[POINT DE VUE] Gardons-nous d’une gaullolâtrie effrénée !

Ce qui est le plus critiquable dans l'action du général de Gaulle, c'est la façon dont il a largué l'Algérie.
Jerome.losy, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons
Jerome.losy, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

J'avoue ne pas partager la gaullolâtrie qui se répand un peu partout, à l'approche des élections présidentielles, y compris, parfois, au Rassemblement national. Certes, si on le compare à Macron, le général de Gaulle ne peine guère à apparaître comme un grand personnage. De là à en faire un homme d'État qu'il faudrait à tout prix chercher à prendre pour modèle, il y a un pas que je ne franchirai pas.

On ne saurait oublier le rôle primordial qu'il a joué dans la Résistance ni lui ôter et ne pas admirer, contrairement à la politique actuelle, sa volonté de défendre la souveraineté et de sauvegarder l'indépendance de la France, même si s'est formée autour de son action une légende qu'il conviendrait sans doute de nuancer. Le rôle qu'il a donné au Parti communiste à la Libération peut être notamment discuté, car il a donné la main, dans de nombreux secteurs, à un parti qui a longtemps suivi les errements staliniens.

Lorsqu'il est revenu au pouvoir et a fondé la Cinquième République, la liberté d'expression, bien que l'article 4 de la Constitution précisât que « la loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la nation », était fortement encadrée : l'État contrôlait étroitement l'audiovisuel, et la presse écrite, théoriquement pluraliste, était fortement soumise à des pressions politiques, voire à la censure. Quant à la Cour de sûreté de l'État, juridiction d'exception créée par une ordonnance du 2 janvier 1959, on ne peut pas dire que ce fut un modèle de justice.

Son cynisme dans la question algérienne

Ce qui, me semble-t-il, est le plus critiquable dans l'action du général de Gaulle, c'est la façon dont il a largué l'Algérie. Faut-il rappeler les conditions de son retour au pouvoir ou le discours qu'il prononça à Alger, le 4 juin 1958, depuis le balcon du Gouvernement général ? La fameuse formule « Je vous ai compris », qui suscita l'enthousiasme de la foule réunie sur la place du Forum, se révéla rapidement comme une manœuvre de dissimulation, d'un cynisme rarement égalé.

Faut-il parler de la crise qu'il provoqua dans l'armée et chez de nombreux officiers qui, jusque-là loyaux envers tous les gouvernements, se sentirent trahis dans ce qu'ils avaient de plus cher : le sens de l'honneur et la fidélité à la parole donnée ? Faut-il parler du massacre de la rue d'Isly, dont les causes réelles n'ont jamais été véritablement éclaircies ? Faut-il parler de l'exécution de Jean Bastien-Thiry, à qui de Gaulle refusa la grâce ?

Faut-il oublier les accords d'Évian, que le FLN ne respecta pas et que l'État ne fit pas respecter, l'exode de plusieurs centaines de milliers de pieds-noirs sommés de choisir entre « la valise et le cercueil », les massacres d'Oran, l'abandon des harkis que l'État ne voulut pas protéger en Algérie et qui furent parqués, avec leurs familles, dans des camps quand ils eurent la chance – souvent grâce à des officiers français – de se réfugier en métropole ?

On peut comprendre que de Gaulle reste le symbole d'une France indépendante vis-à-vis des grandes puissances ou de l'Europe, et qu'on se réfère à son exemple dans ce domaine. Mais permettez-moi de douter qu'il soit exemplaire dans toute son action et qu'il faille le vénérer, voire l'idolâtrer sans réserves, comme le modèle idéal de l'homme d'État.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 07/07/2026 à 15:43.
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Philippe Kerlouan
Chroniqueur à BV, écrivain, professeur en retraite

