Editoriaux - Société - 10 septembre 2019

On ne touche pas au coq gaulois !

Faut-il que notre époque soit tombée bien bas pour qu’un coq fasse la une des chroniques judiciaires d’un été du XXIe siècle commençant. En attaquant Maurice devant le tribunal de Rochefort, l’accusant de les réveiller trop tôt, ses voisins ne mesuraient certainement pas l’importance du symbole auquel ils touchaient.

Ils n’ont pas appris que, depuis la guerre des Gaules, ce gallinacé faisait partie intégrante de notre patrimoine national. L’histoire militaire et religieuse en témoigne. Il occupe à travers la France, et au-delà, nos clochers et nos monuments aux morts, nos trophées et nos maillots de sport, notre monnaie et nos logos touristiques. Il accompagne depuis toujours les effigies des Valois et des Bourbons ainsi que celles de nombreux saints de l’Église catholique. Louis-Philippe signera même une ordonnance indiquant que le coq devrait figurer sur les drapeaux et les boutons d’uniforme de la Garde nationale. Aujourd’hui encore, il orne la grille d’entrée des jardins de l’Élysée.

Ces insensés ont touché à un symbole immuable et leur procédure en dit long sur la profondeur du mal qui nous ronge. Histoire, culture, racines, identité… On ne touche pas au coq gaulois !

Annonceur, par son chant, du lever du jour et de la fin de la nuit, il est l’animal qui incarne le mieux le tempérament français. Batailleur, orgueilleux, conquérant et agressif, toujours en noise et turbulent, il est désormais le symbole de la ruralité menacée.

Face aux exigences grandissantes des « nouveaux arrivés » et autres vacanciers avides de calme, le voilà assigné devant les tribunaux pour avoir annoncé le lever du soleil. Et il n’est pas seul, puisque ce sont tous les « bruits » de la campagne qui indisposent ces néo-ruraux qui rêvent d’une campagne silencieuse et inodore qui n’existe pas. Déconnectés de la réalité, ils investissent nos provinces, voulant y imposer leurs us et coutumes. Les cloches des vaches et des églises, le braiment des ânes, le meuglement des veaux, l’aboiement des chiens ou encore le chant des oiseaux : tout les indispose. En réalité, ils n’aiment ni la nature ni les gens du cru. Leur discours écologiste s’arrête au seuil de leur cuisine américaine et leur promotion du « vivre ensemble » ne dépasse pas les portes de leurs mégapoles.

Heureusement, la population locale se rebiffe. Soutenue par ses élus, elle multiplie les pétitions qui s’insurgent contre les plaintes à propos des bruits de la campagne. Pour eux, la ruralité, on l’aime ou on la quitte !

Cette fois, les juges ont rejeté la plainte des voisins qui accusaient Maurice de les réveiller trop tôt, mais qu’en sera-t-il demain ? Avec sa crête écarlate, sa queue verte émeraude et son jabot doré, le coq gaulois doré représente le pays depuis la nuit des temps. Il est désormais menacé. Sa sauvegarde, comme celle des autres races de volailles, d’ovins, de porcins, de caprins et de bovins, doit nous préoccuper comme celle, d’ailleurs, de ceux qui les élèvent. Ne nous en détournons pas. À nous de promouvoir et soutenir cette France des terroirs et des campagnes, des basses-cours et des tas de fumier, car cette querelle de voisinage devenue le symbole des tensions entre gens du cru et nouveaux arrivants pourrait bien en annoncer d’autres ou en symboliser d’autres… plus graves.

Maurice doit en effet pouvoir continuer à chanter et évoluer dans l’environnement qui est le sien. Sa disparition ne serait bénéfique pour personne.

Ni supprimé, ni remplacé ! On ne touche pas au coq gaulois !

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