La France est sans doute le seul pays où on ne cherche pas seulement à combattre le Covid-19 mais aussi à se disputer en permanence sur les modalités de cette lutte.

Les « il n’y a qu’à » surabondent et il n’y a pas un Français, pas un métier, pas une corporation, pas une activité, à ou en province, qui ne se sentent spolié, brimé, exploité, oublié. Tout le monde ferait mieux que le pouvoir, chacun a son médecin ou son professeur de prédilection et, depuis peu de temps, notre pays dispose de deux boucs émissaires, le Premier ministre et le ministre Olivier Véran, pendant que le président de la République s’octroie la tonalité moins déprimante de la partition !

J’ai conscience que, citoyens, nous avons du mal à concilier ce qu’on martèle, qu’il va nous falloir vivre avec ce virus dans l’attente d’un hypothétique vaccin et avec la multitude des restrictions qui sont imposées à chacun pour protéger les autres.

L’idée d’un reconfinement total, qui était rejetée il y a quelques jours, n’est plus écartée avec autant de vigueur, et s’il advenait, la France moribonde sur les plans économique et social serait achevée.

Je n’aurais pas la présomption, dans mon autarcie précautionneuse et les vigilantes prudences de mes univers professionnels, de donner des leçons à qui que ce soit. Je me situe dans un juste milieu, me semble-t-il, entre le romantisme d’une Élisabeth Lévy défiant toute peur et les prescriptions sanitaires les plus rigides.

Ce billet m’est venu, non pas à cause de ma volonté d’ajouter quoi que ce soit à ce débat qui n’en finit pas – j’en serais bien incapable -, mais par souci de comprendre pourquoi le Premier ministre suscitait la confiance quand l’estimable et énergique Jean Castex, avec sa voix rocailleuse que j’adore, à l’évidence n’y parvient pas.

S’époumonant à l’Assemblée nationale en réponse à une question, il y mettait de la force, de la conviction, du bruit, honteusement interrompu par des députés se comportant tels de petits enfants chahuteurs et impolis, mais on avait presque pitié de lui, tant le message ne passait pas ou était mal reçu. Il demandait avec acharnement une confiance qu’on ne lui donnait pas et le sentiment de son échec le conduisait à forcer le trait, à durcir le ton et à créer une forme d’anxiété que, précisément, il avait pour mission de prévenir. Il le faisait d’une étrange manière, en insistant sur la « gravité » de l’état sanitaire du pays.

Je ne peux m’empêcher d’éprouver un faible pour Jean Castex parce qu’il a été placé dans une situation intenable en ce qui concerne le Covid-19 et les problèmes de sécurité en général.

D’abord, et surtout, il a été nommé par le président de la République à la place d’un prédécesseur qui était au plus haut dans les enquêtes d’opinion, dont nul ne désirait le départ et qui se trouvait renvoyé, contre son gré, alors que nous étions au milieu du gué. Il paraissait étrange de changer de chef de gouvernement en cette période où, au contraire, la maîtrise et l’expérience acquise auraient appelé un maintien.

D’autant plus que le verbe d’Édouard Philippe, ses explications, sa manière à la fois modeste et assurée de tenir informée la société, son souci d’être le Premier ministre mais au milieu de beaucoup d’autres, sa pédagogie calme et honnête, qui semblait ne rien celer, représentaient ce qui était nécessaire pour la France en ces moments. Il ne nous disait pas que tout allait bien ou que tout allait mal. Dans son réalisme qui rassurait plus qu’il ne faisait peur, le citoyen pouvait puiser ce qu’il voulait : une confiance, même mesurée, pour le futur et une confiance réconfortante à l’égard de celui qui lui parlait.

Ce n’est pas que Jean Castex soit médiocre, mais il y a des mystères de la persuasion qui tiennent autant à l’argumentation sur le fond qu’à mille détails, à l’apparence d’une personnalité, à un certain ton, à l’aisance concentrée avec laquelle on transmet les chiffres, à une miraculeuse conjonction entre une angoisse collective, un Premier ministre et un moment.

Il est clair que le Premier ministre Jean Castex ne pouvait pas, dans tous les cas, faire oublier l’autre.

En quittant le terrain du Covid-19, j’ai été impressionné par les difficultés de Jean Castex, pourtant vaillant lors de l’émission de France 2, à répondre aux interrogations sur la sécurité et la Justice en présence d’un ministre de l’Intérieur faisant le travail et d’un garde des Sceaux faisant la tête.

Avec un président de la République proposant enfin le discours tant promis contre le séparatisme.

a beaucoup de qualités, mais je suis sûr qu’il n’est pas forcément doué, avec une stratégie trop lisible et visible pour 2022, pour choisir les hommes et les moments. Il n’a pas fait un cadeau à Jean Castex qui, évidemment, demeurera jusqu’à la fin du quinquennat et devra assumer la nostalgie que beaucoup éprouvent pour Édouard Philippe.

Ne pouvait-il pas deviner qu’il arrive qu’un Premier ministre ne chasse pas l’autre ?

Extrait de : Justice au Singulier

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