Dans le JDD, Willy Schraen, président de la Fédération des chasseurs de France, souhaitait proposer aux élus ruraux un « partenariat » afin de donner aux agents assermentés de sa fédération des pouvoirs de police dans la forêt, pour lutter « contre la délinquance rurale et environnementale ». Il s’en explique au micro de Boulevard Voltaire, évoquant des personnes déjà habilitées et formées par la fédération à la police de la chasse.

Vous êtes le président de la Fédération nationale de la chasse et vous avez déclaré, dans une interview au JDD : « Nous avons un rôle à jouer en matière de police de proximité. » Qu’avez-vous voulu dire par là ?

On parle d’agents de développement, donc pas du tout de chasseurs. C’est le monde de la chasse. Ces personnes sont habilitées à faire la police de la chasse. Les petits maires ruraux aimeraient pouvoir davantage utiliser ces gens-là. Beaucoup de petites communes rurales ont perdu beaucoup dans leurs budgets et n’ont plus les moyens d’avoir un garde champêtre. Par conséquent, beaucoup de maires doivent régler eux-mêmes le dépôt des ordures, la cueillette sauvage, la divagation des animaux, les véhicules motorisés au milieu des forêts. Ces incivilités, même petites, sont lourdes à porter pour les petites municipalités. C’est un sacerdoce d’être maire, aujourd’hui, et il n’a pas que cela à faire, alors naturellement, ces gens nous demandent beaucoup de choses, mais malheureusement, nous ne sommes pas dans le réglementaire. Nous aidons beaucoup les communes et leurs maires, mais je vois bien qu’aujourd’hui, il manque ce petit maillon pour les petits problèmes de tous les jours. Nous avons ces salariés qui sont habilités en police et qui ont un agrément et des formations. Nous sommes vraiment dans une tranche bien particulière qui est bien expliquée, mais un amalgame qui est tout de même fait. C’est ridicule.

Cette demande des maires en matière de sécurité est assez révélatrice. Voyez-vous une hausse de l’insécurité dans les zones rurales ? Cette problématique existe-t-elle réellement et nécessite-t-elle des renforts de manière générale ?

Par exemple pour les dépôts d’ordure, il y en a dans chaque petite commune, le week-end. Il y a beaucoup de travail et ils ne sont pas assez nombreux. Nous voyons bien qu’il manque ce petit maillon. Je ne veux pas que l’on commence à gérer ces problèmes-là, alors que le réglementaire ne nous donne pas le droit de le faire. Un jour ou l’autre, cela va poser problème.

Cette demande intervient dans un contexte où la réputation des chasseurs est en grande difficulté, avec les courants végans et antispécistes. Est-ce paradoxal de demander aux chasseurs tout en insistant, d’un point de vue politique, sur le fait de limiter voire même d’interdire leur sport, leur passion ?

Je vous redis que ce n’est pas des chasseurs, mais des salariés des fédérations, des agents de développement. Maintenant, si le climat est aussi nauséabond, je suis d’accord puisque je le constate aussi. Je suis d’abord et avant tout un grand défenseur de la ruralité. Je vois ce contexte et je vois que ce problème récurrent devient de plus en plus important. Certains animalistes et antispécistes ou je ne sais quels écolos dogmatiques ne supportent pas le monde de la chasse.

En effet, il y a un problème et on essaie de le régler. La plupart de ces gens-là ne connaissent pas nos territoires et nos problèmes. Nous devons ne pas tenir compte de cela, même si, effectivement, il y a un climat très dur et violent. Il faut avant tout essayer d’aider les maires de nos petites communes rurales à s’en sortir concernant ces problématiques. C’est la seule chose qui m’anime dans cette affaire.

Ne craignez-vous pas, à terme, que la chasse finisse par être purement et simplement interdite ?

On est toujours la minorité de quelqu’un. Je vois bien les mouvances écolo-politiques. Yannick Jadot veut interdire la chasse. Quand on lit la liste des choses qu’ils veulent interdire, plus rien ne me surprend. Ce qui est très inquiétant, dans ce contexte, c’est que la grande technique politique consiste à lever les gens les uns contre les autres. Sauf qu’il y a un après. Quoi qu’ils fassent et qu’ils disent, il va quand même falloir que l’on discute. Balancer que l’on va interdire la chasse est ridicule. On sait très bien que l’on ne peut pas faire autrement. Nous avons besoin d’un cadre de chasse. La chasse, dans sa globalité, est une notion de passion et de plaisir. Je ne suis pas un fonctionnaire de la mort.

15 novembre 2021

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