Editoriaux - Manifestations - 2 mai 2019

Philippe Martinez, victime collatérale du retour à l’ordre républicain

Fait marquant des manifestations du 1er Mai à Paris, Son « Éminence » Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a dû pendant un instant être exfiltré de son cortège, suite à une intervention des forces de l’ordre. Noyauté par des Blacks Blocs, les militants de la centrale syndicale qui participaient à ce rassemblement, ainsi que leur leader, ont en effet été copieusement arrosés de gaz lacrymogène.

C’est donc en direction des forces de l’ordre et du ministre de l’Intérieur que la vindicte de Martinez s’est abattue. En ce qui concerne les premiers, rien de bien nouveau. La centrale syndicale s’était, dans ce domaine, déjà distinguée en 2016, à l’occasion des manifestations contre la loi El Khomri, en diffusant des affiches diffamatoires envers les policiers. Sur l’un de ces placards infamants, il était possible de voir un insigne et une matraque symbolisant les CRS, sur fond d’une large flaque de sang. La mention « La police doit protéger ses citoyens et non les frapper » ne laissait aucun doute quant aux intentions du syndicaliste. Sur une autre, un ourson en peluche au pieds d’un CRS faisait clairement de ces derniers des tueurs d’enfants. À noter qu’à cette époque, aucune plainte en diffamation n’avait été déposée par le ministre de l’Intérieur en place, un certain Bernard Cazeneuve.

Cette fois-ci, la prise à partie de Christophe Castaner peut cependant surprendre. Rappelons-nous que Martinez, au nom de la CGT, avait soutenu Macron lors de l’élection présidentielle de 2017. Il avait même souhaité que ce dernier fasse « le score le plus élevé possible ». C’est donc avec le soutien sans équivoque de la CGT que Macron est arrivé au pouvoir. Monsieur Martinez ferait bien de s’en souvenir. D’autant que si ses propos envers la police ont été largement relayés par les médias, personne ne l’a entendu mettre en cause les violences inadmissibles et répétées des casseurs qui sévissent maintenant depuis plusieurs années.

En cela, rien de bien étonnant, puisque le même silence s’était imposé en 2016 à l’égard des mêmes casseurs.

Mais au-delà de ce qui peut apparaître comme anecdotique, il s’avère que cet épisode révèle deux faits marquants.

Le premier consiste dans la confirmation que les syndicats dits « traditionnels » n’ont plus, aujourd’hui, le contrôle de la rue. Ils ont été habitués, durant des décennies, à parader dans les rues de Paris et de province à l’occasion d’une fête, celle du travail – d’ailleurs remise au goût du jour par le maréchal Pétain sous l’appellation de « Fête du Travail et de la Concorde sociale » en 1941 avant d’être officialisée comme jour chômé en 1947. Or, cette année 2019 marquera l’histoire de ce fait social comment étant celle de l’éviction des syndicats de la rue. Déjà fortement malmenés dans les entreprises et, d’une manière générale, au sein du monde du travail où les taux de syndicalisation n’ont jamais été aussi bas – à peine 11 % -, c’est désormais dans la rue que leur légitimité est contestée.

Deuxième leçon à tirer de cette version 2019 du 1er mai : la mutation opérée en matière tactique dans la conduite des opérations de maintien de l’ordre. Après des années où la politique du « non-contact » entre manifestants et forces de l’ordre s’était imposée, permettant ainsi de limiter fortement les risques de blessures graves de part et d’autre, nous assistons, maintenant, à une mise en œuvre de la « tolérance zéro » appliquée à l’ordre public. Et sans doute la déclaration du député Fauvergue (LREM) selon laquelle il serait temps d’oublier « l’affaire Malik Oussekine » n’est-elle, en réalité, que le feu vert donné à une répression systématique qui ne se cache désormais plus.

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