Vos commentaires

158 commentaires

  1. De Gaulle a cru dans son étoile ; il a même fait en sorte d’en avoir deux en donnant à Paul Reynaud en mai 1940 ce qu’il désespérait d’apprendre : la nouvelle de combats de résistance brillants à défaut d’une victoire sur les panzerdivisions allemandes . Mais si l’on considère ses deux engagements, le premier à Montcornet, le second à Abbeville, en mai 1940, leur bilan est très peu brillant car il se solde par la destruction de 250 blindés dont de nombreux chars lourds B1-Bis au blindage largement supérieur à celui des chars allemands. Quant aux résultats obtenus, il sont tout simplement nuls, Gudérian étant déjà passé à Montcornet quand De Gaulle a pu engager le combat ; quant à Abbeville, où Weygand comptait sur De Gaulle pour reprendre la tête de pont conquise par les allemands, il n’en fut rien, De Gaulle s’escrimant à essayer de passer en force contre une artillerie allemande implantée sur une hauteur qu’il aurait fallu déloger en la contournant, laquelle fit pendant trois jours fit des cartons sanglants sur les chars français avec des canons de 88 mm, sans que De Gaulle songe à modifier sa tactique mortifère…! Il pensait sans doute à bien autre chose : obtenir une place dans le gouvernement…!
    Pour revenir à la bonne étoile de De Gaulle, on peut penser qu’un évènement totalement imprévu l’a fait briller de tous ses feux à la Noël 1942 : l’assassinat de l’amiral Darlan à Alger ; certains sont persuadés que De Gaulle en était l’inspirateur…
    Quant au cynisme avec lequel De Gaulle s’est moqué de l’armée, des pieds noirs et des harkis et des musulmans pacifiés en bradant l’Algérie dans les conditions que l’on sait et dont on paie aujourd’hui les conséquences, il dénote chez ce grand politique une totale absence de scrupules, ce que l’on aurait pu attendre d’un officier chrétien.

  2. J’étais en Algérie, jeune engagé volontaire descendu du Barrage Électrifié sud algérien à Kébir durant ces jours là et me souviendrai toujours de mon trajet de la gare à la base en camion bâché, de Kébir son port et les foules de réfugiés. Ce qui se passait et nous cantonnés..je passe la suite. Je n’ai jamais pardonné cela à De Gaulle

  3. Pour moi ,c’est quelqu’un qui a réussi une carrière et qui a raté sa vie .L’abandon des Pieds-noirs et en particulier des harkis tient de l’ignominie.De même que l’assassinat de Bastien-Thiry et le massacre du lieutenant Degueldre .Le FLN ayant été démantelé,je suis sûr qu’il aurait été possible de construire quelque chose avec les Algériens favorables à la France et pour le développement de l’Algérie et surtout nous aurait évité toute cette haine que développe certains de cette nouvelle génération d’Algériens chez nous

  4. Monsieur Kerlouan, attention au français ! On bat en retraite mais on est un professeur à la retraite. Un professeur ne peut pas faire cette faute, à moins d’avouer sa défaite ! Avec le recul, mes amis les plus cultivés, les plus ouverts, qui étaient antigaullistes, sont devenus gaullistes. Même mes amis pétainistes !

    • C’est bien ça. Tout le monde est gaulliste. C’est tellement commode. Même les politiciens l’ont compris.

  5. L’abandon de l’Algérie par des accords (d’Evian) qui n’ont pas été respecté par le FLN. Voir plus, les accords ont laissé avant le 5 juillet 1962 toutes libertés au FLN locaux dans l’organisation des « Forces Locales », (terme désigné dans les accords) . Avec massacres, enlèvements…etc..

  6. Dans cette vague estivale sur laquelle surfe la mémoire du Général de Gaulle, entre les mémoires de guerre, d’espoir et livres de spécialistes plus ou moins éclairés nous aidant à décrypter le personnage, un livre semble avoir été oublié, celui intitulé « Charles de Gaulle De la légende à la réalité » de Mr Philippe Ploncard d’Assac, livre dont les sources semblent vérifiées, et vérifiables, mais dont la musique ne semble pas s’accorder avec le concert et les chœurs dithyrambiques de ceux qui, maintenant, encensent celui qu’ ils conspuèrent en 1968, pour finir par lui dire «non » au referendum qui le conduisit à une retraite anticipée. Ne faut-il pas tout lire, même ce qui ne s’inscrit pas automatiquement dans la légende ?

    • La légende. Et les mythes, les totems et les tabous ne sont pas loin …. Certains sont même fondateurs de la V ème République dont la Constitution n’était pas à mettre dans toutes les mains.

  7. Archange encore une fois a un raisonnement de « bas du front ».
    On doit à De Gaulle d’avoir basé sa réputation usurpée sur mensonges et désertion. Mensonges : « Vers l »armée de métier » est du à la pensée du maréchal Pétain (dont il donna, en hommage, le prénom du futur maréchal de France à son fils en 1921) ; La bataille de Montcornet est une simple escarmouche avec des chars allemands à l’arrêt.
    Désertion devant l’ennemi alors que Sous-secrétaire d’Etat à la Guerre il est parti se réfugier à Londres où il avait déjà envoyé sa famille.
    Autre mensonge avoir, en novembre 1940, qualifié le 22 juin de capitulation alors que c’est un Armistice qui a été signé ce jour là ; or un armistice n’a strictement rien à voir avec une capitulation !
    Ceux qui écrivent que l’Algérie française n’était pas viable répètent les slogans gaullistes ; en effet est-ce que la Guadeloupe, la Martinique etc. ne sont pas viables ?
    Merci M. Kerlouan

