Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fier de dire que mon père était policier. D’ailleurs, pouvait-il y avoir plus beau métier que celui qui consiste à « arrêter les méchants pour les mettre en prison » ? Bien entendu, cette vision puérile du métier de policier s’est modifiée avec le temps. Il n’empêche, celui que je voyais revenir chaque jour du travail, à l’époque revêtu de son uniforme, restait pour moi un héros du quotidien.

Et puis est arrivée l’année 1968. Dès lors, la vision de la société sur la police a changé. Rapidement, mon regard d’adolescent a vu se modifier les comportements vis-à-vis de ceux qui, pour un certain nombre de Français, n’étaient plus que des briseurs de grève, des ennemis de la classe ouvrière et des suppôts du grand capital. Dans ce contexte, il a bien fallu que les conjoints et les enfants de policiers modifient également leurs attitudes. C’est ainsi que mon père en vint à me conseiller, lors de mes démarches administratives et en particulier au collège que je fréquentais à l’époque, de ne plus faire état de sa profession et de me limiter au qualificatif nettement plus neutre (moins stigmatisant, dirions-nous aujourd’hui) de « fonctionnaire ». Ainsi, si être membre de la famille d’un policier n’a sans doute jamais été vraiment facile à porter, c’est de cette époque que, pour ma part, j’identifie le changement profond des mentalités vis-à-vis des forces de l’ordre.

Et puis, les années ont passé. Le bouleversement des valeurs que j’avais remarqué et qui, quelque part, semblait signifier une victoire du « mal » sur le « bien » - en effet, pourquoi fallait-il, désormais, se cacher d’avoir un père ou une mère policier ? - ne m’a pas empêché de choisir la même carrière que celui qui continuait d’incarner cette voie du juste et du vrai à laquelle j’étais attaché.

Pendant les nombreuses années qu’ont duré ma carrière, j’ai moi-même toujours préconisé à mes enfants de rester discrets sur la nature de ma profession. Mesure de prudence au regard d’un environnement qui semblait se durcir quant à la perception du métier de policier par une part grandissante d’une population qui devenait manifestement hostile à la police. Mais aussi pour n’avoir pas, en vertu de l’adage selon lequel « la femme de César ne doit pas être soupçonnée », à faire peser sur leurs épaules le poids trop lourd de l’exemplarité.

Mais c’est véritablement au cours de ces dernières années que les choses se sont précipitées. La déliquescence de toute forme d’autorité et le refus quasi systématique, pour une part importante de nos concitoyens, de se soumettre aux lois de la République ont amplifié le rejet d’abord, et la haine ensuite, envers celles et ceux chargés de les faire respecter. L’uniforme qui, hier, protégeait est aujourd’hui devenu une cible. À la crainte de la raillerie et de la moquerie héritée des années 68 s’est substituée la peur des représailles et des agressions.

Dans ce contexte, rien d’étonnant donc à ce que, comme en témoignent ces enfants de policier dans les colonnes du Parisien, de nombreux policiers demandent plus que jamais à leurs enfants de cacher la nature de leur métier. Rien d’étonnant, non plus, à ce qu’ils soient nombreux à vouloir habiter le plus loin possible de leur lieu de travail. Et rien d’étonnant, enfin, à ce qu’ils soient des dizaines, chaque année, à mettre fin à leurs jours car ne supportant plus, notamment, d’être les mal-aimés d’une société qui, au lieu de les soutenir ouvertement, ne perd que rarement une occasion de les enfoncer.

Peur de voir leur père ou leur mère se faire tuer ou blesser. Peur de les voir tuer quelqu’un. Peur qu’ils perdent brutalement leur travail. Peur qu’ils soient abandonnés par une hiérarchie souvent déconnectée et, ainsi, de se retrouver seuls contre tous. Peur d’être soi-même agressé simplement parce qu’on est parent d’un flic. Ce sont toutes ces peurs que les enfants et conjoints de policiers doivent désormais assumer au quotidien, alors que la haine anti-flic, y compris au sein de certaines classes politiques, ne s’est jamais aussi bien portée.

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22 février 2023

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10 commentaires

  1. Je suis parent de policier, et je dois dire quand tant que parent c’est pas facile non plus. Nous avons été obligé de déménager après menaces et insultes ; C’était devenu infernal. Notre nom, numéro de véhicule étaient tagués sur les murs. La peur également quand mon fils a été blessé suite a une arrestation d’un individu recherché, la peur quand il s’est retrouvé au stade de France lors des attentats de 2015 etc….

  2. J’ai été policier, sorti de l’école de police de la PP en 1970, dans ce temps-là, le respect de la part du public ne faisait aucun doute, j’ai fais des patrouilles seul, à toutes heures, jamais je n’ai eu de problème. Lorsque je vois ce qui se passe actuellement, cela vient des gouvernements successifs qui n’ont pas fait les lois pour contrer cette violence, qui n’ont pas donnés les pouvoirs adéquats aux forces de l’ordre. Devant ce laxisme, ils ont vu jusqu’où ils pouvaient aller et le genre de poursuites qu’ils risquent, pas grand chose, donc allons-y, les français paieront sur leurs impôts, tant que ça dure. Jusqu’à ce qu’un président remette les pendules à l’heure, peut-être en 2027 ?

  3. Raasurez-vous, de nombreux Français aiment et estiment les policiers et gendarmes, admirent leur courage et leur moralité, et les remercient d’essayer de protéger les honnêtes gens. Bravo !

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