Editoriaux - Réflexions - Société - 22 septembre 2019

PMA : la défaite de la philosophie

Le 24 septembre prochain, les députés français vont devoir analyser, point par point, les articles relatifs à la loi de bioéthique comportant l’entrée en vigueur de la procréation médicalement assistée ; l’ordre libéral-libertaire sachant avancer au pas de charge quand bon lui semble : le candidat Macron avait promis cette mesure durant sa campagne présidentielle, en 2017. D’abord, les européistes de tout poil se féliciteront d’une avancée qui ne fait que se conformer aux directives de leur empire brussélo-berlinois. Après tout, la soumission est un droit, voire un confort en soi. Puis, au-delà de la gestation pour autrui à venir – au nom du sacro-saint principe d’égalité des droits –, il demeure un préjugé selon lequel ce serait les sciences humaines et sociales, et notamment la philosophie, qui auraient permis cette pseudo-« évolution des mentalités », selon le novlangue de la gauche sociétale, cette dernière étant aux commandes métapolitiques de notre pays depuis, au moins, 1981. Parce que ce sont bien les idées humanistes qui sont devenues folles.

Cette gauche dépèce, chaque jour, la philosophie dans les lycées. La réforme Blanquer passant par là, la noble discipline intellectuelle héritée des Grecs du VIe siècle avant notre ère n’est plus guère, aujourd’hui, qu’une voie optionnelle et, de surcroît, annihilée dans un intitulé aussi superficiel que sophistique : Humanités, Littérature et Philosophie. De plus, la puissance du vote de classe – dont le dernier scrutin européen a manifesté tout son éclat –, encouragée en amont par les lobbies du numérique ne pouvait que se répandre dans un pays en proie au manque de transcendance. En dépit, donc, d’une vague écolo-sociétaliste, largement onusienne dans son essence et dont l’immaturité intellectuelle devrait sauter aux yeux de tout le monde, le vivant devait être la dernière part de marché à se partager entre gougnafiers. Ainsi, la raison technicienne est devenue à ce point rusée.

Que l’eugénisme, ou le darwinisme social, inhérent à la mondialisation – une standardisation des us et coutumes, ou McDonaldisation® des Terriens oblige – s’impose sans souci est une chose, mais que le bon sens soit à ce point léthargique en est une autre. De fait, s’est opérée une évolution des idées métaphysiques. « Le champ représente de l’énergie, la matière représente de la masse », avait indiqué Einstein pour expliquer sa théorie de la relativité générale. En l’espèce, le genre comme l’absolu n’ont plus leur place. Car le règne de la matrice artificielle arrive : là où la procréation s’efface au profit de l’autoproduction, y compris au-delà de la mort. En effet, des députés sociétalistes de tous bords voulaient, en commission parlementaire, introduire dans cette loi la possibilité d’utiliser, pour une veuve, les gamètes de son défunt mari (d’après un article publié par lepoint.fr, le 11 septembre, source AFP).

In fine, devant cette barbarie à visage transhumain, rien ne semble se dresser. Parmi les philosophes de profession, il y a ceux qui veulent conserver leur chaire et ceux qui veulent surfer sur la vague de leur petit capital. Mais l’ennemi du vrai n’est pas tant le faux que le vraisemblable. En définitive, il risque de ne plus y avoir de Socrate ; la caverne de Platon ayant, à jamais, son trop-plein d’esclaves.

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