Editoriaux - Religion - 10 août 2019

Nos voisins anglicans ont trouvé la panacée pour remplir les églises : en faire des mini-golfs !

Cela vaut mieux, sans doute, que d’en faire une boîte de nuit ou une brasserie, mais tout de même ! La cathédrale médiévale de Rochester, en Angleterre, a transformé sa nef en mini-golf pour le mois d’août. Les rangées de bancs ont été remplacées par une pelouse synthétique : le parcours de neuf trous porte sur le thème des ponts, comme le Tower Bridge de Londres. Le plus surprenant, dans cette affaire, c’est que l’Église anglicane espère dynamiser ainsi les communautés de croyants.

L’une des chanoines de la cathédrale (le clergé est mixte, chez les anglicans) se réjouit que la fréquentation de la cathédrale ait augmenté de plus de 80 % par rapport à 2018 : « La cathédrale est pleine de gens qui jouent au golf […], c’est fantastique », déclare-t-elle. On croyait que les églises étaient faites pour se recueillir, en présence de Dieu, ou pour offrir un patrimoine culturel et religieux à la vue des touristes. On se trompait. Tous les moyens sont bons pour attraper des fidèles… au jeu du mini-golf, les clubs de golf remplaçant les missels.

D’autres cathédrales ont pris de semblables initiatives. La cathédrale de Norwich, rivalisant avec Disneyland, a installé un toboggan en spirale de quinze mètres de hauteur, tandis que celle de Liechfield, pour commémorer le cinquantenaire du premier voyage sur la Lune, a construit sur son sol une réplique de la surface lunaire. Ne nous moquons pas. Après l’incendie de Notre-Dame de Paris, certains ont bien proposé, sur les réseaux sociaux, des projets farfelus pour la reconstruction de la flèche : un château de contes de fées, une nouvelle pyramide, une bouteille de champagne, et même… un croissant musulman (sans doute dans un esprit œcuménique).

On se demande quel est le rapport entre la religion et ce racolage de chalands, comme si l’Église avait besoin de développer les méthodes de marketing les plus contestables pour augmenter sa clientèle. On doute que Paul Claudel se fût converti, à l’âge de dix-huit ans, en se rendant à Notre-Dame de Paris pour y suivre les offices de Noël s’il y avait trouvé quelque lieu de divertissement. Au lieu d’écrire « En un instant, mon cœur fut touché et je crus », il aurait plutôt pris ses jambes à son cou.

Cela ne semble pas gêner nos voisins anglicans. « Quand ils arrivent, les gens découvrent qu’ils sont les bienvenus et […] tout ce que la cathédrale a à leur offrir », souligne la clergywoman de Rochester. Apparemment, peu importe ce que l’on fait dans les cathédrales, pourvu qu’elles soient fréquentées. Il paraît que les fidèles prennent l’initiative avec philosophie : « Ce n’est pas tellement différent de ce qui se passait au Moyen Âge », quand les églises accueillaient des animaux et des marchés, commente l’un d’entre eux. Sans doute ignore-t-il comment Jésus chassa les marchands du Temple.

Difficile, pour la France, de donner des leçons à l’Angleterre. De plus en plus d’édifices religieux, délaissés par les pratiquants, sont mis en vente pour devenir des caves à vins ou des discothèques. Après le concile Vatican II, dans les années 60, on avait bien tenté d’obtenir une plus grande participation des fidèles à la liturgie, en simplifiant les rites et en abandonnant le latin. Mais le clergé le fit généralement avec tant de démagogie que les églises se vidèrent encore davantage.

Pour les remplir à nouveau, il ne faut pas moins de religion mais un peu plus de religion. Un peu plus de foi, ose-t-on dire. Les trous du terrain de golf remplissent peut-être les caisses mais risquent fort d’engloutir le nombre des chrétiens.

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