PAC et glyphosate ont fait bon ménage jusqu’à aujourd’hui…

Dieu doit bien se rire de nous, qui déplorons l’existence du glyphosate, alors qu’en chérissant la politique agricole commune depuis 1962, nous avons créé les conditions idéales de son existence.

Produire toujours plus obligeait à une monoculture sans partage. Les adventices qui désignent, pour les agriculteurs et les jardiniers, des plantes qui poussent dans un endroit sans y avoir été intentionnellement installées, étaient devenues l’ennemi numéro un. Il fallait absolument éradiquer les “mauvaises herbes”. La concurrence végétale n’était plus possible et l’utilisation d’un herbicide foliaire systémique total devenu indispensable. L’homme créa alors le glyphosate (N-(phosphonométhyl) glycine, C3H8NO5P).
Depuis sa mise sur le marché en 1974, le glyphosate est devenu l’un des herbicides les plus utilisés au monde. Initialement breveté par Monsanto, le glyphosate est commercialisé sous une variété de noms commerciaux par plus de quarante sociétés depuis l’expiration de son brevet américain en 2000. Actuellement, il est largement homologué dans tous les pays de l’Union européenne. En Europe, plus de 2.000 produits de protection des plantes contenant du glyphosate sont actuellement homologués pour les terres cultivées. Son large spectre d’efficacité et la simplicité de son emploi ont fait du glyphosate l’un des herbicides les plus populaires pour l’agriculture, la SNCF, les jardins et les zones non cultivées.

D’abord extrêmement efficace, le glyphosate montre désormais ses limites. Des souches d’adventices résistantes sont peu à peu apparues. Les cultures d’OGM tolérants au glyphosate, surtout développées aux États-Unis à la fin des années 1990, ont contribué à une augmentation de l’usage de cet herbicide dans les parcelles OGM (93 % des surfaces en soja aux États-Unis en 2006). En 2007, sept adventices avaient produit des souches résistantes à ce pesticide. Mais c’est surtout dans le domaine de la santé publique que cette molécule est montrée du doigt aujourd’hui, puisqu’elle est classée depuis le 20 mars 2015 comme « probablement cancérogène » par le Centre international de recherche sur le cancer.

Or, avec la meilleure volonté du monde, l’interdiction immédiate de l’usage d’herbicides à base de glyphosate, sans réforme du modèle agricole, est impensable. L’agriculture productiviste, déjà maintenue artificiellement en vie par les primes PAC, ne survivrait pas à une telle législation. Dans la déprime actuelle du monde rural, ce n’est vraiment pas le moment de provoquer une baisse de rendement évaluée à 30 % dans le meilleur des cas. Seuls des idéologues déconnectés de la réalité du terrain peuvent évoquer pareille éventualité.

Le seul plan de sortie du glyphosate cohérent et raisonnable doit être articulé dans le temps autour de trois axes qui ne pénaliseront pas injustement les agriculteurs :
– créer les conditions économiques qui rendront possible l’abandon du glyphosate ;
– permettre l’arrivée rapide de produits de remplacement en finançant la recherche et en accélérant les autorisations ;
– interdire l’importation de produits alimentaires exposés à cet herbicide.

On ne peut pas éternellement déplorer les effets de ce dont on chérit les causes.

À lire aussi

Loup Mautin : « Ces citadins vivent dans une campagne qui n’existe pas ! »

Imprimer ou envoyer par courriel cet article8.000 euros d’amende : c’est la pe…