Cette semaine s’est tenu, à Abidjan (Côte d'Ivoire), le 18e sommet annuel de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), outil multilatéral américain d’incitation de 39 pays africains à l’exportation vers les États-Unis, face à une approche chinoise « multi-bilatérale ». Dans ce contexte, un processus de découplage entre la et le continent africain s’accélère, qui ne relève pas d’un problème de taille ou de moyens, mais d’approche et de méthode.

Parmi les raisons de cet effacement relatif, dont la fin annoncée du franc CFA est un signal fort, l’ouverture des marchés à une concurrence internationale et intra-africaine : acteurs historiques en quête de diversification, nouveaux acteurs à la recherche de relais de croissance. Cette offensive est impulsée par des sommets bipartites tels que celui entre l’Afrique et le Japon (TICAD, depuis 1993), la Chine (FOCAC, depuis 2006), désormais la Russie. En comparaison, la position de la diluée dans une approche européenne, et son « Contrat de Désendettement et de Développement » (C2D), mécanisme national de financement public sous forme de reconversion de la en subvention de projets, pèsent de moins en moins.

Parmi les déraisons imputables à la France : le manque de réalisme et la persistance de comportements de rentiers attachés à des « prés carrés » révolus ; la frilosité à sortir des sentiers battus des marchés francophones ; surtout, le recours excessif au « biberonnage institutionnel », d'où une aversion atavique au risque. Le manque de culture entrepreneuriale au royaume de l’État-providence qui s’érige en diplomate économiste infantilise les individus et déresponsabilise les entreprises, se paye au prix fort face à de véritables entrepreneurs-aventuriers venus de tous les continents conquérir seuls des parts de marché sans attendre d’incitation ni d’assistanat.

Pendant que l’État français gaspille l’argent public dans des « Sommets de l’inutilité » qui réunissent le « gratin » de la technocratie internationale, des organisations parisiennes enfoncent des portes ouvertes dans des colloques sur les tartes à la crème du genre, de l’éthique et autres canons improductifs de « Responsabilité Sociétale des Entreprises », allègrement piétinés sur le terrain ou autour des meilleures tables sous lesquelles circulent des enveloppes. Au pays du pantouflage et du copinage, le spectacle des hauts mal reconvertis en lobbyistes arpentant les couloirs officiels est pathétique.

L'époque des relations bilatérales françafricaines qui protégeaient des marchés captifs est révolue. Alors que les dirigeants africains, opportunistes, prennent leur revanche historique avec de nouveaux partenaires moins exigeants et plus bankable, l’avantage des entreprises françaises ne réside plus dans une approche « par le haut » désormais inefficace, voire contre-productive, mais par des stratégies indépendantes et éclairées ; par l’adaptation de leurs produits et services aux réels besoins africains. Il est temps, pour elles, de quitter les jupons institutionnels et de retrousser leurs manches pour conquérir, seules, des parts de marché.

Sinon, il restera toujours les porte-étendard de la culture et de la gastronomie…

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10 août 2019

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