  8. De Gaulle a sans doute été traumatisé par son échec en Indochine (1954) : il a refusé l’Indépendance de cette région, même dans le cadre de l’Union Française (qui aurait pu conserver un lien privilégié, culturel, économique, etc, entre la France et ces pays), il s’est engagé dans une guerre dès 1946 (alors que la France sortait affaiblie du conflit européen ! ) qui va durer 9 ans et qui va se terminer par une défaite (tout ça pour ça…). Un échec politique (obligation de reconnaître le principe de la décolonisation) et militaire (Dien Bien Phu). Echec sur tout. On peut supposer qu’il a bradé l’Algérie à cause de ce passif peu glorieux….

  9. Que fallait il faire en Algérie, personne n’est capable de le dire. Je répète ce que dit Jill ci-avant.
    Je témoigne pour mon père qui était un Résistant des plus loyaux. Il a toujours soutenu CDG envers et contre tout. Et moi-même, Gaulliste, je préfère voir tout ce qu’il a fait de bien et de grand (80 %). Y a t il un seul grand homme parfait dans l’histoire de France ? Non, aucun ! Mais les petits commentateurs sur leur chaise, à leur bureau, croient se grandir en rabaissant le grand homme.

      • De Gaulle et Pompidou sont ensemble au théâtre.

        A l’entracte ils se retrouvent côte à côte à l’urinoir.

        Pompidou :  » Quelle belle pièce mon Général..!  »

        De Gaulle :  » Regardez devant vous Pompidou..!! « 

    • Permettez nous quand même d’avoir quelques idées sur ce qu’il convenait, au moins, de ne pas faire. Mentir aux Armées, mentir aux Pieds Noirs. Traiter avec des terroristes quand on savait que c’étaient des « meneurs ambitieux » (cf. discours 16/09/59). Ne pas protéger la vie des Français et des Algériens qui avaient choisi le parti de la France. jeter aux orties le sacrifice de 30 000 soldats français et les efforts de 5 générations de Français qui avaient mis ce Pays en valeur.
      Même Mendès n’aurait pas fait ça !

  10. « Les Pieds noirs souffrent ? Et bien qu’ils souffrent ! »ainsi 1962…Rappelons aussi que le « grand Charles » désertait le pays à chaque fois qu’il allait mal…(bis repetita en 1968), même si l’on peut se dire qu’en 1940 cela fut bénéfique…

  11. Entièrement d’accord avec vous pour ce qui est de l’Algérie.
    Quant à la Résistance… au risque de me faire traiter de tous les noms d’oiseaux qui n’ont pas d’ailes, un militaire qui déserte son pays en guerre et, bien planqué à Londres, incite ceux qui sont restés en France occupée à aller se faire massacrer, pour moi, c’est un lâche et un planqué, qui a sa part de responsabilité dans le sort de vrais Résistants : s’il faut choisir un héros, entre de Gaulle et Jean Moulin, je n’hésite pas une seconde !

    • Beaucoup l’ont appelé le Déserteur, c’est certain que c’était plus facile d’inciter les autres à se battre derrière un micro que de gérer un pays vaincu avec l’ennemi sur le dos.

    • Ouf ! Celle-là on ne me l’avait pas encore faite. Et, comme on disait avant Internet,  » le papier supporte tout ».

    • Incomparables. Tous les historiens sérieux savent que le Général avait un seul objectif : le salut et la grandeur de la France. Et il était prêt à se faire tuer pour ça. Et ce fut tangent plusieurs fois. Dont la 1re en 1916 sur le pont où il était le seul survivant et fait prisonnier.

      • Je vous cite : « le Général avait un seul objectif : le salut et la grandeur de la France ».
        Je corrige : le Général avait un seul objectif : le salut et la grandeur de de Gaulle !
        Je vous cite à nouveau : « Et il était prêt à se faire tuer pour ça ».
        Je corrige : Et il était prêt à tout pour cela.

  12. Celui qui résume le mieux l’ambiguïté de personnage, est sans aucun doute le grand historien Dominique VENNER. Peut on juger un homme au regard du présent. Nous devons au général de Gaulle le redressement de la France, mais sans l’entrée des communistes dans les postes clefs de l’administration, dont notre école, la grandeur de la France n’aurait peut être pas fondu aussi vite.

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