Editoriaux - Education - Table - 14 décembre 2017

Parcoursup : les universités posent leurs conditions, mais le problème reste entier dans le secondaire

Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation vient de faire paraître les « éléments de cadrage » des attendus pour pouvoir accéder à l’université en fonction des licences. Ces éléments sont généraux et devront être adaptés par les universités à leurs spécificités. Si cela peut étonner certains jacobins, cela est conforme à la nature même de l’université. Trop souvent, elle est pensée comme un lycée plus spécialisé alors qu’elle est d’abord un centre de recherche. Dès lors, chacune a ses axes privilégiés en fonction des enseignants-chercheurs qui y travaillent et de ses traditions.

Ces attendus (l’expression écrite, le goût de la recherche scientifique, l’aptitude à analyser les textes, par exemple) sont ceux que le baccalauréat devrait sanctionner. On peut espérer que la réforme en cours de celui-ci permette, au moins pour le baccalauréat général, qu’il redevienne un véritable diplôme d’accès à l’université. Les « attendus » ne seront alors utiles que pour le baccalauréat professionnel, dès lors que, par démagogie, on continue à vouloir l’appeler « baccalauréat ».

Contrairement aux hauts cris poussés par les détracteurs de cette réforme, l’exigence de ces attendus n’est pas une sélection. C’est l’étudiant qui, au final, décidera d’accepter la remise à niveau que demanderait la faculté. Prétendre refuser la sélection, c’est mentir. 60 %, en moyenne, des étudiants échouent à décrocher leur licence. Vouloir le statu quo, c’est perpétuer une sélection par l’échec qui ne dit pas son nom.

Cette publication se fait au moment où les universités fixent leurs capacités d’accueil dans leurs différentes licences. Des associations étudiantes s’inquiètent d’une réduction des places proposées. On les comprend : c’est la taille de leur clientèle qui est en jeu.
Pour autant, dès lors que, grâce aux attendus, les bacheliers n’ayant pas le niveau nécessaire n’encombreront plus les amphis pendant deux ou trois mois avant de renoncer, il est logique d’adapter le nombre d’étudiants en première année. Les conditions de travail n’en seront que meilleures et les chances de réussite des étudiants plus grandes.
La question qui se pose est évidemment celle du devenir des jeunes qui ne seront admis ni dans une filière sélective ni à l’université. Si certains peuvent entrer dans la vie active, beaucoup risquent d’être laissés au bord de la route. En réalité, ils n’y seront laissés qu’un peu plus tôt que dans le système actuel où c’est après quelques mois à l’université qu’ils se retrouvent en échec. Si cela est bénéfique pour les universités, ce n’est pas beaucoup mieux pour les jeunes.

Pour être efficace, cette réforme doit se doubler d’une refonte du secondaire. Le collège unique et le lycée quasi unique envoient à l’échec les jeunes qui ne sont pas adaptés à l’enseignement qui y est dispensé. Ils privent aussi notre pays d’une main-d’œuvre qualifiée dont elle a besoin. Alors que, chaque année, des milliers de licenciés en psychologie ou en sociologie sortent des universités et se retrouvent au chômage ou dans des emplois peu qualifiés, des milliers de postes dans le bâtiment, les métiers de bouche et bien d’autres métiers manuels ne trouvent pas preneur.

Il y a une urgence à réformer l’enseignement professionnel en France pour le revaloriser et en faire une filière de réussite et d’excellence, et non une filière de relégation pour ceux qui ne sont pas faits pour des études abstraites.

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