People - Société - 19 mai 2018

Non sélectionné en équipe de France, Benzema serait victime de racisme, selon son pote Booba

Le racisme – à l’instar, du reste, de toutes les phobies hystéro-sociétales – semble être devenu le fait justificatif à la mode. On s’y vautre comme dans le canapé défoncé d’une époque où les individus, encouragés à ne plus rien assumer, s’exonèrent de leurs responsabilités en se posant systématiquement comme victimes. La figure de l’Autre, surtout lorsqu’elle se présente sous un aspect leucocytaire manifeste, y est inconditionnellement abhorrée à proportion de l’encensement enamouré de son double se reflétant dans le miroir sans tain de la diversité.

C’est ainsi qu’un rappeur, inconsidérément élevé par notre société du spectacle au rang d’« artiste », un dénommé Booba, s’est ému, via le réseau social pour adolescents pré-acnéiques, que son « pote » Karim Benzema jouant comme attaquant dans l’équipe du Real de Madrid n’ait pas été sélectionné par Didier Deschamps parmi les 23 joueurs qui, en juin prochain, iront fouler les pelouses des stades russes, à l’occasion de la 21e édition de la Coupe du monde de football.

En termes à peine voilés, notre Booba (naguère condamné pour conduite en état d’ivresse, vol à main armée et vol à l’étalage, et un temps suspecté de meurtre ; un ange, quoi !) y va de son lamento pseudo-poétique : “Donc ils ne t’ont pas pris… Innocenté dans l’affaire Valbuena mais ils ne t’ont pas pris… Tu es dans le top 5 des meilleurs joueurs français mais ils ne t’ont pas pris… Sans aucune raison valable ils ne t’ont pas pris… Accusé à tort ils ne t’ont pas pris… Zidane doit se gratter le scalp car ils ne t’ont pas pris… Il sait au fond de lui pourquoi ils ne t’ont pas pris… Et moi aussi et vous aussi… One two three ils ne t’ont pas pris… Au moins tu es resté toi-même et ça, ça n’a pas de prix.”

“Il sait au fond, pourquoi ils ne t’ont pas pris.” Bien qu’implicite, l’accusation est rapidement décodée. Benzema, algérien et français, serait donc la victime inexpiable de l’affreux racisme de Deschamps-Lajoie. Euh ! Combien de joueurs allogènes, déjà, ont été retenus précisément par le sélectionneur de l’équipe de France ? Sur 23, pas moins d’une bonne quinzaine portent des patronymes fleurant bon l’exotisme de nos ex-colonies africaines.

Celui qui déclarait à un journaliste de la version espagnole du magazine « mainstream » Vanity Fair (17 avril) que “si on l’écoute bien, la Marseillaise appelle à faire la guerre, je n’aime pas ça”, paye plutôt ses écarts de comportements (mauvaise tenue, scandale sexuel, effronteries) qui, non contents d’exaspérer les sincères amoureux du football, traduisent, qui plus est, l’intention racailleuse de complaire à un certain public banlocalisé (le même que celui de son comparse Baboo) peu soucieux de s’intégrer à la communauté nationale autrement qu’en la conchiant violemment – tout en profitant, quand même, de sa bien peu regardante générosité.

Le football est devenu, sous l’effet corrupteur de l’argent et de l’hédonisme jouisseur, une juxtaposition d’individualités égocentriques ayant fait perdre à ce jeu d’équipe le sens holiste de la solidarité et de la gratuité. Benzema, si talentueux soit-il, n’en reste pas moins cet enfant gâté d’une société permissive et molle qu’il déteste viscéralement.

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