souris ou de fourmi ? Cachez mon impuissance que je saurais avouer. Quel fabuleux fabuliste. Il en battrait l’ami Bidasse (Macron). Titilleur labyrinthique, il attend un miracle du ciel, une dispense de mea culpa. Mais si  » l’immigration n’est pas un sujet », Bayrou en est un, et de taille.

  11. C’est vraiment l’incarnation de la bêtise et l’arrogance de la Macronie !  » les Français dépensent trop???? Mais ils payent de la TVA….. où est passée cette manne ? Mais l’a guerre en Ukraine, les subventions à tous les gauchistes, (AME, Commission Européenne, OTAN, anciens présidents et 1º ministres etc..) ce ne sont pas les Français! , c’est l’État, donc c’est lui! Et en plus, il n’a aucune fierté, ni amour-propre : Vu le résultat de la censure du 8/9 , il ferait mieux de démissionner tout de suite, cela lui éviterait de se faire humilier !

    • Non pas, la censure pourrait s’appeler « être remercié », en d’autres termes viré ! Il veut donc qu’on lui dise merci… Le remercier.

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