Editoriaux - Politique - Réflexions - Société - 3 octobre 2019

Qui sont ceux que l’on qualifie d’« antidémocrates » ?

La fondation Jean-Jaurès a récemment publié une analyse concernant ces 36 % de Français qui considèrent que « d’autres systèmes politiques peuvent être aussi bons que la démocratie » (la question est posée chaque année dans le cadre du sondage annuel Fractures françaises). Ces 36 % de Français ont été baptisés par ladite fondation « antidémocrates » sans que l’on sache ce qu’ils pensent vraiment. Sont-ils hostiles à la démocratie ou plus vraisemblablement à notre régime représentatif ?

On comprend la raison pour laquelle un nom d’oiseau de mauvais augure leur a été attribué quand on sait que la moitié des électeurs de Marine Le Pen, au second tour de la présidentielle de 2017, appartenaient à cette catégorie. En effet, 31 % de ces « antidémocrates » ont voté pour elle.

58 % des ouvriers, 50 % des Français qui ont des revenus inférieurs à 2.000 euros et 49 % de ceux qui se définissent comme défavorisés appartiennent à cette caste de « lamentables ». C’est aussi à cette catégorie qu’appartiennent, sans nul doute, la plupart des gilets jaunes et de ceux qui les ont soutenus jusqu’au bout. Nous savons que cette frange de la population est indifférente aux thèmes sociétaux (PMA, GPA…), très critique à l’égard du libéralisme économique, protectionniste et méfiante à l’égard de la droite qu’elle considère comme le parti des riches.

Autant dire qu’elle ne sera pas séduite par une éventuelle union des droites sous bannière libérale-conservatrice. Mais on sait aussi que, dans ce segment de la population, le refus de l’immigration et l’enracinement territorial et culturel sont très puissants. Si, comme les gens de droite le pensent (sondage Odoxa du 1er octobre), l’immigration est le problème essentiel, alors les droites auront besoin de ces « antidémocrates » pour accéder au pouvoir mais, encore une fois, cela ne pourra pas se faire sous la bannière du libéral-conservatisme.

Si 31 % d’entre eux ont voté pour Marine Le Pen en 2017, au second tour, 46 % se sont abstenus, soit 7,9 millions – les deux tiers des abstentionnistes. De plus, une grande partie des votes blancs ou nuls peut, sans nul doute, leur être attribuée (950.000 au premier tour).

On peut déduire de ces données que ces « antidémocrates » sont hostiles au système politique en place et qu’une moitié d’entre eux, au moins, refusent de voter pour les partis politiques existants. Marine Le Pen leur doit la moitié de son score de 2019 (5,3 millions de suffrages, ce qui est beaucoup plus que les 1,9 million de François-Xavier Bellamy) ; elle a donc raison de maintenir sa ligne, parce que les libéraux-conservateurs sont beaucoup moins nombreux que lesdits « antidémocrates ». Réussira-t-elle à convaincre ces 7,9 millions, au moins, de citoyens qui refusent, à ce jour, le système en bloc, RN inclus, ou faudra-t-il qu’apparaisse une nouvelle formation ou un personnage charismatique et « neuf », n’ayant jamais appartenu à l’extrême droite et sans liens avec la famille Le Pen, pour qu’ils consentent à voter ?

Un dernier chiffre : 86 % de ces « antidémocrates » pensent « qu’on a besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre ». Ce point de vue ne renvoie-t-il pas à ceux parmi les gilets jaunes qui ont exprimé le souhait de voir un certain général accéder au pouvoir suprême ?

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