Editoriaux - Politique - Union Européenne - 26 février 2019

Nicolas Dupont-Aignan, pour rassembler les patriotes, devrait cesser de se croire le meilleur

Nicolas Dupont-Aignan n’est pas sans courage. Il l’a montré en de nombreuses occasions. Notamment quand il a quitté l’UMP, en 1999, pour fonder Debout la République, puis Debout la France ; quand, entre les deux tours de la dernière élection présidentielle, il a bousculé les tabous en soutenant Marine Le Pen ; ou encore, quand il appelle à l’union des droites en participant à la création de la plate-forme des Amoureux de la France, rassemblant son propre parti, le Centre national des indépendants et paysans, le Parti chrétien-démocrate et quelques personnalités de droite. Mais il a tort quand il présente comme un épouvantail un éventuel « duel Macron-Le Pen en 2022 ».

Au cours de l’émission “Questions politiques”, diffusée sur France Inter, le dimanche 24 février, il a déclaré que « son boulot, c’est de donner la parole aux millions de Français qui ne veulent pas qu’[Emmanuel Macron] soit réélu et qui veulent une alternative sérieuse ». Il assure « à tous les Français qui ne veulent pas revoir [un] duel Macron-Le Pen [qu’il est] le seul qui peut l’éviter ». Il faudrait donc voter pour sa liste aux européennes « parce que plus on sera grand, plus il y aura une alternative qui nous permettra de battre Macron ».

Même si l’on peut comprendre qu’il aspire au meilleur score possible aux européennes, une telle assurance paraît bien présomptueuse et contredit sa volonté, souvent affichée, de l’union des droites. Un tel calcul risque fort d’être contre-productif. En effet, sur quels électeurs peut-il compter ? Outre ses partisans traditionnels, il peut espérer récupérer des électeurs LR qui n’ont pas cédé aux sirènes macroniennes ou qui trouvent Laurent Wauquiez trop tiède. Des sympathisants du Rassemblement national peuvent aussi se laisser tenter par un vote en sa faveur. Mais au-delà ? S’il mise sur les gilets jaunes, ne prend-il pas ses désirs pour des réalités ?

Si, dans la plupart des sondages, il dépasse les 5 %, il est loin d’atteindre le pourcentage qui ferait de lui le challenger incontestable d’Emmanuel Macron aux prochaines présidentielles. Sans doute rêve-t-il de réitérer, le 26 mai, l’exploit de la liste Pasqua-Villiers, en juin 1999, qui réunit 13,1 % des suffrages exprimés, battant la liste RPR-DL, « l’Union pour l’Europe », conduite par Nicolas Sarkozy et Alain Madelin. Mais il est plus que probable que la liste des Républicains devancera la sienne, même si une partie de l’électorat LR se disperse.

Nicolas Dupont-Aignan a le droit de penser qu’il aurait plus de chances de l’emporter – face à une nouvelle candidature d’Emmanuel Macron – que Marine Le Pen, à supposer qu’elle soit de nouveau sur les rangs en 2022 : rappelons qu’elle a toujours dit qu’elle céderait sa place si quelqu’un était mieux placé. Il a aussi le droit de juger certaines de ses positions excessives, bien qu’il ne s’abstienne pas toujours de donner dans la surenchère. Mais, à moins d’un cataclysme politique, il est évident que le camp des souverainistes, des vrais patriotes, ne pourra l’emporter sans l’union de tous.

Un tel objectif suppose que tous les partis, tous les mouvements qui partagent à peu près les mêmes orientations mettent de côté leurs différends ou leurs intérêts de boutique pour valoriser leurs points de convergence, leurs dénominateurs communs, qu’ils ne fassent rien, en tout cas, qui accentue leurs divisions. Au lieu de dénigrer ceux qui défendent des idées proches, Nicolas Dupont-Aignan devrait s’attacher davantage à favoriser les conditions d’une large union sans laquelle il n’y aura jamais d’alternative politique pour la France. Il renforcerait du même coup sa crédibilité et son poids dans l’opposition nationale. Il sera toujours temps, ensuite, de désigner le meilleur candidat à la présidentielle.

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